Jean-Claude Mailly, ou la démocratie par l’exemple.

Certains syndicalistes (et autres) ce sont émus de voir le secrétaire général de Force ouvrière rester à la tête de la Confédération alors que soi-disant il aurait été mis en minorité par les militants de l’organisation. Ce ne sont pas des démocrates et je m’en explique.

L’art de négocier
Lorsqu’une négociation, une concertation s’engage, il y a un contexte, un début et une fin. Si le projet de loi El Khomri a été communiqué par voie de presse, il faut bien reconnaître que le contexte de cette ordonnance travail n’a pas connu le même chemin. Jean-Claude Mailly n’a eu de cesse de se féliciter de ce mode de concertation et, comparé aux méthodes précédentes, c’est plutôt honnête.
Le négociateur qu’il fut, avec son bureau confédéral, c’est donc mobilisé pour obtenir le meilleur possible. Les propositions étaient sur la table. Il exprime ses positions, il les défend au cours des rencontres, il apprécie les retours qu’il obtient, et ceci, durant trois mois d’échanges. A la fin des débats, comme tout négociateur, il mesure le chemin parcouru entre le document de départ et celui de conclusion. A ce moment du bilan il estime, avec ses proches collaborateurs, que compte tenu du contexte, des droits préservés, des mesures obtenues, ils sont allés au bout de ce qu’ils pouvaient obtenir.
Fort de cette conviction il défend partout cette conclusion. Il demande à ses militants de ne pas s’engager dans la grève.

C’est alors qu’est saisit le parlement de FO, le Comité Confédéral National (CCN). Le débat a lieu, les échanges sont directs et comme tout débat, il se conclut par un vote.
Extrait de sa déclaration :« Le CCN souligne l’importance du travail réalisé par la Confédération durant trois mois de concertation, en application du réformisme militant et qui a permis le maintien de certaines garanties et le blocage de plusieurs dispositions. Cependant les textes finaux comportent nombre de mesures inacceptables, dont le CCN revendique le retrait. » (déclaration complète ici)
C’est un bon compromis entre la position du bureau confédéral et le parlement de FO. Certains, à l’extérieur de l’organisation, comme, « Le Parisien » assurait que Jean-Claude Mailly était « au bord de la démission », le secrétaire général de FO répond : « Je n’ai pas du tout l’intention de démissionner. Les militants considèrent qu’il faut monter le ton, ce que je ferai dans les semaines à venir ». Ainsi, Jean-Claude Mailly va respecter le mandat qu’il détient du CCN et qui représente l’ensemble des adhérents FO. Il accepte la voie de la majorité. Il en a toujours était ainsi.

Accepter la démocratie, c’est le respect du mandat !
Si ce dernier n’avait pas accepté la position majoritairement exprimée, il aurait démissionné. Il aurait fait comme bon nombre de militants, de représentants divers, politiques, associatifs qui considèrent que leur conscience est supérieure à tout le reste. Mais lorsqu’on participe à un système de représentation par délégation, notre système démocratique en France, il faut toujours s’assurer d’être en accord avec les gens que l’on représente. C’est pourquoi chaque syndicat, chaque organisation démocratique, se dote de structures adaptées pour mandater les représentants qu’ils ont majoritairement élu. Il n’est pas possible de consulter les militants à chaque stade de la négociation, mais au final ce sont eux que fixent le cap. C’est ce qui vient de se passer à FO et c’est bien une leçon de démocratie.
Elle devrait faire école envers tous ceux qui se proclament élus sans vote, qui ne réunissent pas leur assemblée générale ou leur congrès de peur d’être mis en minorité. Il existe des secrétaires de syndicats, des secrétaires d’Union départementales, mais aussi des présidents d’associations et autres, qui ne réunissent pas leurs instances avant de participer aux débats et qui portent leur seule conviction au mépris de l’expression des gens qu’ils représentent. Ces gens-là sont les parasites de l’expression majoritaire, de la démocratie. Ils cultivent une forme de totalitarisme. Ils sont généralement les premiers à demander la démission de l’autre, de celui qui ne partage pas leur propre avis.
Mais c’est parce que les adhérents, les militants s’endorment, ne s’intéressent pas à la vie de leur organisation que la démocratie se meurt, que les salariés ne se reconnaissent plus dans les syndicats, les citoyens dans les partis politique, les associés dans leur association.


Etre démocrate, c’est accepter d’être minoritaire et de porter la voix de la majorité exprimée.
C’est pourquoi Jean-Claude Mailly donne ici une vraie leçon de démocratie qui devrait inspirer tous ces chancres du syndicalisme, du monde associatif et politique.

 

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