W Cassiopée (avatar)

W Cassiopée

Abonné·e de Mediapart

Billet publié dans

Édition

Le coin des polars

Suivi par 295 abonnés

Billet de blog 28 novembre 2025

W Cassiopée (avatar)

W Cassiopée

Abonné·e de Mediapart

Mogador de Richard Canal

Le Mogador, un hôtel délabré sur la côte sénégalaise. Les propriétaires, Sarah et Patrick, un couple français à la dérive, sont harcelés par le fisc. Pour seul client, Pierrot, un tueur à gages exfiltré après un contrat en Italie. Mais lors d’un passage à sa banque, Sarah réalise qu’on pourrait facilement la braquer...

W Cassiopée (avatar)

W Cassiopée

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Illustration 1

Sarah et Patrick ont quitté la France. Ils sont installés au Sénégal, sur la côte, où ils gèrent un hôtel, le Mogador. Pour eux, un moyen de faire fortune ou, à défaut, de vivre au soleil, de se la couler douce avec des revenus réguliers. Un rêve caressé, seulement caressé… Car pour réussir, il faut des clients et pour l’instant, il n’y en a qu’un, avec un bel arriéré de paiement. Il s’appelle Pierrot et dès qu’on fait sa connaissance, on sent qu’il n’est pas net. Est-il venu se cacher ? De qui ? De quoi ? Les rares appels qu’il passe (à la poste, pas de cellulaires dans ce récit) ne lui apportent pas satisfaction. Au Mogador, il se fait discret. Pour le couple de gérants, il faut trouver de l’argent, pour leur client également … Une association de malfaiteurs en perspective ?

Samba Ndieye est inspecteur de police. Son « terrain de chasse » c’est Pikine, la face noire de Dakar. Drogue, misère, chômage, SIDA, ceux qui résident dans ce coin sont sans illusions …. Ils ne vivent pas, ils essaient de survivre, de s’en sortir comme ils peuvent, parfois en dealant. Belle occasion pour ceux qui font régner la loi de faire de bonnes pioches, assez facilement, et peut-être en se servant au passage. Il faut faire attention car chez les trafiquants, il arrive que la tête soit quelqu’un de « respectable » et s’attaquer à trop fort est dangereux …

Quel que soit le lieu où le regard se porte, l’argent manque. C’est un pays où plus rien ne sourit aux hommes, où les choix sont difficiles et sont rarement les bons. Mais que faire ? Tenter de sauver ce qui peut l’être ? À quel prix ?

Il y a une atmosphère totalement palpable dans ce roman. On perçoit la moiteur, les bruits, la sueur aigre, la poussière. Tout cela nous imprègne. Les personnages également. Ils ont un côté désenchanté qui m’a beaucoup plu. Ils voudraient tous forcer le destin, vivre autre chose mais c’est compliqué. Personne ne maîtrise totalement son destin. J’étais totalement dedans, ressentant chaque émotion, visualisant chaque scène. Comme un film en noir et blanc se déroulant sous mes yeux, avec une forme de désespérance, je regardais ces petits blancs un tantinet arrogants, persuadés de leur pouvoir et de leur puissance. Et à côté, les autres qui ne savent pas comment s’en sortir. Les rapports humains ne peuvent pas être fluides dans ce récit. Les protagonistes traînent des « casseroles », des non-dits, des cachotteries, leur passé est lourd, leur présent difficile, quant à leur avenir, il semble bien obstrué ….

Richard Canal a vécu en Afrique. C’est sûrement pour cela qu’il évoque avec réalisme le quotidien des habitants. Il parle de la fracture sociale entre ceux qui sont venus avec des moyens financiers importants et ceux du cru qui galèrent tous les jours et vivotent. Son écriture est brute, sans fioriture. De temps à autre, une pointe d’humour se glisse devant une situation cocasse ou une remarque. Il y a même quelques lignes poétiques glissées dans le texte pour se poser, espérer ou croire à un autre futur.

Malgré sa noirceur, j’ai beaucoup aimé cette lecture. J’avais déjà voyagé aux Etats-Unis avec l’auteur, j’ai apprécié qu’il m’emmène ailleurs ! Et je veux bien le suivre encore !

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.