La longue marche des Navajos, de Anne Hillerman (The Tale Teller)

Jim Chee et son épouse, l'agent Bernadette Manuelito, pensent qu'une affaire de vol et recel de bijoux anciens sera vite résolue, mais ce n'est que le début d'une enquête beaucoup plus vaste.

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Quelques années après le décès de son père, Anne Hillerman a repris le flambeau de l’écriture et a continué de raconter, de fort belle manière, les enquêtes de Leaphorn and Chee, en rajoutant Bernie Manuelito. Elle a apporté sa touche personnelle intelligemment, en maintenant le contexte des intrigues. En tant que fan de son Papa Tony, j’apprécie de retrouver l’atmosphère de ses romans et les policiers navajos qu’elle évoque.

Le Lieutenant Leaphorn vient d’être appelé par Madame Pinto, responsable d’un musée tribal car elle a reçu un don anonyme non sollicité et rencontre un problème. Le généreux expéditeur a joint à son envoi une liste et il s’avère qu’il manque des choses dont une robe rare de grande valeur pour le peuple navajo. Les objets ont-ils été oubliés, volés ? Et si quelqu’un s’est servi : où, quand et pourquoi ? Comme le donateur a refusé de communiquer son identité, rien ne va être simple.

Parallèlement, alors qu’elle fait un jogging, Bernie découvre un cadavre sur le bord du chemin. De plus, elle rencontre un vieil homme qui vient de retrouver une bolo (un pendentif) sur le marché, vendu par un exposant, alors qu’on la lui avait dérobée chez lui. Quant à Chee, il enquête sur des vols de bijoux anciens.

Bien pris par leurs investigations respectives, ils essaient malgré tout d’échanger, de se soutenir, de s’épauler. Tous apportent un point de vue, une approche différente (il y a également Louisa, l’amie de Leaphorn). Ils sont attachés aux traditions chacun à leur façon, Bernie reste présente pour sa mère car on se doit d’être là pour les anciens. Leaphorn semble plus détaché de toutes ces habitudes, peut-être parce qu’il vieillit et Chee respecte les croyances des anciens, cherchant à les comprendre pour que cela n’interfère pas dans ses enquêtes et qu’il puisse aborder les événements avec doigté, notamment quand il pose des questions.

Au-delà de l’intrigue policière, de l’atmosphère bien retranscrite, il est très intéressant d’observer ce contraste entre modernité et legs du passé. Les tensions que cela peut créer au travail, mais également ailleurs car cela peut entraîner des incompréhensions profondes. Le contexte « historique » avec en trame un pan de l’histoire de la longue marche des navajos est un aspect très enrichissant cat il permet de mieux connaître ces hommes et ces femmes attachés à leurs racines.

Je crois que ce qui fait la force des livres « des Hillerman », c’est de tisser cette toile de fond indienne avec les navajos et d’y glisser des « affaires » à résoudre en lien avec ce peuple. Ça et là sont glissés des informations sur les légendes, les clans, les us et coutumes, les superstitions. Ce n’est jamais lourd car très délicatement intégré à l’histoire. Les différents personnages ont tous leur complexité mais la lecture reste très abordable. On visualise bien les lieux et les relations entre les uns et les autres.  Et lorsque le FBI apparaît, on constate combien les bureaucrates peuvent être « brut de décoffrage » sans se soucier de ce que sont profondément les personnes qu’ils interrogent….

L’écriture est précise, fluide (merci au traducteur), le glossaire en fin d’ouvrage est très utile, ainsi que la carte au début. Le suspense est présent, on découvre des indices petit à petit, les réflexions de chacun permettent d’avancer, de mieux cerner les raisons d’agir des uns et des autres. J’ai beaucoup apprécié ce recueil.

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