Chers compatriotes, c’est le moment de chercher le bonheur au-delà de la Sagesse

Serions-nous à la veille du grand soir ? Faut-il accorder du crédit aux déclarations du Président Macron dans ses deux dernières adresses aux Français du 12 et 16 mars 2020 ? Les enseignements philosophiques du jeune Macron reçus de Paul Ricœur (1) remonteraient-ils à la surface après ces trois années d’apprentissage présidentiel ? Si tel est le cas, c’est le moment de penser demain.

« Mes chers compatriotes, il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s'est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour, interroger les faiblesses de nos démocraties. Ce que révèle d'ores et déjà cette pandémie, c'est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre État-providence ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. Ce que révèle cette pandémie, c'est qu'il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché.

Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie au fond à d'autres est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle, construire plus encore que nous ne le faisons déjà une France, une Europe souveraine, une France et une Europe qui tiennent fermement leur destin en main. Les prochaines semaines et les prochains mois nécessiteront des décisions de rupture en ce sens. Je les assumerai. » (Emmanuel Macron - 12 mars 2020)

« Beaucoup de certitudes, de convictions sont balayées, seront remises en cause. Beaucoup de choses que nous pensions impossibles adviennent. Ne nous laissons pas impressionner. Agissons avec force mais retenons cela : le jour d’après, quand nous aurons gagné, ce ne sera pas un retour au jour d’avant. Nous serons plus forts moralement, nous aurons appris et je saurai aussi avec vous en tirer toutes les conséquences, toutes les conséquences. » (Emmanuel Macron 16 mars 2020)

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Ils veulent croire au changement radical

Ces ceux conclusions des « adresses aux Français » du Président de la République sont « un grand moment de notre histoire. On ne sait pas ce qui suivra, quelle va être la mortalité que va déclencher cette épidémie, mais en tout cas, on connaît déjà un mort, c’est le système libéral. » dit M. Mélenchon. Il sait que les crises peuvent être des moments fondateurs d’un nouveau monde, d’un système à réinventer. Une occasion à saisir, donc, pour mener sa « révolution pacifique ».

Cette crise du coronavirus démontre effectivement la sénilité du capitalisme financier, maladie qui pourrait l’atteindre mortellement. La dérégulation totale des échanges, le « sacrifice » du service public et plus particulièrement du service public hospitalier, les privatisations sont les parties apparentes des effets de ce capitalisme débridé.

Cette crise sera l’étincelle qui mettra le feu à la plaine selon l’économiste Frédéric Lordon. « C’est l’état de démolition générale qui a installé depuis longtemps les conditions du krach général. On attendait juste la secousse, la voilàCette fois, [la finance] pourrait ne pas tomber seule, et l’ensemble fera alors un joli spectacle. » 

Et de conclure, « Se peut-il que le coronavirus, son pouvoir accusateur, son potentiel de scandale, soit l’agent inattendu de la chute du monstre ? Coronakrach, le krach couronné, le roi des krachs, pourrait-il être d’une généralité qui étende son pouvoir de destruction jusqu’à emporter les destructeurs ? » Une pensée où la refondation passe donc obligatoirement par la destruction de l’ancien monde.

 

Que dénonce, espère et fera notre Président ?

Il dénonce 

  • « La faiblesse de notre démocratie »,
  • « c’est une folie de déléguer, notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie, à d'autres », 

Il espère que

  • la santé soit gratuite sans condition de revenus ;
  • l’Etat providence soit un bien précieux ;
  • des biens et des services doivent être placés en dehors des lois du marché ;

Il annonce que

  • « Beaucoup de certitudes, de convictions sont balayées, seront remises en cause »,
  • « Les prochaines semaines et les prochains mois nécessiteront des décisions de rupture en ce sens. Je les assumerai »,
  • « le jour d’après, quand nous aurons gagné, ce ne sera pas un retour au jour d’avant »,
  • Nous serons plus forts moralement, nous aurons appris et je saurai aussi avec vous en tirer toutes les conséquences, toutes les conséquences. »

De la parole aux actes

Si les déclarations du Président se traduisent en actes cohérents, cela marquera un basculement radical de la politique poursuivie depuis une quarantaine d’années par lui et ses prédécesseurs.

Alors nous pouvons imaginer le demain que nous propose le Président :

  • des formes de consultations citoyennes plus régulières et plus proches du citoyen.
  • Un système de santé publique nationalisé qui reposera sur la solidarité nationale pour en assurer la totale gratuité sans condition de revenu.
  • Une nationalisation des circuits de productions alimentaires, de la protection sociale,
  • La priorité donnée aux services publics,
  • La nationalisation des moyens de transports, de l’énergie, des autoroutes, etc.

Il faudra une révolution fiscale

C’est donc une réforme fiscale profonde que le Président devra entreprendre, une révolution qui coupera le cordon ombilical qui relie Bercy aux réseaux bancaires.

Et de ce point de vue, ce programme me plait : (1:25, c'est très court)

UNE RÉVOLUTION FISCALE - CHIFFRAGE #EDCC © JEAN-LUC MÉLENCHON

De grandes espérances

Comme dans le célèbre roman de Charles Dickens, nous voulons bien devenir le jeune Pip à la recherche des puissances du rêve qui nous font chercher le bonheur au-delà de la Sagesse.

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(1) « Le philosophe et le Président : Ricoeur & Macron » de François DOSSE éditions Stock - 2017

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