Le colis de Sebastian Fitzek (Das Paket)

Psychiatre, Emma Stein a été victime d’une agression nocturne dont elle s’est miraculeusement sortie. Depuis, elle vit recluse dans sa maison, de peur de croiser à nouveau la route de ce psychopathe que la presse a surnommé le Coiffeur.

 

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« Le colis » est un roman psychologique. Il évoque des situations en lien avec la psychiatrie, domaine que l’auteur exploite régulièrement.

Emma Stein est une psychiatre de renom qui a été sauvagement agressée dans sa chambre d’hôtel lors d’un congrès. Depuis, elle ne travaille plus et reste cloitrée chez elle, dans une maison que son mari a sécurisée au maximum pour qu’elle soit rassurée. Ses journées sont synonymes de tourments car le moindre fait non ordinaire la déstabilise et la fait sombrer dans la paranoïa et à ce moment-là, tout ce qui se déroule va « à l’encontre de tout bon sens » la faisant couler encore plus. Ses piliers sont son mari : Philipp, un policier ; Konrad, un vieil ami de la famille, son confident qui lui est avocat ; Sylvia, sa meilleure amie. Elle sait qu’elle peut compter sur eux et qu’ils sont prêts à l’aider au quotidien, de près ou de loin.

Après un prologue où l’on découvre une scène de l’enfance d’Emma, on se retrouve vingt-huit ans plus tard. Le récit n’est pas linéaire, le présent est évoqué mais il y a également des retours en arrière, dont certains sont racontés par Emma lors d’entretiens avec Konrad qui l’aide à démêler ses idées, ses pensées afin qu’elle puisse trier le vrai du faux, et savoir ce qui appartient aux rêves ou à la réalité. AU fil des chapitres, on vit l’angoisse de cette femme de plus en plus fort. On se demande ce qu’elle invente (en y croyant vraiment) et ce qui est vrai. Est-ce que quelqu’un, dans l’ombre, tire les ficelles en la manipulant afin de la rendre folle ? A-t-elle vraiment été attaquée par celui que les enquêteurs surnomment « Le coiffeur » ? Les autres victimes sont des prostituées, et sont assassinées, pas elle… Alors, n’aurait-elle pas créé son propre traumatisme ?

Nous assistons à une lente descente aux enfers, celle d’Emma qui ne sait plus que croire, qui croire, qu’espérer…. L’angoisse monte de pages en pages, à travers des chapitres assez courts, maintenant un bon rythme. L’écriture addictive et bien traduite (merci à Céline Maurice) de Sebastian Fitzek accroche rapidement le lecteur qui n’a pas envie de poser le livre. Bien sûr, on peut parfois penser que l’auteur exagère, qu’il va trop loin et que quelques faits sont invraisemblables mais lorsqu’on est au cœur du récit, on ne se préoccupe pas de cela. Notre centre d’intérêt, c’est Emma, sa fragilité, le choc qu’elle a, peut-être, subi. On veut comprendre, avancer avec elle pour qu’elle renoue avec la lumière, avec la vie…

J’ai beaucoup apprécié cette lecture. Le style est très prenant, l’atmosphère anxiogène juste ce qu’il faut, et on ressent la peur d’Emma qui est bien décrite.  De nombreuses pistes sont suggérées et on ne sait pas à qui faire confiance et où cela va nous mener. On peut reprocher à l’auteur de ne pas avoir développé l’enfance de la jeune femme, qui est brièvement évoquée et qui aurait mérité un peu plus de détails.  A la fin, tout se recoupe, les pièces du puzzle s’emboîtent et on « sait ».  D’ailleurs, on ne peut que féliciter Sebastian Fitzek pour les dernières pages, révélatrices, surprenantes et porteuses de sens. 

NB : La couverture est superbe avec une mise en page adaptée et astucieuse !

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