Plus d’efforts demandés aux personnels hospitaliers: allez-vous faire voir !

C’est un hôpital ordinaire, avec un déficit ordinaire. Et comme à l’ordinaire, dans cet hôpital de province qui accumule les déficits, le directeur propose « de mettre en place de nouvelles méthodes managériales qui auraient pour but de demander plus d’efforts au personnel hospitalier ». Les personnels sont ulcérés. Un ulcère mérite bien un arrêt de travail.

Le mauvais diagnostic pour de mauvaises solutions

Ce que ce directeur n’a pas compris c’est qu’il est enfermé dans une logique comptable de la tarification à l’activité qui fait que, plus il y a d’activité plus les tarifs baissent. Les dépenses de santé sont enfermées dans une enveloppe fixée au plan national dans le cadre de l’Objectif National des Dépenses d’Assurance Maladie (l’ONDAM). Les députés votent ! Circulez il n’y a rien à négocier !

Lorsque ses dépenses incompressibles augmentent plus vite que les recettes comment peut-on s’étonner d’une situation déficitaire des hôpitaux publics ?

Si une crise de l’hôpital public motive la démission de médecins hospitaliers de toutes les fonctions administratives, si les personnels hospitaliers sont régulièrement en grève, c’est pour sortir de cette situation mercantile et pour redonner à l’hôpital ses lettres de noblesse.

Cela fait 10 ans maintenant que les salaires des hospitaliers sont bloqués, que les promotions sont supprimées, que l’emploi est précarisé, que les conditions de travail sont dégradées par un manque de personnel, par un management stupide et malveillant qui ne comprends pas que la richesse d’un hôpital c’est la qualité des soins, donc la qualité du travail et donc de bonnes conditions de travail.

On croyait toucher le fond, mais ils creusent encore ! Demander aux agents de faire des efforts ? Mais ça fait plus de 15 ans que, d’années en années, la situation se dégrade et que l’on demande aux agents des efforts. Pour quels résultats ? Pour quelle reconnaissance ? Aucune !

Alors allez vous faire voir !

Les syndicats ont prévenu que cette situation ne pouvait qu’entraîner une démotivation des professionnels de santé. Déjà, des services hospitaliers ne peuvent plus tourner, faute de personnel et de médecins qui désertent. Ceux qui restent tombent malades ! Et pourtant, directeurs, ARS, Ministère, gouvernement et députés poursuivent cette politique de fuite en avant.

Il faut savoir que cette augmentation des arrêts de travail pour des raisons de santé représente chaque année pour l'hôpital public plus de 110 000 emplois en équivalent temps plein. Une augmentation de l'absentéisme de 1%, ce sont 10 000 emplois qui ne sont plus au chevet du malade. Et ça augmente encore !

Faut-il encourager la valse des certificats médicaux ?

Les instances représentatives des personnels, CME, CTE, etc. ne servent plus à rien puisqu’elles ne sont pas écoutées. Pour les directeurs, la grève n’est plus qu’une source d’économie sur les dépenses de personnel. Alors que reste t-il pour se faire entendre ? Collectivement rien, puisque toutes les instances sont ignorées. Alors, à défaut de réponse collective, l’individu qui est si bien isolé par la volonté managériale, n’a plus d’autre solution que la sienne. Ceux qui peuvent démissionnent, vont exercer ailleurs. Ceux qui ne le peuvent pas prennent le chemin de leur médecin traitant.

Ils obtiendront ainsi le repos nécessaire pour se protéger d’un système qui les rend malade !

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En complément :

 

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Et l'augmentation se poursuit toujours : "On ne peut pas résoudre un problème avec le même mode de pensée que celui qui a généré le problème". (Albert Einstein)

 

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