Broyé de Cédric Cham

Christo porte dans sa chair les stigmates d’une enfance extrêmement violente. Christo lutte pour contenir cette rage qui bouillonne en lui… Mathias, enfant, fugue pour éviter les coups, espérant un monde meilleur. Mathias se réveille enfermé dans une cage.

 

227-photo-prod
Une claque !

Chaque roman de Cédric Cham est une claque, une claque magistrale et on en redemande.  On se dit qu’il ne pourra pas aller plus loin, qu’il a exploré le côté noir de l’âme humaine, loin, très loin et qu’il n’arrivera pas à nous surprendre encore et … bien si….

Pourtant, ils sont peu nombreux les personnages qui peuplent les pages de son dernier livre. C’est presque un huis clos et c’est sacrément prenant, angoissant, terrifiant … On voudrait respirer, laisser les protagonistes se débrouiller seul, histoire de souffler un peu quelques instants, mais on ne peut pas. On risque un œil de loin, parce qu’on a peur, la violence est là, elle sourd entre les lignes … Et puis on met les deux yeux, on lit, on lit encore, on s’imbibe des phrases, des mots, comme autant de coups qu’on prend et lorsqu’on éteint pour dormir, ils sont là : Christo et Mathias, sous nos paupières…. Alors, on se dit que l’auteur a plus que réussi son récit même si ça fait mal…. Il est arrivé à nous envoûter avec des hommes hors normes…

Mathias et Christo ont en commun d’avoir fui parce qu’ils ne voulaient plus subir mais … on ne maîtrise pas forcément les rencontres qu’on fait et parfois, on n’a pas le choix… Eux qui voulaient être maître de leur destin se retrouvent dans une situation où ils doivent repousser leurs limites, jusqu’à l’impensable pour survivre…C’est terrible mais dans une relation duelle, que faire, tuer ou être tué ? Lorsque le bourreau est aussi celui qui vous fait exister, qui vous nourrit, comment réagir ? J’ai pensé à ces enfants-soldats, conditionnés dès leur plus jeune âge, ne connaissant de l’existence que ce qu’on veut leur en montrer….

C’est avec une écriture sèche, troublante, faite de peu de mots que Cédric Cham nous entraîne dans cet univers obscur où l’éclaircie est rarissime…. On veut espérer, croire en l’homme, penser que l’amour finira par gagner … C’est difficile …  mais lorsqu’on écoute la bande originale proposée par l’auteur, les notes de musique, les voix nous apaisent un peu…. Les choix musicaux qu’il fait sont superbes, ils magnifient son texte si on les écoute au bon moment et c’est une alchimie indicible qui nous fait pénétrer encore plus dans « l’intimité » de ceux qu’il évoque….

C’est toujours délicat d’écrire qu’on a aimé un recueil où la brutalité est présente. Cela ne veut pas dire qu’on cautionne ce qui se vit dans les chapitres. Cela signifie simplement que l’auteur a su nous surprendre, nous bousculer, nous intéresser parce qu’au-delà des exactions commises, la question est posée : comment peut-on en arriver là et pourquoi ? Cédric Cham, par petites touches, offre des possibilités d’analyse des esprits torturés qu’il présente. Il le fait avec intelligence, c’est intégré dans son texte, ce qui permet de garder dynamique et rythme. Et la principale interrogation n’est-elle pas celle-là : Où se situe la frontière entre le bien et le mal quand la vie vous a cabossé dès les premiers jours ?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.