Dialogue social, causerie occupationnelle ou railleries?

Les mots ont du sens. Lorsqu'on ne veut pas changer les choses il suffit de changer les mots ! Le mot "négociation" s'est déplacé vers celui de "dialogue social". Mais du dialogue utile on est passé sans le dire à la causerie futile. Enfin à ce jour, pour la SNCF le Président Macron et son équipe considèrent les propos des cheminots comme des railleries. Il suffirait de négocier !

Le mot « négociation » a été quasiment exclut du débat social lui substituant celui de « dialogue social ».

« La négociation est omniprésente dans toutes les relations humaines à un moment ou un autre. Le négociateur doit être capable de se dépersonnaliser, s’adapter à la personnalité de l’autre afin de mieux communiquer. Le bon négociateur cherche avant tout à amener son interlocuteur à proposer des solutions qui lui semble acceptables et par la suite arriver avec des solutions communes. L’autre partie doit se sentir à l’aise de négocier dans une perspective gagnant gagnant » (La Grande Ecole des Affaires du Québec)

Manifestement cette notion semble étrangère au pouvoir actuel. Il décide, il impose et ne veut dialoguer que sur ses propres décisions en ignorant totalement les arguments de ceux qui sont concernés. Que ce soit à la SNCF, pour les EHPAD, les Hôpitaux et demains d’autres services publics, partout l’Etat se cache derrière la dette lorsqu’il s’agit de financement de service public mais l’ignore lorsqu’il s’agit de réduire les impôts des plus fortunés.


Ah la bonne dette pour nous mettre à la diète !

Pour le président et son gouvernement les arguments sont assénés comme des vérités : « État qui vit à crédit depuis trop longtemps » et, argument imparable, sur la dette « que nos enfants devront payer ». Et d’enfoncer le clou : « Ils n’auront pas le choix, ils devront payer. »
La France, membre de la zone euro, n’a certes pas la souveraineté monétaire, mais rappelons que chaque mois la BCE trouve 30 milliards d’euros pour racheter des titres sur les marchés. Cet argent ne vient pas de nulle part, il est créé par la simple volonté de la BCE.
La France, deuxième économie de la zone euro, n’est pas menacée de faillite, ni à court, ni à moyen terme.
Si la priorité était d’en finir avec un État qui « vit à crédit », le gouvernement mettrait fin immédiatement à un dispositif comme le CICE (20 milliards d’euros par an), dont l’efficacité est quasiment nulle en termes d’emplois. Il n’aurait pas offert au 1er janvier 4,5 milliards d’euros de défiscalisation du capital par la suppression de l’ISF. (Romaric Godin Médiapart « Emmanuel Macron, l’aide-soignante et l’argent magique »)


Entre le capital et le travail les ponts sont coupés

Ce contraste économique dans un pays riche ne peut pas être compris de ceux qui ne peuvent accéder au minimum vital pour vivre et par ceux qui ont lutter pour bénéficier de l’ordinaire qui devrait être servi à chacun.
Entre la logique de l’oligarchie bancaire du Président Macron et la République de Liberté, d’Egalité et de Fraternité du service public, il n’y a pas de pont !
Pour la SNCF, le parlement est saisi avant même la recherche du moindre compromis. Dans ces conditions il devient impossible de négocier et il semble tout aussi impossible de dialoguer. C’est pourquoi les derniers échanges entre la ministre des transports et les syndicats peuvent s’apparenter à une causerie occupationnelle, c’est-à-dire à gagner du temps pour que parlement vote la loi contre ce qu’il doit considérer comme des railleries !

Pour s'inspirer du modèle Allemand, la référence du pouvoir en place, le gouvernement serait bien inspiré de privilégier la négociation à l'affrontement. Encore faut-il ne pas vouloir changer le sens des mots.

 

 

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