Institut Pasteur et Conseil Constitutionnel le couple zéro !

Le docteur Philippe Garnier était Médecin Général à la Direction générale de la santé lors de l'épidémie H1N1 en 2009. Épidémiologiste, il est éberlué par les prévisions de l’institut Pasteur visé dans l'avis du Conseil d'État portant sur la Loi sanitaire et reste "le cul par terre" en prenant connaissance de la décision du Conseil constitutionnel. Son commentaire mérite le détour.

Dans un article de blog qui appelait le Préfet et les élus à ne pas mettre en place la Loi sanitaire dans un archipel qui ne connait pas d'épidémie, - Saint-Pierre-et-Miquelon - les éléments du Conseil d'État et du Conseil constitutionnel portant sur la loi sanitaire ont été repris.

Par exemple, le Conseil d’État dans son avis reprend les éléments fournis par le gouvernement à savoir :

« L’institut Pasteur et l’INSERM estiment qu’une nouvelle vague épidémique est possible dès le mois de juillet, avec un pic entre la fin du mois d’août et la mi-septembre, atteignant 150 000 cas par jour si le nombre de reproductions du variant Delta, actuellement estimé à 2, n’est pas significativement abaissé. Les admissions à l’hôpital et en soins critiques pourraient alors atteindre, voire dépasser le niveau de la première vague de mars 2020 et, si l’on se réfère aux constatations faites au cours des précédentes vagues de l’épidémie, ne décélérer que lentement au cours des mois qui suivent. »

Cette première remarque a conduit cette réaction du Dr Philippe GARNIER

"Je suis surtout éberlué par les prévisions de l’Institut Pasteur et de l’INSERM, oiseaux de mauvais augure et incompétents, comme d’habitude.
.
1 – « le nombre de reproductions du variant Delta, actuellement estimé à 2″ : ça s’était pour le variant chinois. Pour le variant delta, il est plutôt estimé à 8-10.

2 – Malgré cela, compte tenu du taux de vaccination de la population, même en estimant l’efficacité du vaccin revu à la baisse (admettons 70-80%, mais rien n’est sur), la prévision de 150 000 cas par jour est du PUR DÉLIRE.

Les épidémiologistes sérieux estiment plutôt que le pic sera moins élevé que lors des vagues précédentes. Ce qui est logique : le virus n’a pas la place pour 150 000 cas par jour et donc 15 millions en 100 jours, durée prévue de la 4ᵉ vague !

Pour le Conseil constitutionnel, ce qui me mets le cul par terre, c’est qu’il ait retoqué l’isolement obligatoire des contagieux !!!


1 – « Les mesures susceptibles d’être prononcées dans le cadre du régime de gestion de la sortie de crise sanitaire ne peuvent être prises que dans l’intérêt de la santé publique et aux seules fins de lutter contre la propagation de l’épidémie de covid-19 ».
Il est bien connu que les personnes contagieuses ne risquent pas de propager l’épidémie !!!
Ce serait disproportionné par rapport au risque de porter atteinte aux libertés.

2 – Résumons :
a – celui dont on sait qu’il est contagieux peux circuler librement, s’il se moque de la recommandation, comme beaucoup.
b – Celui dont on ne sait pas s’il est contagieux ne peut pas boire une bière à la terrasse d’un café.


Balance bénéfice des libertés contre risque sanitaire :
– le cas a) c’est 100% de risque de contagion : 20 000 personnes contaminées par jour, c’est quelques dizaines de milliers de contaminations potentielles, et donc quelques dizaines de morts très probables. Ceux-là, ils auront la liberté de se faire inhumer ou incinérer, au choix !
– le cas b) : Quelques dizaines de milliers de personnes contagieuses privées de la liberté de contaminer les autres, pour quelques dizaines de millions qui ne le sont pas Mais, ils resteront libres d’être contaminés par leurs voisins,
Je vous laisse faire le calcul. Et évaluer la balance -bénéfices-risques.

Il est vrai que le Gouvernement n’a prévu aucune mesure d’accompagnement de l’isolement des contagieux. Démerdez-vous ! On indemnise tout le monde, mais pas ceux qu’il faut mettre à l’abri pour protéger les autres."

À la place du Conseil constitutionnel, j’aurais validé la mesure sous conditions : que les personnes isolées soient accompagnées (courses, prise en charge des enfants, etc) et dédommagées de leurs pertes de revenus et de leurs charges fixes.
Ce serait bien moins coûteux que les milliards qu’on a donnés aux entreprises pour l’efficacité que l’on connaît en termes d’épidémie.

Nous avons bien un banquier à la tête de l’État. Le pire, c’est qu’il se pique d’y connaître quelque chose en matière d’épidémie.

Bonnes gens, dormez tranquille, la banque épidémiologique veille sur vous"

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Voir dans les textes :

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