Lune noire de Anthony Neil Smith (Yellow Medicine)

Une vision toute particulière de la justice et de la morale a valu à Billy Lafitte d'être viré de la police du Mississippi. Il végète aujourd'hui comme shérif adjoint dans les plaines sibériennes du Minnesota, avec l'alcool et les filles du coin pour lui tenir compagnie, les laboratoires clandestins de meth pour occuper ses journées.

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Dès les premières lignes, on sait où est Billy : en prison alors qu’il est shérif adjoint… Comment a-t-il pu arriver là et surtout pourquoi ?
On repart alors en arrière pour comprendre. Que s’est-il passé trois semaines auparavant ?

Billy Lafitte travaillait dans le Mississippi mais il a été renvoyé et muté dans un coin perdu du Minnesota où il a été nommé adjoint de Graham, son beau-frère. Peut-être une façon de le surveiller, de l’avoir à l’œil afin qu’il ne dérive plus et qu’il reste dans le droit chemin ?

Car, effectivement, il faut bien l’avouer, Billy a une fâcheuse tendance à flirter, avec les filles bien sûr, mais aussi avec la ligne jaune, celle qu’il ne faut pas franchir au risque d’être hors la loi alors qu’il est censé la défendre…. N’ayant pas peur des mots, Billy a un grand cœur mais il ne sait pas se tenir. Alors l’alcool, le sexe, les magouilles (pour la bonne cause ou presque ; -) ne lui font pas peur… Et forcément, un jour ou l’autre il faut payer quand on triche, qu’on ruse et qu’on détourne un peu d’argent et les règles d’usage ….

Sauf que Billy se retrouve entraîné dans bien plus que ce qu’on pourrait appeler une mise au point.  Une amie lui demande de l’aide. Je vous l’ai dit, c’est un homme foncièrement bon malgré son côté « électron libre », alors il dit oui. Et là, rien ne va se passer comme prévu. Dire qu’il les accumule serait un euphémisme. Tout, absolument tout lui tombe dessus. Parfois, par manque de discernement de sa part, d’autres fois parce que les concours de circonstances ne lui sont pas favorables….. Et lorsqu’il essaie de s’en sortir, de rebondir, de la jouer fine pour arrêter tout ça, paf, un retour de bâton et il retombe dans les ennuis et le voilà derrière les barreaux…

Un peu macho, un peu hâbleur, un peu menteur, un peu exaspérant, on pourrait croire que ce personnage va nous révulser, nous dégoûter, nous donner envie de lui mettre des gifles… Et bien, pas vraiment, là où Anthony Neil Smith est vraiment fort, c’est qu’il rend son « héros » attachant. Pourquoi ? Sans doute que, malgré tous ses défauts, tous ses travers, Billy démontre qu’il peut se donner à fond pour aider ceux qu’il apprécie, qui compte pour lui, quitte à risquer sa vie.

L’atmosphère est grave, quelques fois presque désespérée, dans une région d’Amérique où certains hommes semblent sans avenir, sans envie pour un futur qui leur paraît noir alors que les femmes jouent les seconds rôles. Le contexte est dur, difficile, très « masculin ».

Le récit est écrit à la première personne, c’est Billy qui parle et qui dit « je ».  L’écriture est âpre, sèche, de temps à autre teintée d’humour (noir…), comme si Billy se moquait de lui-même, en faisant de l’autodérision. La traduction est très bonne mais Fabrice Pointeau est une « pointure ». Il y a du rythme, de l’action, du sang, des morts, ça bouge sans arrêt, avec plein d’individus en embuscade. L’intrigue est « travaillée », complexe, mais pas compliquée. Les protagonistes sont intéressants qu’ils soient en première ligne ou pas. Un ensemble équilibré mais noir, rugueux…

J’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture qui sort de l’ordinaire et qui se démarque des romans policiers habituels. Les éditions Sonatine n’ont pas fini de nous étonner !

 

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