Le crime de mon père de Gillian McAllister (The Evidence Against You)

Il y a 18 ans, le père d'Izzy English a été emprisonné pour le meurtre de sa femme Alexandra. Sa peine purgée, il écrit à sa fille avec l'espoir de démonter l'accusation et de lui prouver son innocence.

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A l’adolescence, amoureuse de Pip, Izzy envisageait son avenir en lien avec la danse. Pointes, chassés, entrechats, c’était toute sa vie. Sa mère tenait un restaurant, son père faisait de petits boulots, tout en étant artiste à côté. Et puis, un jour, tout s’est écroulé. Le corps de sa maman a été retrouvé dans les bois et son père a été accusé puis jugé pour assassinat. Recueillie par ses grands-parents, perturbée, Izzy a raté son concours de danse. Elle a repris, avec oncle et cousin, la petite affaire maternelle. Non pas qu’elle apprécie le commerce et la cuisine mais elle n’avait pas vraiment le choix. Elle a tenu bon, bien que Pip lui ait tourné le dos et que Papi, Mamie ne soient pas très démonstratifs, ni vraiment aidants. Elle est maintenant mariée à Nick, qui est analyste criminel. Ils n’ont pas d’enfants. Izzy peine à construire une famille avec ce qui lui est arrivé. Elle vit « par procuration », celles des autres mais cela ne la satisfait pas.

Gabriel, Gabe, le père, s’est bien tenu en prison et le voilà dehors. Bien sûr, il ne doit pas quitter l’île de Wight (où vit sa fille également), lieu où beaucoup de personnes le connaissent et ont des souvenirs des événements passés. Il contacte sa Izzy, par courrier, pour la rencontrer et lui donner, dix-huit ans après sa version des faits. Espère-t-il prouver son innocence alors que tous les indices sont contre lui ? Que veut-il réellement ? Est-il dangereux ? Izzy peut-elle le voir sans en parler à son mari ? Et à quoi bon tout cela si longtemps après ?

Izzy a trente-six ans, et elle prend la décision d’écouter son père. Au fil de leurs rencontres, la version de ce dernier est confrontée aux réminiscences qu’elle a des faits. Des divergences surgissent et la déstabilisent complètement. A qui se confier, comment se faire aider ? Son mari, l’ancien défenseur de son paternel, son oncle, son cousin ?

L’écriture (merci à la traductrice Françoise Smith) précise, pointilleuse, très détaillée de l’auteur m’a fait penser aux romans d’Elizabeth George. Comme cette dernière, Gillian McAllister prend le temps d’installer les liens et les relations entre les différents personnages, de nous faire comprendre comment chacun fonctionne au niveau psychologique et dans son approche de chaque situation. Au-delà des apparences, parfois bien lisses, il y a la face cachée, profonde, de chaque être. Cet aspect est vraiment un point fort du récit. De plus, elle instille le doute en nous. Que cherche vraiment Gabe ? Jusqu’où va sa culpabilité ? En outre,le choix du lieu a de l’importance. Une petite île, où tout le monde se connaît ou presque, où il est difficile d’avoir une vie privée.

Les différents protagonistes sont bien pensés. Izzy forte et fragile, qui subit des ascenseurs émotionnels, ne sachant plus que penser, ne sachant pas si elle aime celle qu’elle est devenue. S’est-elle construite ainsi par défaut ? Gabe, le père, tout en ambivalence, soucieux d’apporter une forme de vérité, perdu après toutes ces années où on l’a pris en charge, incapable d’utiliser certaines formes modernes de communication ou d’achat, totalement décalé dans ce nouveau quotidien. Nick en mari attentionné, bien propre sur lui, mais souhaitant que la page tournée reste refermée. Et puis les « seconds rôles », bien campés, avec une place parfois prépondérante, même si on ne le sait pas tout de suite. L’atmosphère est réaliste, on sent les regards, la peur, la suspicion...

Cette lecture a été très prenante. J’ai aimé le faux rythme insufflé par les retours en arrière. J’ai été captivée par l’examen minutieux de chaque indice « nouveau » qui réapparaît, l’évolution des individus, leurs choix face à ce qu’ils perçoivent, leur interprétation, leur déni….  En résumé, une belle découverte !

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