La répartition des richesses et des inégalités... pour les nuls comme moi

Il n’est pas évident de comprendre l’économie qui n’est pourtant pas bien plus compliquée que la gestion de son budget annuel. A partir d’éléments simples, il existe des débats, des faux débats sans que soit posé le vrai débat: celui de la répartition des richesses produites entre le travail et le capital.

LES ELEMENTS :

Le PIB : Vous entendez souvent parler de PIB, Produit Intérieur Brut. Il s’agit de la totalité des richesses produites en France. En 2017 le PIB s’est élevé à 2 291, 7 milliards d’euros. Pour simplifier nous pourrions dire que le PIB correspond à votre salaire annuel.

La croissance : C’est l’augmentation annuelle des richesses produites en France, c'est-à-dire l’augmentation du PIB. En 2017, le produit intérieur brut (PIB) de la France a augmenté de 2,2 %. (+ 62,8 milliards comparé à 2016). La croissance c’est en quelque sorte l’évolution de vos revenus.

La dette, c’est la totalité des emprunts. Elle est aujourd’hui de 2 255 milliards d’euros, c'est-à-dire 97,6% de la richesse produite (PIB).

Lorsque vous gagnez 30 000 euros par an et que vous empruntez 90 000 euros vous êtes endetté à 300 % !

Le budget de l’Etat : Il y a d’un côté les recettes et de l’autre les dépenses :

  • Recettes nettes 2018 prévues = 302 milliards (impôts, taxes, TVA, etc.)
  • Dépenses 2018 prévues = 386,3 milliards (Les charges sont consacrées à 39,3 % aux dépenses de personnel, 28,7 % aux dépenses d'intervention[1], 14,7 % aux dépenses de fonctionnement et 11,6 % à la charge de la dette.)

Le déficit : c’est la différence entre d’une part les impôts et taxes collectés et d’autre part les dépenses programmées. En 2018 le déficit prévu de l’Etat est de 82,9 milliards !

Budget sécurité sociale : Il est supérieur au budget de l’Etat avec 377,7 milliards de recettes. En 2018 les comptes seront quasiment en équilibre et peut-être en excédent en 2019. (Un autre article mériterait d'expliquer ce résultat.)

DES DEBATS….

Lorsque la richesse produite en France augmente de 2,2% sur un an, une répartition équitable voudrait que chaque Français puisse bénéficier de cette même augmentation. Or, par exemple, lorsque les actionnaires Français des 40 plus grosses entreprises ont vu leurs dividendes augmenter de 23,6% en 2017 alors que l’évolution générale n’a été que de 2,2%, les 21,4% de différence ont été prélevés sur d’autres !

En même temps, lorsque le gouvernement se prive de 5,5 milliards de recettes en supprimant l’ISF et refuse d’augmenter le salaire des fonctionnaires (+ 1% = + 1 milliard), il fait un choix politique. La suppression de l’ISF représente la non attribution de 5,5% d’augmentation de salaire pour les fonctionnaires.

De la même façon, lorsque je possède 100 euros et que je décide de les dépenser je fais le choix de me priver d'autres achats. 

DES FAUX DEBATS :

Il faut réduire les dépenses de l’Etat : Au vu des chiffres ont pourrait donner raison à ces économistes du capital. Mais lorsque le gouvernement décide de se priver de recettes fiscales il augmente le déficit. La réduction de l’impôt sur les sociétés, (11 milliards à terme) la suppression de l’ISF (5,5 milliards), etc., sont autant de pertes de recettes.

La dette va atteindre 100% du PIB ! Et alors ? Un couple de salarié qui perçoit 40 000 euros de revenus annuels et qui emprunte 200 000 euros est endetté à 500 % ! Le problème n’est pas la dette mais la capacité de remboursement.

LE VRAI DEBAT :

C’est celui de la répartition des richesses produites.

En 1980 le partage des revenus entre le capital et le travail était de 80% pour le travail et 20% pour le capital. Depuis, les revenus du capital ont repris plus de 10 % sur les revenus du travail. Si l’on ramène cela au PIB actuel, (2 291, 7 milliards d’euros), en comparaison à la situation de 1980, les revenus du travail sont amputés de 229 milliards tous les ans !

Mais si l'on prend la moyenne sur une période plus longue [2] cette perte n'est que de 5% soit 114,5 milliards !(ce chiffre correspond a peu près aux aides accordées aux entreprises sans exiger de retour sur l'emploi)

Comment cela est-il possible ?

Le tassement des revenus du travail et l’augmentation des revenus du capital (dividendes) est un des éléments importants de ce constat. (En 2017, 66% des bénéfices des entreprises sont allés au capital contre 5,5% au travailleurs.)

CONCLUSION :

Il n’est pas nécessaire d’avoir fait de grandes études pour comprendre que lorsque les spéculateurs demandent un rendement de 10% par an aux entreprises alors que le taux de croissance des richesses produites n’est que de 1%, les 9% de différences sont forcément prélevés sur d’autres et en particulier sur le monde du travail. 

C’est pourquoi, sans changement radical du système actuel les politiques qui se succèdent au pouvoir depuis plus de 40 ans maintenant continueront de contenir le chômage dans la fourchette des 8% à 10% car c’est vraiment une affaire trop rentable.

 

La solution : Vive Albert Einstein !

 

« On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré » 

« La folie, c’est de toujours faire la même chose et de s’attendre à un résultat différent »

 

Note : vous vous posez de nombreuses questions ? C’est un bon début pour comprendre.

 

[1] Les 3 missions aux budgets les plus importants :

  • « Enseignement scolaire » : 51 ,29 Md€
  • « Défense » : 34,20 Md€
  • « Recherche et enseignement supérieur » : 27,40 Md€

[2] OCDE (2012), « Partage de la valeur ajoutée entre travail et capital : Comment expliquer la diminution de la part du travail ? », dans Perspectives de l'emploi de l'OCDE 2012, Éditions OCDE. http://dx.doi.org/10.1787/empl_outlook-2012-4-fr

 

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