La reconnaissance du travail passe d’abord par le salaire !

Le salaire c’est la récompense du travail, des qualifications, des compétences et de l’expérience profitable à l’entreprise ou au service. Pour assurer la solidarité entre toutes les travailleuses et travailleurs fut créée la sécurité sociale et, pour réaliser la solidarité nationale entre tous les citoyens, il y a les impôts et taxes. La confusion exprimée par le Président Macron est volontaire.

Le Président Macron prend les travailleurs pour des imbéciles. La communication connaît ici ses limites. Il veut remettre le travail à l’honneur sans le reconnaître ! Trois mesures démontrent ce décalage présidentiel avec cette volonté affichée de redonner au travail ses lettres de noblesses.

Première mesure : les personnes qui perçoivent le SMIC auront une augmentation de 100 euros net par mois ! Soit ! Mais cela n’a rien à voir avec une augmentation du smic qui est la traduction d’un taux horaire multiplié par un nombre d’heures de travail. S’il n’y a aucune augmentation du taux horaire il n’y a aucune augmentation du SMIC ! La revalorisation légale au 1er janvier ne connaitra aucun coup de pouce.

Et les contractuels de la fonction publique qui perçoivent un salaire au niveau du SMIC mais qui n’est pas le SMIC ? etc. en clair le Président veut déconnecter le salaire du travail ! déconnecter le travail des charges sociales en dénonçant des impôts est trop lourds, tout en alourdissant les charges de l’Etat payées par l’impôt et les taxes. Le slogan du trop d’impôts ne visent qu’à justifier la suppression de services publics.

La seconde mesure c’est cette prime de fin d’année dans les entreprises qui le peuvent ! Les premiers financeurs de campagne électorales montent au créneau pour dire au Président, moi, moi, moi, je vais le faire. C’est une mesure injuste et inégalitaire. D’abord, parce qu’elle ne s’adresse qu’aux 30% des salariés qui travaillent dans les grandes entreprises et que déjà, les premières annoncent, comme celle d’« Orange », précise que cela ne concernera que 31% de son effectif ! Ensuite parce qu’elle est conditionnée par la bonne volonté de l’employeur. Qu’en pensent les salariés des petites et moyennes entreprises ?

Ces grands groupes au service du pouvoir (ou l’inverse) verront les sommes versées exemptées de charges sociales et d’impôts. Ainsi, au lieu d’augmenter les salaires qui rapportent des recettes à la sécurité sociale et à l’Etat, les patrons sont encouragés à transférer les augmentations de salaire par cette voie défiscalisée. C’est tout bénéfice pour l’entreprise et tout déficit pour l’Etat.

Enfin la troisième mesure remarquable, c’est la défiscalisation et la désocialisation des heures supplémentaires. C’est intelligent ! Cette mesure repose essentiellement sur la cupidité des bénéficiaires qui, tout en faisant des heures supplémentaires dans les grandes entreprises, vont demander un emploi pour leurs enfants. J’ai tendance à leur répondre : « Trop tard c’est toi qui l’occupes avec les heures que tu effectues en plus ». Des heures défiscalisées, désocialisées, « désimposées ».

Le travailleur solidaire est transformé en consommateur solitaire.

A ce rythme-là il n’y aura plus de relation entre le travail et la solidarité entre toutes les travailleuses et travailleurs. Progressivement l’Etat transfère les charges vers des taxes et assurances individuelles que chacun sollicitera pour couvrir tel ou tel risque. Le travailleur solidaire est transformé en consommateur solitaire.

C’est dans cette perspective que les réformes prochaines se profilent. Chômage, retraite, primes individualisées pour les autres, salaire au mérite, mérite que les employeurs définissent tout seul.

Nous sommes donc en marche vers une société déshumanisée, ou la compétition entre tous va devenir la règle, ou le chacun pour soi devient progressivement la réalité. La servitude volontaire n’est pas nouvelle puisque Etienne de la Boétie l’a dépeinte en 1548 ![1] Mais ce niveau de cupidité est inquiétant, sauf si la révolte des gilets jaunes vient en inverser le constat. Alors oui la révolte des gilets jaunes ne s’arrêtera pas en 2018 car les réponses apportées sont à la marge des demandes formulées ! Le niveau des inégalités est tel, l’expression de la démocratie est tellement écrasée, que la révolte grondera de plus fort encore.

Pour remettre le travail à l’honneur il faut le rémunérer à sa juste valeur afin que chaque salarié et fonctionnaire puisse en vivre dignement. La véritable reconnaissance du travail passe par une augmentation du salaire et non par des artifices injustes et inégalitaires.  

Depuis la désindexation des salaires sur les prix se sont les dividendes versés aux actionnaires qui ont raflé la mise. Le gouvernement vient d’imposer la même règle pour les retraités qui à leur tour perdront du pouvoir d’achat.

Le monde du travail n’est pas là pour assurer le surnuméraire d’actionnaires ventripotents mais pour permettre à chacun de vivre dans un espace qui fait société pour tous sans en oublier aucun.

Si le message n’est pas entendu par la voie démocratique il faudra entendre celui de la rue.

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[1] « Discours de la servitude volontaire » Etienne de La Boétie – 1546- Editions mille et une nuits, 1995- traduction en Français moderne de Séverine Auffret.

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