En fait, je suis un insoumis.

Le mouvement des gilets jaunes peut devenir une révolte historique s’il continue d’exprimer cette révolte pour l’abolition des privilèges, pour une meilleure répartition des richesses et pour une révolution de la démocratie. Mais les récentes dérives racistes et antisémites en détournent le sens. Le changement semble ne pouvoir passer que par l’insoumission.

Les tentatives de récupération politique de la révolte des gilets jaunes par la droite extrême sont des plus cyniques mais c’est aussi la révélation de sa véritable nature. Se servir de la colère d’un peuple pour la mettre au service des causes les plus sombres de notre histoire.

Oui François Ruffin a raison lorsqu’il dénonce à l’Assemblée Nationale le mouvement de Marine Le Pen qui est absent lorsqu’il s’agit de s’opposer à la suppression de l’ISF, ou aux 40 milliards du CICE qui vont aux entreprises sans contreparties, mais qui est présente pour contester 593 millions du budget 2019 qui vont servir l’accueil des migrants.

L’extrême droite de Marine Le Pen utilise la colère des français qui se sentent délaissés contre ceux qui sont encore plus misérables qu’eux. Ce n’est pas la logique de ce député de la France insoumise qui souhaite au contraire tirer les pauvres vers le haut en dénonçant les dividendes versés aux plus riches. C’est une cause politique que je défends depuis toujours.

Mais avec qui doit-on mener ce combat ?

Quel choix se présente à nous ?

Ils ont beaux jeux, ceux de la droite républicaine et de la gauche éventée qui aujourd’hui voudraient nous faire croire que tout serait la faute du Président Macron. C’est oublier 40 ans d’histoire qui ont servi la construction de ces inégalités que ce Président ne fait qu’amplifier.

Je comprends la volonté de ceux qui nous dirigent, de nous placer devant la seule alternative possible entre eux et la droite extrême. Dans tous les cas, ils sont sûr de récupérer le pouvoir à terme, comme l’on fait les bourgeois après la révolution de 1789. Si la droite extrême prend le pouvoir se sera le KO, car un pays ne peut pas s’organiser en opposant les pauvres entre eux sans toucher à l’élite capitaliste qui est à l’origine des inégalités actuelles. Regardez ce que la droite extrême réalise en Hongrie après avoir conquis le pouvoir. [1] Elle se range du côté du capital contre les travailleurs.

Alors, tu veux voir Mélenchon au pouvoir ?

Je n’ai pas envie de soutenir un nouveau monarque (il ou elle). L’idée m’est tout aussi insupportable que d’observer les privilèges de quelques-uns obtenus au détriment de tous les autres.

Chirac a dénoncé la fracture sociale, nous a fait manger des pommes et a totalement oublié l’électorat qui a rejeté l’extrême droite en l’élisant. Hollande a sombré, et avec lui le parti socialiste, dans une social-démocratie déshumanisée. Macron, c’est un cocktail de banquiers et de bourgeois du passé, (Pompidou/Giscard d’Estaing), qui, comme Chirac, a oublié les électeurs qui lui ont permis d’être élu par rejet de l’extrême droite. Il s’est présenté comme le messie et s’est installé sur le trône d’un pouvoir autoritaire et vertical qui ne supporte aucune alternative à ses certitudes bancaires.

Mon choix ne peut pas être guidé par des méthodes passées, par la continuité d’une 5ème République dépassée, mais par l’espérance d’une plus grande démocratie qui permettent la prise en compte des aspirations du plus grand nombre. Une démocratie plus participative par la construction d’une 6ème République. Redonner du sens au mot démocratie, pour empêcher le renouvellement de référendum bafoué, pour donner de l’élan à la liberté, à l’égalité et à la fraternité, c'est-à-dire vers une République solidaire qui veille à tous les siens sans en oublier aucun.

Mon choix

Entre la droite décomplexée de Macron et des Républicains qui cajolent les inégalités et la social-démocratie qui anesthésie le peuple ; entre la droite extrême qui oppose les miséreux entre eux et l’écologie intégriste qui se perd dans la nature, il peut exister une autre voie.

Le politique de demain, comme le consacre la formule devenue célèbre car adaptée à l’époque, doit s’occuper de « la fin du monde et de la fin du mois ».

En parcourant tous les programmes et toutes les expériences passées, en observant la légitime révolte des gilets jaunes, avec les réserves portées en introduction, qui traduit cette fin de cycle qui doit tourner à l’avantage d’une République solidaire, je ne vois que le programme qui traite de la fin du monde et de la fin du mois. Le plus complet, c’est clairement celui de la France insoumise., "L'avenir en commun". 

Mais entre ce programme et sa réalisation il ne reste que le ralliement de l’intelligence commune des gens de même conviction. Comme au Portugal, comme en Espagne, les différences doivent s’éteindre pour que triomphe les idées communes pour une République solidaire qui traite à la fois, la fin du monde et la fin du mois.

 

L’insoumission selon l’Académie Française !

SOUMETTRE. Réduire, ranger sous la puissance, sous l'autorité, mettre dans un état de dépendance. Soumettre à l'obéissance d'un souverain.

SOUMISSIONn. f. Action de se soumettre, de se ranger sous l'autorité de quelqu'un.

Il se disait aussi des Démonstrations respectueuses dont un inférieur usait à l'égard d'un supérieur pour lui faire satisfaction. « Le roi reçut ses soumissions avec bonté. Ils furent députés de la ville pour porter au roi les soumissions du peuple. »

SOUMIS. Qui est disposé à l'obéissance.

INSOUMIS, -ISE. Qui n'est pas soumis, qui refuse de se soumettre.

En fait, je suis un insoumis.

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[1] Le mouvement de protestation a été déclenché le 12 décembre par le vote au parlement de cette loi qui porte à 400 le nombre des heures supplémentaires annuelles que les employeurs pourront demander à leurs salariés, payables trois ans plus tard.

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