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Le coin des polars

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Billet de blog 23 janv. 2022

Délivre-nous du mal de Chrystel Duchamp

Février 2018. Anaïs sollicite l'aide de son ami Thomas Missot, commandant à la PJ de Lyon. Pour elle, pas de doute, sa soeur Esther a été enlevée. Les mois passent et, tandis que l'enquête s'enlise, d'autres jeunes femmes se volatilisent. Jusqu'à ce qu'un corps soit retrouvé.

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Ce roman commence comme une banale enquête policière. Février 2018, Thomas, commandant à la police judiciaire de Lyon, est sollicité par Anaïs, une amie. D’habitude, elle lui demande des renseignements pour les polars qu’elle écrit, afin d’être sûre de ce qu’elle propose, mais là c’est autre chose qui l’a fait venir vers lui. Sa sœur, Esther, avec qui elle s’est un peu accrochée ne lui a pas donné de nouvelles depuis une semaine. Elle s’est rendue chez elle et devant l’état des lieux (le chat enfermé abandonné, du désordre, un téléphone oublié), elle est intimement persuadée que sa frangine a été enlevée. Thomas lui explique les difficultés lorsqu’une personne majeure disparaît. Le plus souvent, c’est volontaire. Devant son insistance, il promet de l’aider mais ne trouve rien ou si peu…. Il a lui-même des problèmes. Son couple va mal et sa fille n’a pas l’air heureuse, il n’arrive pas à dialoguer avec elle.

Les mois passent, d’autres femmes ont disparu sans laisser de trace et sans qu’on établisse de lien. Rien ne bouge, on se retrouve en Mars 2019, où un jeune avide d’urbex (exploration urbaine dans des lieux désaffectés où des passionnés font des photos) se rendant dans une usine non utilisée découvre le corps d’une jeune femme. De quoi relancer les investigations et remettre Thomas et son équipe dans le feu de l’action.

S’il n’y avait que ça à régler, ce serait déjà beaucoup car le corps découvert a été supplicié mais d’autres événements tragiques arrivent et l’atmosphère, déjà angoissante, s’alourdit nettement. Les enquêteurs sont sur tous les fronts et s’interrogent sur les priorités qu’il faut choisir.

Plus on avance dans le récit, plus l’inhumain se fait jour. Si on pouvait, au départ, penser qu’il s’agissait d’un polar classique, il n’en est rien. Chrystel Duchamp insuffle un climat terrifiant, parlant de sujets d’actualité (non, il ne s’agit pas de la pandémie), et envisageant des solutions extrêmes. Elle souligne notamment le fait de la culpabilisation des victimes dans certains cas. On peut se poser la question de savoir si ce qu’elle envisage serait possible. Je pense qu’avec les dérives de notre monde, tout peut malheureusement arriver.

Les personnages sont bien travaillés, ils ont tous un côté humain et une part d’ombre. Certains nous révulsent mais n’ont-ils pas eu leur lot de souffrance avant de commettre l’irréparable ? Cela ne les excuse pas mais on peut se demander si ce qu’ils ont vécu d’atroce n’a pas déréglé leur perception des événements, de la vie elle-même, les entraînant dans une spirale infernale dont ils n’ont jamais pu sortir. C’est également toujours intéressant de voir que les policiers ont une vie à côté du travail, que tout n’est pas simple pour eux.

L’écriture de Chrystel Duchamp est accrocheuse, on veut sans cesse connaître la suite tant pour l’enquête que pour Thomas et sa fille à qui on s’attache. Le texte est abouti, l’auteur maîtrise très bien l’art du suspense, relançant régulièrement notre intérêt avec un nouvel élément, souvent intrigant et dont on cherche le rapport avec les autres faits. Il y a, comme dans ses précédents titres, une référence à l’art, bien que ce soit plus discret. Et chaque fois, cela me donne envie d’aller consulter les œuvres qu’elle évoque. Le contenu monte en puissance au fil des pages, rendant notre souffle plus court et nous laissant dans l’impossibilité de poser le recueil.

La couverture est bien pensée, on ressent une certaine « unité » avec le titre précédent, comme une marque de fabrique. Un thriller sans temps mort et une jeune écrivain qui confirme son talent !

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