Louis Maurin : observer et combattre les inégalités

A la suite de l’édition 2021 du Rapport sur les inégalités en France, le directeur de l’Observatoire des inégalités publie un livre percutant « Encore plus ! Enquête sur ces privilégiés qui n’en ont jamais assez ».

Les Cercles Condorcet et la Ligue de l’enseignement ont toujours été attentifs à la question des inégalités entre les classes sociales. Michel Cabirol, président du Comité de liaison des Cercles Condorcet, a en particulier souligné la nécessité de mettre sur pied un véritable plan jeunesse, avant la pandémie. Le 30 novembre 2019, nous organisions des Rencontres laïques qui portaient sur un thème crucial "Question laïque, question sociale. Deux questions également fondamentales pour la République ?". Les vidéos de ces Rencontres sont intégralement en ligne dans la présente édition. Elles étaient présidées par Jean-Paul Delahaye, lui-même auteur d’un rapport en mai 2015, alors qu’il était Inspecteur général de l'Éducation nationale, intitulé « Grande pauvreté et réussite scolaire, le choix de la solidarité pour la réussite de tous ». Participait notamment à ces Rencontres Anne Brunner, alors cheffe de projet à l’Observatoire des inégalités.

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L’Observatoire des inégalités vient de publier son Rapport sur les inégalités en France, édition 2021. Publié tous les deux ans, ce rapport propose un panorama complet des inégalités, allant des  revenus à l’éducation, en passant par l’emploi et les modes de vie. Les inégalités territoriales, décisives, sont également analysées. Le Rapport 2021 est précieux car il dresse un premier bilan de l’impact de la crise de la Covid-19 sur les inégalités. Si les classes aisées s’en sortent bien, « les moins bien protégés subissent de plein fouet les répercussions de la crise. Les travailleurs en CDD ou intérim – très nombreux parmi les jeunes actifs –, des indépendants, les jeunes qui arrivent sur le marché du travail, sont peu ou pas du tout indemnisés », commente Anne Brunner, aujourd’hui directrice d’études à l’Observatoire des inégalités et co-autrice du rapport. Écartés des minimas sociaux, ne figurant pas dans les données sur le chômage, les jeunes en difficulté demeurent en grande part invisibles pour la statistique publique.

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Louis Maurin, directeur de l'Observatoire des inégalités, complète ces collectes de données et ces analyses dans un ouvrage intitulé « Encore plus ! Enquête sur ces privilégiés qui n’en ont jamais assez ». Il se caractérise par sa lucidité et sa franchise. Un fait, connu mais rarement mis en avant, est rappelé « Avec un taux de pauvreté de 6,7 % en 2017 selon les données européennes, notre pays est parmi ceux où la pauvreté est la plus faible du monde. Seule la Finlande fait mieux (5,4 %) ». Faut-il s’en satisfaire ? Non répond l’auteur car la pauvreté augmente. Il propose de ne pas se limiter à pointer les 1 % les plus riches qui détiennent pourtant 23 % de la richesse nationale. Dans toute l’Europe seuls les 1 % les plus riches de Suisse sont mieux dotés que les très riches français. Louis Maurin distingue trois autres ensembles dans la société française : les classes populaires (30 %), les classes moyennes (50 %) et les classes aisées… Il relève : « La France des couches défavorisées va bien. Protégée par son patrimoine et ses diplômes, elle profite de la vie dans la société de consommation moderne. Elle adore la mixité sociale tant que c’est pour les autres ». Même si elle ne se confond pas avec les très riches, « la bourgeoisie culturelle occupe de fait une position de domination dans la hiérarchie sociale ».

Ecole qui classe, travail à la peine, insécurité sociale… tel est le lot des classes populaires privées de représentation politique et médiatique. Louis Maurin s’appuie sur le grand tableau dressé par Gérard Noiriel dans son « Histoire populaire de la France » : « Le déclin du mouvement ouvrier a entraîné une marginalisation complète des porte-paroles issus des classes populaires ». Fait invisibilisé par le déplacement du terrain des inégalités (qui concerne pourtant toutes les luttes) vers seulement « le genre, la couleur de peau ou le territoire ». Le fait, par exemple, que « les ouvrières et les employées soient les premières victimes des bas salaires et de la précarité n’intéresse pas grand monde ». Louis Maurin n’est pas défaitiste. Au contraire, il explique pourquoi « nous pouvons encore y croire » : de l’attachement populaire à l’Etat social à l’investissement associatif de millions de personnes. Les classes populaires, les classes moyennes, la frange de la bourgeoisie diplômée lucide sur son propre sort, peuvent constituer ce que Gramsci appelait un bloc historique, largement majoritaire. Car « pour partie, la domination des classes favorisées repose sur l’intériorisation des règles du jeu de la domination par les dominés. C’est d’une prise de conscience qu’il s’agit »…

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Les Cercles Condorcet sont affiliés à la Ligue de l'enseignement. Celle-ci anime une autre édition sur Médiapart: "Laïcité". Fondée en 2009 cette édition propose plus de 400 articles. Elle assure le suivi des événements, initiatives et publications liées à la laïcité au sens le plus large. Ne manquez pas de la visiter !

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