Imposer un «testing républicain» aux religions?

Franck Fregosi, directeur de recherche au CNRS, propose un rééxamen de la notion de laïcité et la confrontation de toutes les religions à la nature républicaine des institutions: «il faudrait leur poser une série de questions cruciales, voire gênantes». Le texte de son intervention au contre-débat du lundi 4 avril 2011 organisé par Mediapart à la Maison des métallos

Franck Fregosi, directeur de recherche au CNRS, propose un rééxamen de la notion de laïcité et la confrontation de toutes les religions à la nature républicaine des institutions: «il faudrait leur poser une série de questions cruciales, voire gênantes». Le texte de son intervention au contre-débat du lundi 4 avril 2011 organisé par Mediapart à la Maison des métallos


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Prier ou ne pas prier...dans la rue, telle était donc l'urgence du moment?

Lors d'un meeting interne du FN, Marine Le Pen, alors en campagne pour succéder à son père à la tête du parti, devait comparer la prière dans la rue à laquelle sont contraints certains musulmans en France, à l'occupation nazie de l'hexagone. Certes l'islamisation supposée de la France est une vieille antienne que l'extrême droite a de plus en plus en partage avec une partie de la droite souverainiste (MPF de Philippe de Villiers!) et quelques autres cercles et clubs de réflexion associés à l'UMP (Mouvement Initiative et Libertés, Droite populaire...), sans oublier le réseau Riposte Laïque. Une fois de plus, le Front National allait conduire le parti majoritaire de l'UMP à accentuer le processus de droitisation de son argumentaire avec en ligne de mire les élections présidentielles de 2012.

Après les habituelles protestations unanimes qui ponctuent les amalgames historiques et les raccourcis idéologiques dont sont friands les responsables du FN, plusieurs responsables de l'UMP, à l'instar du référendum suisse sur les minarets, vont néanmoins s'emparer de cette question des prières dans la rue pour tenter à leur manière d'écrire un nouveau chapitre de la surenchère politique autour de la pratique de l'islam en France. Après l'affaire du voile intégral, voici venue le temps de franchir une étape de plus dans la construction politique d'une panique morale autour de la pratique de l'islam en France et d'évoquer clairement les incompatibilités supposées liées à l'exercice de ce culte dans une société laïque (parents d'élèves portant un foulard et accompagnant les enfants lors des sorties scolaires, repas hallal dans les cantines scolaires, voile intégral, prière dans la rue...). Derrière la question des prières dans la rue se profilerait en fait le péril de l'invasion musulmane progressive de l'hexagone par l'occupation «injustifiée» de l'espace public.

Plutôt que de se poser la question des raisons objectives qui conduisent des fidèles à devoir prier dans la rue, et de réfléchir pausément aux suggestions émises par des responsables musulmans de réorganiser les prières du Vendredi en deux célébrations, ou de faciliter l'ouverture de nouveaux espaces dédiés à la prière, le réflexe premier fut de surfer sur les phobies alimentées par le FN et de faire du bannissement de l'exercice du culte musulman dans la rue la réponse prioritaire et la nouvelle étape de la reconquête républicaine de l'espace public.

L'heure serait venue de se pencher et donc de sévir contre l'exercice public du culte musulman en dehors des lieux prévus à cet effet, et donc de réduire encore plus la visibilité sociale de l'islam dans la société, plutôt de faire confiance aux acteurs de terrain (élus de base et responsables communautaires) pour gérer ces situations somme toute exceptionnelles.

Comme dans l'affaire des voiles, tout un dispositif de communication va néanmoins se bâtir autour des quelques cas, une vingtaine(1) où effectivement pour des raisons d'exiguïté, d'inadaptation des lieux à répondre à l'afflux de fidèles le Vendredi, des musulmans sont conduits à prier sur le trottoir et dans la rue et par tout temps. L'étincelle allumée par Marine Le Pen allait déclencher un véritablement embrasement de l'UMP entretenue par les éléments les plus droitiers du parti. Aussi le Chef de l'Etat décida t-il de l'organisation le 5 avril 2011 au sein du parti majoritaire d'un débat ciblé sur l'islam et la laïcité.

Au départ, ce débat censé être principalement focalisé sur la pratique de l'islam et de ses incompatibilités supposées avec la République, au grès des critiques émanant tant de la société civile mais aussi de plusieurs responsables de l'UMP (François Fillon, Alain Juppé, Christian Estrosi, Patrick Devedjian, Gérard Larcher...) évolua dans sa forme en un débat sur les religions et la laïcité pour finir par n'être plus qu'une simple table ronde sur la laïcité.

Des lignes de fracture sont très vite apparues au sein même de l'UMP. Les tenants de la ligne dure élyséenne, derrière le secrétaire général de l'UMP Jean François Copé, sous prétexte de parler de la laïcité, souhaitaient en fait clairement se pencher sur le seul cas de l'islam présenté comme «l'élément constitutif du débat» (la pièce à conviction !) et son exercice perçu comme trop ostentatoire. C'était pour eux l'occasion de réaffirmer la nécessité d'une pratique domestiquée de cette religion réputée peu adaptée à la société française. Jean François Copé avait même imaginé de faire interdire le recours à la langue arabe dans les prêches. Cela contraint le Ministre de l'Intérieur Claude Guéant à intervenir et déclarer au quotidien Le Monde: «Il est constitutionnellement impossible d'interdire le prône en arabe. On n'interdit pas les messes en portugais, ou l'hébreu dans les synagogues.» (2)

Face à cette ligne, d'autres voix ont cherché en vain à apporter des réponses plus pratiques. Ce fut notamment le cas du secrétaire d'Etat au logement, proche d'Alain Juppé, Benoît Apparu qui proposait lui de rouvrir le dossier de la rénovation de la loi de 1905 et de rendre juridiquement possible le financement direct de lieux de culte par les collectivités territoriales. Notons au passage qu'il ne faisait que reprendre à son compte des suggestions jadis formulées par la Commission Machelon réuni par Nicolas Sarkozy quand il était Ministre de l'Intérieur, mais dont les travaux étaient restés sans suite. Il lui fut répondu que telle n'était pas l'intention de l'UMP qui, officiellement, entendait ne rien modifier à la lettre de la loi de 1905.

L'entrée en scène du plus consensuel (mais pas moins laïque!) Ministre du Budget François Baroin et sa promotion comme coorganisateur du débat aux côtés de Jean François Copé, devait permettre de recentrer quelque peu le débat sur l'affirmation des valeurs et des principes laïques plutôt que d'instruire le procès de la pratique religieuse musulmane. Cela ne devait pas suffire à faire redescendre la pression et la multiplication des prises de positions hostiles à l'ouverture d'un tel débat (3).

Outre l'opposition des religieux comme de certains milieux intellectuels, l'une des plus symptomatiques fut la colère de militants musulmans de l'UMP proches de la Grande Mosquée de Paris (pourtant habituellement très conciliante envers l'actuelle majorité!) déchirant en public leurs cartes d'adhérents, et appelant leurs coreligionnaires à faire de même. Au lendemain de la défaite cuisante de l'UMP aux cantonales de Mars 2011, nombre d'élus de base et quelques ministres devaient enfin publiquement réclamer l'abandon pure et simple de ce débat dont manifestement le bénéfice avait profité électoralement au seul Front National. François Baroin, pourtant en charge de ce débat avec Jean François Copé, devait publiquement déclarer sur France Info le lundi 28 mars 2011, «il faut certainement mettre un terme à tous ces débats». Le coup de grâce revint à la Conférence des Responsables de Culte en France qui publia le 30 mars 2011 dans les colonnes du journal La Croix, une déclaration commune contre le débat sur la laïcité voulu par l'UMP.

Dans leur texte, les représentants nationaux des cultes catholique, protestant, orthodoxe, juif, musulman et bouddhiste déclarent tout à la fois reconnaître «la laïcité comme faisant partie du bien commun de notre société...un des piliers de notre pacte républicain, un des supports de notre démocratie, un des fondements de notre vouloir vivre en ensemble (....)» tout en rappelant «pendant cette période pré-électorale, de bien garder sereinement le cap en évitant amalgames et risques de stigmatisation (...) l'accélération des agendas politiques risque, à la veille de rendez-vous électoraux importants pour l'avenir de notre pays de brouiller cette perspective et de susciter des confusions quoi ne peuvent qu'être préjudiciables.» Dans la suite du texte, ils devaient cependant admettre que les mutations du paysage religieux de la société française appelaient sans doute «des adaptations voire des améliorations du cadre juridique et règlementaire de l'expression et de la vie des cultes en France.»

Débattre certes...mais pas dans n'importe quelles conditions, ni à n'importe quel prix!
On l'aura compris la question de la laïcité a été nouvellement promue thème de campagne et de mobilisation de l'UMP, juste après que Marine Le Pen en ait fait son dernier cheval de bataille dans sa «croisade politique» contre l'islamisation supposée de la France assimilée à l'occupation nazie durant la seconde guerre mondiale.

Il était d'autant plus tentant pour l'UMP de s'emparer à nouveau de l'étendard de la laïcité, que c'était déjà en son nom que cette même majorité parlementaire avait voté la loi du 15 mars 2004 interdisant le voile dans l'école publique. Quelques années plus tard, elle devait à son tour bannir le voile intégral de tous les espaces publics.

Force est de constater que si certains croyants ont parfois tendance à promouvoir une vision quelque peu extensive de leur propre religion (cela vaut pour toutes les religions!), cherchant à désenclaver celle-ci de la sphère domestique et strictement cultuelle dans laquelle le législateur républicain entendait la maintenir, force est de remarquer que des laïques, non moins excessifs, procèdent de même avec l'idée de laïcité en cherchant à élargir un peu plus son champ d'application.

Les récentes déclarations de Claude Guéant sur le fait que les usagers des services publics devraient également s'abstenir comme les agents des services publics de porter des signes religieux en dit long sur une tendance à faire dire à la laïcité ce qu'elle n'avait jamais prétendu énoncer. On peut également penser à cette récente obscure affaire de jeunes lycéennes de Saint Ouen qui auraient été menacées d'exclusion sous prétexte qu'elles portaient de longues robes noires assimilées par la direction de leur établissement à des «signes religieux ostentatoires»!

On peut se demander quelle sera le prochain épisode de cette saga obsessionnelle autour de l'islam en France: le port de la barbe, la pratique du jeûne.... Il est décidemment devenu urgent de s'entendre sur les limites dans lesquelles devrait être absolument préservée l'idée de laïcité, au risque d'en faire un principe totalisant vers lequel tout devrait se fondre, ou se dissoudre. Il n'est en soi pas illégitime de vouloir discuter de la place des religions dans la société contemporaine et de leurs rapports à la laïcité. Mais encore faut-il être capable de proposer une vision d'ensemble de cette problématique et non pas chercher, comme c'est manifestement le cas avec la convention de l'UMP, de trouver un stratagème pour instruire en fait le procès à charge de l'islam, et de lui seul!

Nous nous trouvons là une fois de plus confrontés à cette vieille règle de la vie politique qui consiste, pour tout parti confronté à une situation délicate, à détourner l'attention du plus grand nombre des problèmes sociaux, économiques que traversent une société en propulsant sur le devant de la scène publique une question construite de toute pièce et érigée en problème majeur de notre temps. Plutôt que d'avoir à reconnaître certains échecs cuisants, il est plus simple de canaliser les frustrations sociales en offrant comme solution palliative un nouveau débat mettant aux prises l'islam et la laïcité.

J'ai parfois l'impression que l'islam serait paradoxalement à la fois la cause et la solution à tous les maux de la société. A raisonner de la sorte on ne fait que renforcer chez les musulmans l'impression de n'être pas des citoyens comme les autres, mais toujours des citoyens de seconde zone ou en sursis, des « demi citoyens » toujours suspectés d'entretenir des liens «coupables» avec une religion «étrangement étrangère». Au passage, ce type de stigmatisation vient surtout apporter de l'eau au moulin de ceux qui au nom d'une lecture essentialisée et intemporelle de l'islam estiment que l'islam ne peut durablement espérer survivre à cet état de fait et invitent les musulmans à quitter les sociétés européennes dans lesquelles ils vivent (et dont ils sont les citoyens) pour rejoindre des sociétés réputées «musulmanes» censées garantir une vie islamiquement plus «saine».

Comprenons-nous bien, la question du rapport souvent problématique qu'entretiennent toutes les religions avec la laïcité devrait pouvoir être posé mais sans se lancer par avance dans un effort de hiérarchisation des religions entre elles, afin de valoriser celles (le christianisme en particulier!) supposées davantage compatibles avec la laïcité, parce que réputées faire corps avec l'identité culturelle du pays par opposition aux autres (l'islam notamment), réputées inexorablement théocrates et somme toute étrangères à «notre horizon» culturel.

Ce genre de hiérarchisation ne résiste pas à une analyse historique. Les religions ne sont pas des ensembles immuables de principes, de croyances et de pratiques sur lesquels le temps n'aurait aucune emprise. Si le christianisme a pris racine dans l'espace européen, il n'y a pas pour autant vu le jour et est lui-même issu d'un héritage composite que l'on se doit de ne pas oublier. Quant à suggérer que certaines religions seraient intrinsèquement plus adaptées à nos sociétés modernes, là où d'autres véhiculeraient leur lot d'anachronismes, il faut raison garder.

Le catholicisme romain en France a été amené au terme d'un long processus à accepter la législation laïque qui le privait d'une certaine primauté juridique, cela ne veut pas dire pour autant que la hiérarchie catholique au sommet de laquelle règne le Pape a renoncé à toute forme d'influence, à faire entendre sa «musique» sur nombre de sujets de sociétés. Nombreux sont les sujets qui suscitent réserves et oppositions de sa part , depuis la loi sur l'interruption volontaire de grossesse en passant par la procréation assistée, le diagnostic prénatal ou l'adoption élargie aux couples homosexuels et demain leur droit au mariage.

Nul n'envisagerait d'imposer à l'Eglise catholique le silence ou de lui recommander de se délester de pans entiers de son magistère réputés trop conservateurs!

Qu'une réforme de l'islam soit nécessaire, nul ne le conteste en l'état. Il est grand temps qu'ait lieu une confrontation intellectuelle entre ceux qui font une lecture scripturaliste et atemporelle des textes fondateurs de l'islam, dans une perspective souvent politique, et ceux qui se livrent à une lecture contextualisée et à une exégèse critique de ces mêmes sources, tout en mettant en avant leur portée résolument spirituelle. Qu'il faille pour autant en faire une condition sine qua non, un préalable à toute amélioration des conditions pratiques d'exercice du culte semble plus contestable a fortiori dans un régime de laïcité qui interdit, à juste titre, à la République de se prononcer sur l'élaboration interne d'une doctrine religieuse, comme d'organiser un culte en lieu et place des principaux intéressés. Nous ne sommes plus aux temps de Napoléon le Grand, présenté comme «l'Oint chéri» du Très Haut!

Les pouvoirs publics doivent veiller à ce que croyances et pratiques n'induisent pas des troubles de l'ordre public et notamment que, dans les lieux de culte, des propos contraires à la nature républicaine des institutions ou mettant en cause des agents de l'État ne soient pas tenus. Ni plus, ni moins!

Dès lors que le cadre légal est respecté, l'État laïque et n'importe quelle majorité parlementaire ne sont pas plus habilités à sonder les reins et les cœurs, ou à prêcher les consciences, qu'ils ne sont outillés pour porter des jugements sur la façon dont les individus pratiquent ou devraient pratiquer leur religion.

Est-il alors légitime de se focaliser sur le seul culte musulman et sur les seules autorités musulmanes? Faudrait-il comme certains grands esprits l'ont plusieurs fois suggéré, leur poser une série de questions cruciales voire gênantes, comme ce fut le cas en 1807 avec le Sanhédrin réuni par Napoléon et leur imposer un «testing républicain» qui déciderait de leur devenir dans la République? L'idée est sans doute excellente, quoiqu'un peu démagogique.

Aussi ne nous arrêtons pas en si bon chemin, mais élargissons le questionnaire à toutes les collectivités religieuses, car les groupes religieux ne sont pas des entités immuables. Les générations de croyants se succèdent et les points de vue peuvent évoluer, soit dans le sens de la libéralisation, soit dans le sens opposé, celui du réarmement doctrinal sur un mode plus orthodoxe.

La République laïque et sa politique religieuse à géométrie variable

De la même manière, nous devrions ne pas avoir peur de poser avec la même force, le débat inverse, celui des rapports qu'entretient l'idée laïque avec un certain imaginaire religieux et une certaine idée de la «bonne religion», «républicainement compatible» selon la formule du député communiste André Gérin (à l'origine du débat sur le voile intégral!) opposée à la religion supposée déviante, «trop orthodoxe», ou réputée «sectaire».

Rien ne justifie que l'on sacralise à ce point l'idée de laïcité, et que l'on s'interdise de la soumettre également à une analyse historique critique, surtout pour la distinguer de certaines expressions absolutisées (laïcisme). Après tout, sa force est sans doute d'avoir pu traverser le siècle, et au cours de son parcours d'avoir connu diverses formes d'expressions.

De dispositif juridique et politique visant à l'origine à limiter l'influence sociale (héritée de l'histoire) de la seule Eglise catholique sur l'ensemble de la société et à assurer la neutralité de l'Etat et des services publics, ce système s'est révélé progressivement comme un ensemble de règles techniques préservant la liberté de conscience et de pensée, de croire comme de ne pas croire, et leur libre manifestation tout en faisant de l'Etat laïcisé le garant de ces libertés chèrement acquises. L'Etat devenu laïque est en mesure de veiller au strict respect d'une égalité de traitement plus ou moins parfaite entre les diverses expressions religieuses qui peuvent s'exprimer publiquement.

Pour autant, ces dernières années on a vu peu à peu combien cette laïcité proclamée ou du moins certains responsables politiques s'autorisaient certains franchissements de zones, en se piquant par exemple de redessiner les contours d'une religiosité réputée conforme aux idéaux républicains.

Si certains groupes religieux éprouvaient quelques difficultés à se plier à cet exercice ingrat, la loi faisait son œuvre. C'est ainsi qu'il fut question de statuer sur la «manipulation mentale» à propos des groupes dits sectaires et plus récemment du voile intégral décrit comme l'expression d'une vision sectaire de l'islam. Quelle surprise alors de voir nos parlementaires versaient dans l'exégèse du Coran et nous expliquer doctement qu'ils avaient à cœur de défendre le «vrai islam» menacé par des versions déviantes de cette religion. Et que dans leur esprit, par le vote de la dite loi contre le voile intégral, il s'agissait d'épauler un CFCM qui peine à asseoir sa légitimité et surtout à se voir reconnaître une véritable autonomie par rapport...précisément à des pouvoirs publics de plus en plus entreprenants en matière religieuse.

On pourrait multiplier à l'infini les exemples d'interactions entre sphère politique et sphère religieuse. Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur s'était notamment ému de l'insuffisance de lieux de culte dans certains quartiers périphériques. Songeait-il réellement à la satisfaction des besoins en équipement religieux de ces quartiers ou au moyen d'utiliser ces lieux comme autant d'instruments de relais visant à contrôler socialement les périphéries turbulentes de nos grandes villes?

Devenu président de la République, il devait suggérer que la mission des clercs religieux étaient davantage porteuse d'espérance que celle des instituteurs. On est en droit de se demander si in fine ce ne serait pas plutôt l'idée républicaine qui peine à se défaire d'une logique d'instrumentalisation de la religion? Alors débattons de façon contradictoire des religions et de la laïcité, mais loin des tréteaux électoraux et des emphases verbales, acceptons de discuter de tout mais sans céder aux amalgames, ni à l'émotion.

(1) Libération du 22/12/10, p 2.
(2) «Les Français veulent que la France reste la France», Le Monde du 15/03/11, p 16.
(3) Appel «Non au débat-procès de l'islam» impulsé par dix personnalités musulmanes relayé par le site Oumma.com puis repris par le Nouvel Observateur et Respect Mag en mars 2011.

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Retrouvez les autres interventions du contre-débat du lundi 4 avril 2011 sur le thème de la laïcité:

L'idéologie antimusulmane se construit pierre à pierre, parEsther Benbassa

La preuve par la nation ou l'obsession d'en être, par Jocelyne Dakhlia

La laïcité, entre identité et neutralité, par Nilüfer Göle

Laïcité négative: une islamophobie sans voile, par Éric Fassin

 

 

 

 

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