Entends venir l'orage de Denis Labayle

Françoise, employée modèle, travaille depuis vingt ans dans une grande firme informatique. Son coéquipier est le onzième salarié à mettre fin à ses jours depuis le début de l'année. Bouleversée, elle décide d'entrer en résistance au sein de son entreprise.

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Dans son dernier roman, Denis Labayle s’attaque à deux thèmes très contemporains : les parachutes dorés (prime de départ prenant la forme d'une clause contractuelle entre un dirigeant d'une société anonyme et l'entreprise qui l'emploie) et les variables d’ajustement (employés à qui on demande beaucoup de mobilité, d’adaptation, qui, parfois, sont licenciés pour équilibrer les flux d’entrée et de sortie du personnel) dans le monde du travail. Sujets délicats qu’il a su traiter sans être rébarbatif avec sobriété dans un récit addictif.

Françoise est une employée modèle depuis vingt ans, soumise, docile, elle fait ce qu’il faut pour que son budget se tienne. Sa vie est monotone car elle ne peut pas se permettre le moindre excès. Son collègue et ami, Luc, vient de se suicider. Pourtant, récemment, il avait eu une promotion. Ce n’est pas le seul à avoir agi comme ça. Qu’est-ce qu’il s’est passé ? En parallèle, un PDG s’est donné la mort et ce n’est pas le premier…. A tous les niveaux, en haut ou en bas de l’échelle, des hommes se tuent. Pourquoi ? S’agit-il vraiment d’actes désespérés ou sont-ils poussés à agir ainsi ? Quelles sont leurs conditions de travail ?

Françoise va rencontrer la veuve de Luc et devant ce qu’elle apprend, elle se décide à agir, à entrer « en résistance ».  Seule, avec ses petits moyens, se disant que si personne n’essaie de faire quelque chose, les choses ne bougeront pas. Elle va commencer à déstabiliser les plus grands et une improbable rencontre lui permettra de se sentir encore plus forte…. Elle n’est plus dans l’acceptation passive mais dans l’action. Elle a un but dans sa vie, ça la motive, elle a l’impression d’exister à nouveau. L’auteur nous rappelle que face à une « overdose » d’injustice, les gens craquent et se mettent à soulever des montagnes pour être reconnus. Les suicides/ appels au secours des ouvriers ne sont pas toujours entendus et en le soulignant, Denis Labayle égratigne nos dirigeants qui « oublient » souvent d’ouvrir les yeux… Son roman nous permet de voir de l’intérieur les échanges entre les dirigeants et c’est édifiant. « Avec tes relations africaines, on aura une source intarissable de main d’œuvre et à bas prix. » Magouilleurs, profiteurs, méprisants, la plupart de ceux qu’ils présentent n’ont pas une once d’humanité…. Peut-être aurait-il été intéressant d’avoir une femme parmi eux (pour la parité ; -) et que les dialogues soient encore plus animés en développant les différents avis (notamment celui de Pierre)?

On va donc suivre Françoise dans ses actes de rébellion et les PDG dans leurs divers questionnements. Sont-ils en train de perdre le pouvoir ? La peur s’incruste, les suicides dans leur milieu alors que tout « roule » financièrement ont un petit quelque chose de pas logique…. Il leur faut mener l’enquête, se servir de leurs relations, de leur puissance pour ne pas se faire piéger… et bon sang, que certains sont exaspérants (et donc bien décrits…)

C’est avec une écriture fluide que Denis Labayle nous présente les événements et les protagonistes.  C’est agréable à lire mais j’aurais aimé une étude psychologique plus approfondie de certaines personnalités et du rôle du policier (qui a eu bien des facilités pour obtenir des résultats…). Le rythme permet de garder le lecteur attentif. De plus Françoise a une certaine « présence » qui la rend attachante et rien que pour elle, une femme modeste qui a osé défier les plus forts, le livre vaut le détour !

 

 

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