Le refrain de la Marseillaise en exergue à l’école

Aux armes, citoyens ! Formez vos bataillons ! Marchons, marchons ! Qu'un sang impur Abreuve nos sillons !

marianneenfeu
Réflexe chiraco-bruitEtOdeuro-sarko-karchero-wauquiezo-dupondtaignien, dans le souhait de limiter la branlée lepénienne aux prochaines échéances électorales ?

Souci de prendre acte, de se mettre à la page, d’écouter l’insurrection, d’institutionnaliser le chaos ?

Volonté de rugir avec les fauves racistes afficheurs de slogans nazis, de bananes et quenelles, de viande de porc pourrie, pour récupérer des voix ?

Simple stupidité, aveuglement de base, illettrisme ?

Recherche de nouveaux slogans dans les ancienne recettes ?

 

Ces cinq vers ineptes constituent sans aucune contradiction possible un appel au meurtre de masse.

Et ce sont eux que La République Aux Armes veut mettre en exergue, dans chaque école. En compagnie du drapeau français, ce qui est logique, et du drapeau européen : est-ce un désir de contaminer l’Europe entière au poison guerrier et génocidaire ? Au fond, c’est un retour aux sources (de sang). La Marseillaise a effectivement contribué à une vingtaine d’années de carnage qui nous ont emmenés tout autour de l’Europe.

Ma fierté d’être Français, mon amour pour mon pays, ne résident pas dans cette fausse et frelatée poésie.

Les textes suivants, en exergue dans les écoles, à la place de cette infâme à écraser, auraient en plus de leur beauté et de leur humanisme, la vertu pédagogique d’une vraie complexité.

 

Je vous salue ma France arrachée aux fantômes
Ô rendue à la paix Vaisseau sauvé des eaux
Pays qui chante Orléans Beaugency Vendôme
Cloches cloches sonnez l'angélus des oiseaux

Je vous salue ma France aux yeux de tourterelle
Jamais trop mon tourment mon amour jamais trop
Ma France mon ancienne et nouvelle querelle
Sol semé de héros ciel plein de passereaux

Je vous salue ma France où les vents se calmèrent
Ma France de toujours que la géographie
Ouvre comme une paume aux souffles de la mer
Pour que l'oiseau du large y vienne et se confie

Je vous salue ma France où l'oiseau de passage
De Lille à Roncevaux de Brest au Montcenis
Pour la première fois a fait l'apprentissage
De ce qu'il peut coûter d'abandonner un nid

Patrie également à la colombe ou l'aigle
De l'audace et du chant doublement habitée
Je vous salue ma France où les blés et les seigles
Mûrissent au soleil de la diversité

Je vous salue ma France où le peuple est habile
À ces travaux qui font les jours émerveillés
Et que l'on vient de loin saluer dans sa ville
Paris, mon coeur, trois ans vainement fusillé

Heureuse et forte enfin qui portez pour écharpe
Cet arc-en-ciel témoin qu'il ne tonnera plus
Liberté dont frémit le silence des harpes
Ma France d'au-delà le déluge salut

Aragon

 

De plaines en forêts de vallons en collines
Du printemps qui va naître à tes mortes saisons
De ce que j'ai vécu à ce que j'imagine
Je n'en finirai pas d'écrire ta chanson
Ma France...

Cet air de liberté au-delà des frontières
Aux peuples étrangers qui donnait le vertige
Et dont vous usurpez aujourd'hui le prestige
Elle répond toujours du nom de Robespierre
Ma France

Celle du vieil Hugo tonnant de son exil
Des enfants de cinq ans travaillant dans les mines
Celle qui construisit de ses mains vos usines
Celle dont monsieur Thiers a dit qu'on la fusille
Ma France

Picasso tient le monde au bout de sa palette
Des lèvres d'Éluard s'envolent des colombes
Ils n'en finissent pas tes artistes prophètes
De dire qu'il est temps que le malheur succombe
Ma France

Leurs voix se multiplient à n'en plus faire qu'une
Celle qui paie toujours vos crimes vos erreurs
En remplissant l'histoire et ses fosses communes
Que je chante à jamais celle des travailleurs
Ma France...

Celle qui ne possède en or que ses nuits blanches
Pour la lutte obstinée de ce temps quotidien
Du journal que l'on vend le matin d'un dimanche
A l'affiche qu'on colle au mur du lendemain
Ma France

 

Jean Ferrat

 

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