Jacques Tessier
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Le coin des polars

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Billet de blog 31 oct. 2022

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L’inconnu de la forêt, un Harlan Coben plutôt décevant

Alors que j’ai apprécié la plupart des livres de Coben que j’ai pu lire, j’ai quelques réserves pour celui-ci.

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Illustration 1

Comme toujours chez lui, les personnages sont travaillés et ne sont pas manichéens ( enfin, pas tous ! ). Le personnage principal est original, bien campé, et ses réactions face aux évènements et aux personnes qu’il rencontre sont parfois déconcertantes. C’est une qualité, même s’il ne faut pas que l’auteur pousse le bouchon trop loin. Il est facile en effet de glisser du déconcertant à l’insolite et de l’insolite au tarabiscoté, mais ce n’est pas le cas avec Wilde, dont le personnage d’ancien « enfant sauvage » trouvé dans une forêt est construit avec une certaine finesse. Coben réussit à le rendre crédible et sympathique au lecteur que je suis, et sans doute aussi à beaucoup d’autres.

Par contre, le second personnage principal, celui de l’avocate ultra-médiatique Hester Crimstein, est antipathique à souhait et psychologiquement incohérent, alors qu’il est censé être l’un des personnages positifs du roman. Ma réaction est sans doute basée sur les différences culturelles fortes entre nos deux pays au niveau judiciaire, des différences qui deviennent abyssales quand on aborde le rôle des avocats. De ce point de vue, nous assistons dans le chapitre 2 à une émission télévisée animée par Hester qui est consacrée à un procès en cours dans lequel elle représente un accusé. Pour défendre son client, Hester n’hésite pas à manipuler ses invités – et surtout les téléspectateurs – d’une façon odieuse et insupportable, estimant que tous les coups lui sont permis, même les coups bas. Ce n’est évidemment pas l’effet qu’Harlan Coben a cherché à produire chez le lecteur, il veut seulement démontrer qu’elle est une avocate tenace et exceptionnellement douée. Mais les qualités humaines qu'il lui attribue par ailleurs ne collent pas avec son comportement professionnel, ce qui est dommage.

D’autre part, j’ai été souvent gêné par les dialogues, bien trop nombreux à mon goût et dont la platitude est souvent pénible. Un exemple à la page 28, parmi cent autres identiques :

« - Je ne sais pas, répondit-il. Tu veux que je lui envoie un texto ?

  - Je veux bien.

- Mamita ?

 - Oui, chéri ?

 - Ne lui parle pas de ça.

- De… ?

- Naomi.

- Pourquoi ?

- S’il te plaît !

- Tu me le promets ?

- C’est bon, répliqua-t-elle, légèrement agacée. Puis plus gentiment :

- Bien sûr que je te le promets. »

Pour compenser cette faiblesse, l’intrigue est ( comme souvent chez Coben ) plutôt astucieuse et sophistiquée, et le suspense maintenu jusqu’à la dernière page. Je n’ai donc pas lâché le livre avant d’avoir eu le fin mot de l’histoire.

Au bout du compte, un plaisir de lecture mitigé : de bonnes choses, mais insuffisantes pour que ce livre reste longtemps dans ma mémoire. J’espère que le film qui en sera sans aucun doute tiré sera meilleur… en tout cas le scénariste n’aura pas un gros travail à faire sur les dialogues !

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