Laisse tomber de Nick Gardel

Antoine Spisser est obèse. Ça ne le définit pas, mais ça le décrit assez bien. Surtout quand il se retrouve en équilibre sur la rambarde d'un balcon à 15 mètres du sol. Mais ce qui l'a amené dans cette situation est une autre histoire. Et ce ne sont pas les copropriétaires de son petit immeuble qui vous diront le contraire. Enfin... Ceux qui sont encore en vie...

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Décapant du rez de chaussée au dernier étage !

Comme on le voit sur la couverture, Antoine Spisser est en équilibre à quinze mètres du sol sur la rambarde d’un balcon. Sautera ? Sautera pas ? Avant de se lancer ou pas dans le vide, nous allons découvrir comment il en est arrivé là….

Cinquante cinq ans, une hygiène de vie mauvaise et peu d ‘activités font qu’il est obèse, il ne travaille pas et vit (mal) sur l’héritage de ses parents qu’il gère de façon désordonnée.  Il habite au rez de chaussée dans une petite bâtisse où vu sa présence quotidienne, il est facile de le prendre pour le concierge, le gardien d’immeuble, celui à qui on demande des services, ou de faire régner la paix entre les habitants lorsqu’il y a des incivilités.

Mais tout cela, il s’en fiche, complètement, et ce qu’il veut c’est boire sa chicorée (berk) tranquille et regarder des films (il a d’ailleurs une excellente culture cinématographique) à son rythme. Sauf que… Il le dit lui-même : « Je suis devenu un jeune vieillard au milieu de plus vieux encore. » Alors forcément, c’est à lui que les habitants s’adressent pour un peu d’aide, qu’il ne veut pas toujours apporter … Conflits de voisinage ? Pas que… Les retraités des lieux ont peu d’occupations, donc surveiller à travers un œilleton, tendre l’oreille, tout est l’occasion de spéculer, supposer, se la raconter, ou échanger avec le colocataire … Langues de vipère, espionnage, médisance, tous ces « vieux » ne savent pas que faire de leurs journées, alors autant être méchants surtout que la vie ne fait pas de cadeau lorsqu’on avance en âge et que le physique ne suit plus ….

C’est avec une langue pleine de verve, de fantaisie ironique, que Nick Gardel nous emmène visiter les lieux, dans un huis-clos réjouissant. Les uns et les autres sont acariâtres, plein de ressentiment, peu agréables. En bricolant dans un des appartements, chez une dame qu’il ne peut pas supporter, Antoine se retrouve confronté à une situation inédite : l’accident bête qu’il sera difficile d’expliquer. Que faire ? Se taire ? Mais si le monsieur d’en face était l’œil collé au judas et qu’il extrapolait le peu qu’il a vu ? Quelles seraient les conséquences ? Une enquête va être mise en place, un policier devra démêler les fils de cette histoire. La femme de ménage dont les horaires comportent des trous paraît la coupable idéale. A quoi bon chercher plus loin ? C’est sans compter sur toutes les langues qui se délient, crachent leur hargne, leur acidité.

Jubilatoire, ce roman nous offre des portraits au vitriol, des dialogues et des réflexions cyniques, bien ciblés, qui feront peut-être grincer des dents mais qui donnent le sourire. Les mots sont ciblés, choisis, portant bien haut un humour noir, effronté. L’auteur joue avec eux, se régale et nous enchantent. Evidemment si on prend tout ça au premier degré, on va se dire que Nick Gardel exagère, qu’il pousse un peu loin… Mais il faut se laisser porter par son style vif, acéré, pour en profiter pleinement.

Le sous-titre «Petit manuel de survie en milieu grabataire » est à lui seul un bon indicateur de ce qui nous attend, alors … lisez et riez !

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