La balance de Jimmy Breslin (The Good Rat)

Père, homme d’affaires, escroc, voleur : Burton Kaplan est tout sauf un mouchard. En neuf ans d’emprisonnement, il n’a jamais craqué. Mais lorsque le procès des deux flics corrompus lors duquel il est appelé à comparaître débute, coup de théâtre : Kaplan sort du silence et déballe tout sur ses activités au sein de la mafia newyorkais.

balance
Jimmy Breslin (1928-2017) était journaliste et romancier. Surtout connu pour ses enquêtes sur la mafia, il ne pratiquait pas la langue de bois. Il a même reçu des coups par Jimmy Burk, un gangster irlando-américain qui lui reprochait un article où il était mis en cause avec son clan et ses relations.

Dans ce livre, l’auteur parle de la mafia à New-York et de faits réels avec le procès de de deux détectives du NYPD où Burton Kaplan, un gangster de grande envergure est appelé en tant que témoin. Celui-ci n’avait jamais, en neuf ans d’emprisonnement, dit un seul mot sur ce qu’il savait et, devant les juges, il s’est lâché. Des révélations fortes, surprenantes et un déballage qui en a déstabilisé plus d’un.  C’est ce compte-rendu, assorti d’extraits réels de l’interrogatoire par le procureur adjoint que nous relate l’auteur. En lien avec les interrogatoires, Jimmy Breslin retrace la vie de ce voyou et celles des deux policiers corrompus, glissant ça et là quelques souvenirs personnels et d’autres informations sur les hommes de l’ombre (ceux de la mafia) et sur certains d’eux qui valent le détour, tant ils sont « des personnages ».

Au début du livre, on a une liste (bien utile) de toutes les personnes apparaissant dans le texte, éventuellement avec quelques mots pour les « situer ».

C’est un récit très intéressant mais pas facile à lire, car ce n’est pas un roman. De ce fait l’écriture paraît très « journalistique », factuelle, détachée, sans émotion, ce qui est normal mais pour le lecteur, c’est moins aisé car il ne peut pas se sentir vraiment concerné. Il faut lire ce recueil comme un reportage, celui qui relate les déboires du milieu, les liens entre les clans, la place de la police de New-York (pas toujours très claire) et le début de la décadence pour la mafia. Finalement, on s’aperçoit que les mafieux sont des hommes comme les autres, avec des sentiments, une vie, que de temps à autre, ils doivent mettre entre parenthèses.

Malgré le phrasé « flegmatique », un peu impersonnel, on apprend beaucoup et on réalise que la corruption en Amérique, c’est quand même quelque chose, un monde à part, plus ou moins maîtrisé, plus ou moins médiatisé. J’ai découvert que les hommes de la mafia étaient finalement confrontés aux mêmes problèmes que le commun des mortels. L’histoire de la vente des costumes m’a beaucoup amusée. On se rend compte que tout puissants qu’ils sont (ou croient être), ils n’en sont pas moins humains avec des failles, des faiblesses et une part d’humanité, même infime…. Il y a même des passages où l’on sourit parce que certaines situations sont décrites avec dérision ou humour (la sélection des jurés est, entre autres, un pur régal). Finalement, même s’il m’a fallu un peu de temps pour entrer dans ce livre, je l’ai bien apprécié et j’ai découvert des aspects surprenants de la mafia (suivant la « cote » du mafieux, la presse écrite et les journaux qui parlent de lui se vendent plus ou moins bien) et même de Jimmy Breslin (ne faudrait-il pas écrire une biographie sur cet homme, totalement atypique dans son genre ?)

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