La métamorphose de Pascal Martin

Cobus, ancien trader cousu d’or clochardisé après un séjour à Fleury-Mérogis, est sur le point de sortir de la galère après avoir transformé le squat dans lequel il vit en une entreprise de fast-food haut de gamme, Le Monde de Juju, cuisine labellisée tradition française

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Deux hommes en un…

Victor Cobus a été trader, mais il a mal géré sa carrière et il a fait un petit séjour à l’ombre. Il est maintenant à la tête d’un fast-food « Le monde de Juju », installé dans un squat où il a une chambre. Cependant pour être totalement tranquille, il souhaite que la mairie préempte son local qui est convoité par des investisseurs malhonnêtes. Sa petite entreprise surnage à peu près, avec un équilibre fragile côté finances et donc forcément quelques magouilles pour payer ce qu’il doit. Mais il sait faire et s’en sort assez bien.

Tout pourrait tourner tant bien que mal, vaille que vaille mais un événement va rapidement tout déstabiliser et mettre du mouvement dans le quotidien des protagonistes. Un peintre méconnu et bizarre, comme beaucoup d’artistes, met le feu à ses toiles et au squat où lui aussi avait élu domicile. Victor était en vadrouille et n’a rien eu mais le mal est fait : sa cuisinière, présente sur les lieux, une brave femme, est morte dans l’incendie. Les pompiers n’ont rien pu faire ni pour l’un, ni pour l’autre. En furetant un peu, Cobus va découvrir que rien ne s’est déroulé comme on l’annonce officiellement… cela ne lui plaît pas car certains procèdent dans l’ombre et pas du tout comme il l’envisageait…. Comment agir, que faire ? Il faut trouver des solutions sans y laisser des plumes. Mais il est prêt à sortir de sa zone de confort car il ne supporte pas une certaine forme d’injustice. Aidé par les uns et les autres, Cobus se met à l’ouvrage.

Sur un rythme endiablé, avec une écriture rapide teintée d’humour et de gouaille, donnant la parole à Cobus, Pascal Martin nous entraîne dans une histoire haletante. Victor est un homme à deux visages (et à deux femmes de style totalement différent) : écrivain et créateur du personnage Jack Wallace, un héros de polar qui ne s’en laisse pas conter, il est également un petit malfrat au grand cœur. J’ai beaucoup aimé cette ambiguïté qui lui donne deux facettes. Parfois, il se croit dans ses romans et agit en tant que tel. Comme son héros et alter égo, il devient impulsif, bras vengeur, presque violent. Parfois, c’est le truand malicieux qui se montre : à lui le coup monté, le piège et les filets qui se referment sur la proie qu’il a choisie. Mais le milieu des malfaiteurs n’est pas sans « ses règles ». Cobus ne peut pas faire régner la loi lui-même, il le sait et malgré toute sa bonne volonté, son énergie, il va lui falloir lutter d’arrache-pied pour obtenir ce qu’il vise. Et il a de la ressource le bougre ! En plus, il est prêt à tout si ceux auxquels il tient sont touchés et cela démontre une grande force de caractère.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture, elle un petit côté canaille qui me plaît. C’est sans doute dû à ce joyeux melting-pot tant au niveau des individus (qui même avec un aspect retors sont quelques fois attachants), qu’un niveau des situations (le père de Cobus en est une preuve flagrante si une seule devait être évoquée) mêlant dans la même intrigue des individus de milieux variés. Et puis, je le redis, il y a ce phrasé qui fait mouche. Un exemple ? « Ce n’est pas le genre de donzelle à qui tu fais sauter le string dès le premier soir. Pour lui coller ta clé dans la serrure faut avoir la carte. »

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