J'ai tué Jimmy Hoffa de Charles Brandt (I Heard You Paint Houses)

Ce récit est le fruit de cinq ans d’interviews réalisées peu avant le décès de Frank Sheeran en 2003. L’Irlandais livre pour la première fois des révélations fascinantes sur la mystérieuse disparition de Jimmy Hoffa et sur d’autres assassinats tout aussi célèbres dont celui de John F. Kennedy.

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C’est le 27 Novembre 2019 que le film de Martin Scorsese  « The Irishman » avec Robert De Niro, Al Pacino, Joe Pesci et quelques autres, va être diffusé sur Netflix. Il est l’adaptation du livre « J’ai tué Jimmy Hoffa ». Ce n’est pas un roman, ni un essai, c’est un recueil d’entretiens entre Charles Brandt, ancien procureur général du Delaware, et Frank Sheeran, un mafieux haut placé mais qui dépendait malgré tout de ses chefs. C’est comme ça qu’il a été « obligé » de tuer Jimmy Hoffa. Il n’avait pas le choix, c’était Hoffa ou lui….

Par le biais d’enregistrements, retranscrits sans modification, on découvre le cheminement de Frank Sheeran. C’est à la fin de sa vie qu’il s’est confié sur cet assassinat, il ne l’a jamais avoué au tribunal. Voulait-il soulager sa conscience ? Se libérer d’un poids ? Toujours est-il que les rencontres ont été nombreuses et leur contenu foisonnant. De fait, c’est une lecture qui demande d’être attentif pour bien cerner tout ce qui est évoqué. Mais que c’est intéressant !

Dans les années 50, Frank vendait de la viande. Il trichait sur les livraisons, histoire de gagner un peu plus que ce qu’on lui donnait. Lorsqu’une combien fonctionne, on a tendance à augmenter les risques et il a fini par se faire coincer. C’est peu après qu’il rencontre Jimmy Hoffa, alors président du syndicat des conducteurs routiers américains. C’est le roi des magouilles. Il participe au blanchiment de l’argent de la mafia, se rapproche du patronat (il vaut mieux être copain avec eux que les avoir contre soi). Il se place en utilisant des adjoints, des bras armés, évitant ainsi d’être en première ligne. Robert Kennedy, Ministre de la Justice, essaie de le coincer, il est alors emprisonné mais reste influent. Il sort, continue son business alors que la mafia elle-même lui demande de se calmer. Il ne donne plus signe de vie le 30 juillet 1975. Cette disparition restera longtemps un mystère car le corps n’est pas retrouvé. Que s’est-il passé ?

Ce qui est très intéressant dans ce livre, c’est d’une part, de voir que pour la première fois, Frank reconnaît avoir tué Hoffa et d’autre part, d’être du côté du crime organisé. Parce qu’il s’agit bien d’organisation et à grande échelle en plus…  Les paroles de Frank sont lourdes de sens, je pense notamment à ce qu’il dit sur son expérience de soldat (Cinq cent onze jours passés à tirer et à se faire tirer dessus sur la ligne de front.)  Ce vécu l’a conditionné. Je ne dis pas que cela excuse la violence, les meurtres mais ça a probablement modifié certaines perceptions de cet homme, d’autant plus que son enfance n’a pas été facile (il a commencé très tôt à accomplir de petits boulots).

Le style est l’écriture de Charles Brandt sont percutants. Il réussit à nous tenir en haleine avec des témoignages et les commentaires qu’il en fait. Il faut dire que certains passages sont de vraies révélations et même si quelques pistes (notamment sur l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy) ne sont qu’effleurées, elles n’en restent pas moi captivantes. Cette lecture apporte un éclairage complet sur les méthodes utilisées par la mafia, mais surtout sur son influence dans l’histoire politique des Etats-Unis pendant une vingtaine d’années. C’est vraiment impressionnant car on sent que le gouvernement a eu parfois « besoin » de ces mafieux et qu’après, pour s’en dépêtrer, ce n’était pas simple…

 

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