Snap Killer de Sylvie Allouche

Un élève de terminale est retrouvé mort au milieu de la cour de son lycée. 980 élèves suspects, sans compter le directeur, les profs et le reste du personnel, l’enquête s’annonce complexe. Pour la commissaire Clara Di Lazio et son équipe, aucun indice ni aucune piste ne sont à négliger.

 

9782748526226
Ce roman est classé chez l’éditeur comme une lecture pour adolescents (treize ans et plus) mais il intéressera de nombreux adultes. Il traite d’un sujet très actuel : le harcèlement scolaire et ses répercussions, le tout a travers une enquête policière menée par une commissaire charismatique et ses coéquipiers tous dévoués à leur chef !

Tout commence avec un lycéen, élève d’un grand établissement scolaire, que l’on retrouve pendu dans la cour. Cela ressemble à un meurtre et Clara Di Lazio est dépêchée sur les lieux. Accompagnée de ses collègues, elle prend les choses en main et décide de mener des investigations approfondies. Elle va vite s’apercevoir, au vu des réactions des camarades de classe du jeune homme, qu’il ne faisait pas l’unanimité.  Un peu en marge, poète à ses heures, il ne se mêlait pas beaucoup aux autres et ne semblait pas appartenir à un groupe de copains bien déterminé. Clara découvre très rapidement que, quelques mois plus tôt, une fille : Garance, s’est suicidée et qu’elle était solarisée au même endroit. Est-il possible qu’il existe un lien entre ces deux actes ? La commissaire suit son instinct et décide de creuser cette piste, même si ses supérieurs préféreraient qu’elle ne se consacre qu’au « pendu ». Elle va faire de son mieux car débarque une variable non prévue dans sa vie personnelle….

Cette intrigue, qui met en exergue, avec intelligence, le projet « Sentinelles » (Le dispositif Sentinelles et Référents permet de proposer à des élèves volontaires et formés de constituer un groupe capable de repérer les situations de harcèlement et d’agir en conséquence.) est très bien construite. La part d’ombre de chacun, les difficultés de la vie en groupe lorsqu’on sort du schéma classique, les relations familiales, amicales, tout est abordé avec doigté et de belle façon. L’auteur a admirablement géré son texte dans la mesure où elle ne se pose pas en donneuse de leçons. Elle expose des faits, leurs causes, leurs conséquences, nous rappelant les risques de tous ces soi-disant supports sociaux qui peuvent être dangereux et conduire au pire…

A l’heure des réseaux sociaux, on a vite fait de se retrouver harcelé, il suffit d’avoir un poids, une taille, une passion qui dérogent à la règle du groupe et les langues (les doigts sur les claviers) se déchaînent. C’est insupportable et on sait que « dans la vraie vie », des ados ont choisi de mettre fin à leurs jours à cause de ça. Les belles paroles, les « plus jamais ça » n’empêchent pas certains de continuer, parfois sans être inquiétés. En mettant ce thème au cœur de son récit, Sylvie Allouche ouvre une porte pour ceux qui la liront.  Être Sentinelles, parler si on est concernés, ou aider un camarade qui lui est touché, dialoguer aussi car si ce roman est lu en famille, ou en classe, ou mis à disposition dans un CDI, il peut donner lieu à des échanges, des cafés philo ou permettre la mise en place de points d’écoute.

L’auteur a parfaitement intégré son sujet au contexte général de son écrit. Loin d’être simpliste, l’enquête dégage plusieurs pistes, que la commissaire et ses collègues suivent dans la mesure de leurs possibilités puis vient le temps du débriefing où chacun a une place. Clara Di Lazio a du tempérament, de la fougue à revendre mais comme tous ceux avec qui elle œuvre, elle est humaine avant tout. J’ai vraiment apprécié le profil des différents protagonistes, même les seconds rôles sont travaillés dans leur personnalité et leur approche des autres.

L’écriture est fluide, le rythme excellent pour maintenir le suspense et l’attention. C’est une belle lecture écrite par quelqu’un qui ne peut qu’être une belle personne.

 

 

 

 

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