Retraites : qui va payer quoi ? L’hôpital cotise à 41,75%, le régime général 22,75%

Avec un régime universel au taux de cotisation unique à 28,12%, le simple constat du niveau actuel des cotisations pour chaque régime pose question. Par ailleurs, le montant minimum d’une retraite serait de 1000 euros en 2022 après 42 ans de versement alors qu’au 1er janvier 2020 le montant du minimum vieillesse sera fixé à 903 €. Avec cette réforme, la valeur du travail est rangée au placard !

La principale argumentation du Gouvernement pour justifier sa réforme, c’est la suppression des 42 régimes spéciaux dont les avantages seraient payés par les impôts de tous les Français. Ceci est loin d’être démontré car il existe des caisses de compensations, de surcompensations et des caisses autonomes, mais faisons comme si le Gouvernement disait la vérité.

L’État verserait trop de subvention à ces régimes spéciaux, c'est-à-dire que l’impôt de tous les Français servirait à combler les déficits des caisses de retraites de la RATP, de la SNCF et de L’EDF par exemple.

Mais est-ce que la suppression des 42 régimes spéciaux entraînera la suppression de leurs éventuels déficits ? Dans le régime universel qui va payer les déficits qui sont décriés par le Gouvernement et ses godillots ?

En fait les déficits disparaitront car il s’agira d’un système à points individuels ou chacun cotisera pour lui-même et n'aura pas à s'occuper de solidarité. La valeur du point absorbera les déficits car si le volume total consacré aux retraites est insuffisant, alors la valeur du point baissera. C’est mathématique. C'est la meilleure façon de faire disparaitre tous les déficits.

L'autre solution serait d'augmenter les cotisations. Mais le MEDEF et le Gouvernement sont contre et ceci pour deux raisons. D’abord l’augmentation des dépenses sociales leur donne de l’urticaire (il faut baisser le coût de main d’œuvre). Ensuite, cela ne permettrait pas de mettre en place la future retraite par capitalisation qui s’avèrera indispensable pour maintenir un niveau de vie acceptable. La Loi Pacte votée en 2019 et l’appétit des fonds de pensions, qui sont très intéressés par la réforme Macron,  sont les prémices apparents de cette capitalisation aux aguets !

L’État ne chercherait-il pas à transférer les déficits des régimes spéciaux qu’il assumerait aujourd’hui  vers le régime universel qui serait supporté par tous les actifs ? C’est plausible d’autant plus si l’on observe de plus près le taux de cotisation proposée à 28,12%.

En matière de cotisation, la répartition entre employeurs et salariés serait de 60/40. Ainsi jusqu’au plafond de la sécurité sociale (3 377 € par mois), la cotisation employeurs serait de 16,87% et celle des salariés de 11,25%, retraite complémentaire comprise.

Par exemple, l’employeur EDF paie une cotisation retraite de 35,70 %, la SNCF de 37,44%, les hôpitaux de 30,65% ! Si les infos sont exactes, ils ne cotiseront plus que 16,87% dans le régime universel ! C’est une perte colossale pour le financement des retraites.

Qui va payer la différence ?

Enfin, en mettant un âge pivot à 64 ans en dessous duquel la retraite sera amputée de 5% par année manquante, la boucle est bouclée.

Des économies pour les employeurs publics et privés et une baisse des pensions pour les salariés et les agents publics.

Par la suite il est possible progressivement de simplifier le système, mais si la réforme consiste à mettre le plancher retraite en dessous du seuil de pauvreté qui est actuellement de 1 026 € par mois en 2019, il s’agit plutôt d’une désespérance.

Enfin, rappelons qu’au 1er janvier 2020, le montant de l’Allocation de Solidarité pour les Personnes Âgées (l’ASPA) sera de  903,20 € par mois pour une personne seule, c'est-à-dire quasiment au niveau plancher des retraites sans que cela nécessite la moindre cotisation !

Revaloriser le travail, c’est le payer davantage !

La simple augmentation de la cotisation retraite de 1% compensée par une augmentation des salaires de 1% permettrait d’assurer la pérennité du régime actuel. Il est des idées simples pour certains qui peuvent paraitre révolutionnaires pour d’autres.

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Note : Le tableau ci-dessous peut contenir quelques écarts car il est effectivement difficile de s’y retrouver dans ce marais de données qui sont quasiment uniques par régime. Le Gouvernement à raison de simplifier pour les employeurs mais pas en sacrifiant les salariés.

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