Macron, Philippe, fonction publique: un cocktail déconnant !

Ils veulent imposer la précarité, l’évaluation individuelle, le salaire au mérite dans la Fonction Publique. Ils appliquent ce qu’ils ont appris de l’économiste libéral Adam Smith; le culte du mérite personnel pour le plus grand bien de tous. Les EHPAD pourront passer à 20 toilettes à l’heure et servir des repas mixés pour embrasser la performance. Ils déconnent mais ne le savent peut-être pas !

(note : Ce texte est enrichi de la lecture du livre de Thomas Porcher – « Traité d’économie hérétique – En finir avec les discours dominants »- éditions fayard 2018)

A lire le projet de loi qui vient d’être publié sur la réforme de la Fonction Publique, on se demande si ces personnages d’Etat touchent encore le sol ! La colère gronde de partout. Les injustices et les inégalités sont telles que ça commence à se voir et à mobiliser les consciences. Qu’on ne s’y trompe pas. La révolte des gilets jaunes n’est qu’une introduction à ce qui va se passer par la suite. Ce Président de la République, son gouvernement et ses godillots de députés ne comprennent pas le sens des choses et continuent le rythme des réformes comme si rien ne se passait dans le pays. Les privatisations des Aéroports de Paris, de la Française des jeux, de l’énergie électrique, etc., s’effectuent au moment même ou la première revendication qui figure sur le site du « Vrai débat » porte en tête le retour des autoroutes dans l’espace public ! La colère se manifeste et le Gouvernement donne aux Préfets le droit d’en interdire l’expression. Etc.

Fiers, ils gardent le cap !

Au nom du père, des fils et des saints d’esprits !

Le président de la République transpire le mépris de classe à travers ses diverses expressions. Pour lui et ses adeptes, il y a les premiers de la classe et les gens qui ne sont rien. Ce n’est pas une faute de communication. C’est la pensée profonde de cette élite formée pour glorifier le marché et tuer les Etats qui empêchent le profit.

Pour le père Adam Smith, l’individu est le seul responsable de son destin. Il décrit la société en trois classes, capitalistes, rentiers et travailleurs, et opposera celle des capitalistes à celle des travailleurs. C’est un peu la guerre des classes que revendiquait le milliardaire Warren Buffet.[1] Le profit est le moteur de l’économie et pour y arriver Adam Smith et ses adeptes prônent la compression des salaires.  Le raisonnement ne se fonde que sur un individu qui veut à tout prix s’enrichir sans autre valeur que celle du profit personnel. Pour eux, « un individu est un être rationnel, dénué d’héritage social et motivé par les objectifs qu’il se fixe. S’il fait de bons choix dans ses études il aura un emploi bien rémunéré. S’il est productif son salaire augmentera. Chaque biographie de ces jeunes patrons milliardaires propose le même conte de fée.»[2]

Aujourd’hui, les fils de Smith, ce premier de la classe, partagent ces théories enrichies de la pensée économique, dite néoclassique, de Milton Friedmann, et de l’école de Chicago, la version libérale de l’économie. Pour eux, il faut réduire le rôle de l’Etat pour atteindre la liberté économique et politique et pour y arriver, ils privatisent et déréglementent tout ce qui peut l’être. « Savez-vous par exemple qu’en France entre 2000 et 2013, pas moins de 165 reformes du marché du travail (assurance chômage, minima sociaux, accompagnements des demandeurs d’emploi, etc. Résultats ? Aujourd’hui 87% des nouvelles embauches se font en CDD…le travailleur français est quasiment autant protégé qu’un Coréen du Sud[3]et malgrè tout cela le chômage n’a eu de cesse de monter. »

C’est donc tout naturellement que ces saint- d’esprits, comme ils se caractérisent eux-mêmes, veulent mettre au plis la fonction publique et les fonctionnaires. Moins d’Etat pour plus de profits ! Pour y arriver il faut déstabiliser les structures, les appauvrir pour les vendre au meilleur prix du marché qui en tirera le plus grand profit. Précariser l’emploi pour le rendre plus mobile, plus malléable, plus soumis. Mettre les fonctionnaires en compétition les uns contre les autres par une évaluation individuelle assortie d’un contrat d’objectif individualisé.

« Avec un emploi précaire et le salaire au mérite, il y aura les plus méritants, les rampants d'un côté et de l’autre, les personnes handicapées, les femmes enceintes, les malades, les accidentés, les noirs, les maghrébins, les musulmans, les juifs, sans oublier les râleurs qui refuseront de travailler en dehors des règles, tout particulièrement les syndicalistes, etc. En marche vers l'arbitraire. » [4]

J’imagine, je réalise, mais

J’imagine les deux aides-soignantes dans un Etablissement Hébergeant des Personnes Agées Dépendante (EHPAD) qui auront à réaliser les 20 toilettes à l’heure ! J’imagine les repas mixés qui seront généralisés pour remplir leur contrat d’objectif. J’imagine les accouchements par césarienne pour augmenter le rendement ! J’imagine les fins de vie accélérées pour libérer des lits ! 

Mais je réalise aussi qu’avec 30 000 fonctionnaires de moins à Bercy, ils allègent volontairement les contrôles fiscaux et favorisent l’évasion et la fraude. Je réalise aussi que la suppression de l’ISF et les niches fiscales permettent aux plus riches de s’exonérer en grande partie des impôts et taxes. Je réalise que les privatisations, la réforme de la Fonction Publique, sont dans un ensemble cohérent pour libérer les profits.

Vient la démocratie expéditive ! J'espère qu'ils déconnent sans le savoir !

Tellement englués dans leurs dogmes, aveuglés par leurs certitudes, détournés du bon sens des choses, le gouvernement, droit dans ses bottes, présente la réforme de la fonction publique aux syndicats. Il réussit à faire l’unanimité syndicale contre sa réforme. Passera-t-il en force ? C’est possible car il n’écoute que ceux qui pensent comme lui. Ce mépris de classe qui reprend celui des siècles passés ne suggère rien de bon.

Si la table des négociations réelles n’est pas accessible dans le calme, la grève, la rue, les violences risquent d’être d’inévitables et regrettables réponse. J'espère qu'ils déconnent sans le savoir !

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[1] « Il y a une lutte des classes, évidemment, mais c'est ma classe, la classe des riches qui mène la lutte. Et nous sommes en train de gagner.. » Voir ICI.

[2] Thomas Porcher- « Traité d’économie Hérétique » éditions fayard -2018

[3] Indice de protection de l’emploi pour les licenciements individuels ou collectifs de salariés en CDI de l’OCDE en 2013.

[4] « Salaire au mérite, précarité, lobotomiser les consciences et imposer l’arbitraire » Garnier- médiapart - 25 mai 2018

 

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