Hôpital : Et si les congés pour maladie remplaçaient les jours de grèves ?

Ça y est ! nous y sommes ! L’iceberg du mal-être au travail apparaît dans un hôpital public à la dérive qui conjugue malgrè lui, le progrès technique et la mort sociale. La grève est devenue un leurre de plus, une étiquette sur une blouse blanche ! La grève c’est pourtant l’expression d’un malaise. Mais, qui peut le comprendre ? Qui veut l’entendre ? Personne ! Cela peut rendre malade !

Le Figaro du 10 juin 2019 titrait : « Urgences : des soignants de St-Antoine en arrêt maladie »

« Samedi soir, à Saint-Antoine, 15 paramédicaux sur 19, épuisés par leurs conditions de travail, n'ont pas pu prendre leur poste et trois paramédicaux de l'équipe de jour ont dû rester pour continuer de prendre en charge les patients, travaillant ainsi 18 heures d'affilée en attendant «la relève de l'équipe du lendemain. La direction dit avoir le droit de les obliger à travailler 18 heures durant, ajoute dans un communiqué ce collectif, accusant d’inconscience une direction qui met en danger son personnel et les patients ».

 « Toutes les infirmières des urgences de Besançon en arrêt-maladie pour « épuisement », titrait le Nouvel observateur du 25 juin 2019.

Tous les autres moyens sont épuisés ! Puisque le gouvernement ne veut pas entendre les syndicats, ne propose aucune solution collective, chacun se protège comme il peut et ce n’est pas fini ! C’est en quelque sorte l’exercice de son droit de retrait !

 « C’est dévoyer ce qu'est un arrêt maladie », critique Buzyn !

C’est aux médecins prescripteurs qu’il faut le dire Madame la Ministre ! Si un médecin prescrit un arrêt de travail c’est peut-être que, dans les circonstances actuelles des urgences à l’hôpital, il y a matière à préserver l’état de santé des personnels.

Mais personne ne veut l’entendre. Ce n’est pas faute de tirer l’alarme depuis de très nombreuses années.

L'avis du Comité Consultatif National d’Ethique ignoré !

J'avais écrit ce livre en 2011 "L'hôpital disloqué", dans lequel j'attirai l'attention sur les avis et mises en garde du Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE) pour les sciences de la vie et de la santé dans son avis n°101, « l’hôpital dérive de ses missions sociales pour déboucher sur un primat absolu de la rentabilité économique ».

Le CCNE reprend ensuite la position du Fonds Monétaire International sur les dépenses de santé. Les auteurs d’une étude du FMI signalent que « le coût de la santé ne peut être traité à partir de la seule approche comptable ». En effet, estiment-ils, « la logique de marché ne lui est pas adaptée en raison du risque d’inflation lié à l’asymétrie entre l’offre de soins et de la demande des patients, qui nécessite un arbitrage de l’Etat. Il est important de rappeler que les dépenses de santé correspondent aussi à des investissements qui présentent eux-mêmes une incidence positive sur l’activité économique ». En conséquence, conclut le FMI, « un examen global de l’activité hospitalière se doit de comparer les dépenses qu’elle engendre et l’ensemble des bénéfices directs et indirects qu’elle induit. Une dépense initiale peut générer des économies substantielles ». Un message inaudible en France.

Le CCNE recommande un certain nombre de pistes : « de se réinterroger sur la mission primaire essentielle de l’hôpital. Celle-ci a en effet dérivé de sa mission originelle d’accueil de la précarité et de la maladie, puis de sa mission de recherche et d’enseignement, vers la situation actuelle qui fait de plus en plus de l’hôpital un service public, industriel et commercial qui a pour conséquence de déboucher sur un primat absolu donné à la rentabilité économique, au lieu de continuer à lui conférer une dimension sociale. »

Enfin, le Comité d’Ethique recommande de s’assurer du maintien du lien social pour éviter que la personne ne sombre dans l’exclusion une fois le diagnostic fait et le traitement entrepris. Il conclut ainsi :

« Quelle logique est à l’œuvre, si le succès médical est suivi d’une mort sociale ? »

Pour les gouvernements qui se succèdent depuis plus de 20 ans, c’est le même discours :

  • réduire les dépenses de santé,
  • le nombre de fonctionnaires,
  • ne pas augmenter la masse salariale en bloquant les salaires, en réduisant les possibilités promotionnelles, en allongeant les carrières,
  • contrats d'objectifs à tous les étages,
  • Heures supplémentaires non payées
  • etc.

Mais ce n’est pas tout ! C’est dans ce contexte que le gouvernement veut instaurer le salaire au mérite, la compétition entre les agents, etc.

Le résultat est là !

absentéisme à l'hôpital absentéisme à l'hôpital

Chaque jour, ce sont plus de 110 000 agents hospitaliers qui sont en arrêt de travail mais, pour les gouvernants il faut encore contraindre à toujours plus d’économies ! Ça peut rendre malade !

Un résultat positif : le nombre de jours de grève diminue !

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