Violences sexuelles: réagissons!

Victimes de harcèlement et agressées sur les réseaux sociaux, plusieurs militantes féministes, Buffy Mars (1), Sophie D (2), Caroline De Haas (3) et Flo Marandet (4), dénoncent «l'impunité et l'omerta qui règnent en matière de violences sexistes et sexuelles...». Et en appellent à tous pour réagir.

« Ce ne sont que des mots », « c'est virtuel », « tu n'as qu'à fermer ton compte Twitter ». Voici quelques unes des remarques entendues lorsque nous avons rendu public le fait que nous avions été – et étions encore – harcelées sexuellement, menacées de viol, insultées sur les réseaux sociaux. Au fond, « y a pas mort d'homme, hein ? ». Sur Internet comme dans la vie réelle, notre société a de sérieuses difficultés à regarder en face la réalité des violences sexistes et sexuelles que subissent les femmes en général et les féministes en particulier. Des journalistes ou internautes nous ont même posé la question : « qu'est-ce qui a déclenché les violences ?». Comme si le déferlement de haine sexiste pouvait avoir une raison.

Nous sommes fatiguées. Par les agresseurs bien sûr. Mais aussi par tous les autres. Par les magistrat.e.s qui demandent un non lieu lorsque nous portons plainte. Par les policier.e.s qui n'enquêtent pas sérieusement pour retrouver les auteurs de violence. Par les procureur.e.s et les juges qui ne demandent pas à Twitter et Facebook de réagir. Par les expert.e.s en tous genres qui viennent nous expliquer qu'on n'aurait pas dû provoquer (comme si une menace de viol pouvait au fond être un peu méritée). Par les journalistes qui nous parlent de drames passionnels pour parler de violences contre les femmes. Par les responsables politiques qui se rappellent au moment de la présidentielle que 230 femmes sont violées par jour en France mais qui une fois au pouvoir refusent d'éduquer dès le plus jeune âge à l'égalité. Par les hypocrites qui montent au créneau lorsque les violences sont commises par des étrangers mais qu'on entend pas lorsque nous sommes menacées et harcelées par des fachos «bien de chez nous». Par les présidents qui savent qu'ils ont dans leurs équipes des agresseurs mais qui ne trouvent pas cela très grave. Par chacune et chacun qui regarde ailleurs quand le sujet arrive dans la conversation. 


En France, en 2017, une femme sur 10 est victime de violences conjugales, une de nos collègues sur 5 est victime de harcèlement sexuel au travail, une femme est violée toute les 7 minutes. Comment est-ce possible que d'année en d'année, de plan national en plan national, rien ne semble bouger ? Sans doute parce qu'au fond, nous le tolérons. Nous tolérons un niveau de violences pourtant insupportable et au final, sommes complices.

Vous nous trouvez dures ? Regardons-nous. Comptons le nombre de remarques sexistes que nous laissons passer. Comptons le nombre de fois où nous avons demandé à nos amies, collègues ou parentes si elles avaient subi des violences. Comptons le nombre de médecins, gynécologues ou infirmier.e.s qui nous ont posé la question et orientées. Comptons le nombre de marques qui nous vendent leurs produits à coup de publicités sexistes. Le nombre d'émissions de télé que nous regardons dans lesquelles on met en scène des violences sexuelles sans que personne ne bouge. Bref. L'impunité et l'omerta qui règnent en matière de violences sexistes et sexuelles ne sont pas des fatalités. Elles dépendent aussi de nous. Réagissons. 

 (1) Buffy Mars est une Youtubeuse, elle a dénoncé l'utilisation de son numéro de portable par un professionnel de la téléphonie. Elle a ensuite été victime de harcèlement sur les réseaux sociaux (http://madame.lefigaro.fr/societe/sms-technicien-orange-du-harcelement-domestique-au-harcelement-en-ligne-170117-129167)

(2) Sophie D a lancé le hashtag #HelloJVC qui a fait l'objet de plusieurs articles http://www.20minutes.fr/high-tech/1990991-20170106-forum-18-25-jeuxvideoscom-pointe-doigt-cas-cyberharcelement

(3) Pour Caroline de Haas, il y a eu plusieurs articles suite au non lieu prononcé suite à sa plainte pour menaces de viol (http://tempsreel.nouvelobs.com/rue89/rue89-sur-les-reseaux/20170105.RUE6101/non-lieu-apres-des-menaces-de-viol-sur-facebook-et-twitter-serieux.html)

(4) Flo Marandet, a reçu le soutien de Zéro Macho (http://www.humanite.fr/soutien-flo-marandet-pour-en-finir-avec-limpunite-de-la-violence-masculine-sur-les-reseaux-sociaux) et d'une pétition lancée sur Change (https://www.change.org/p/mme-rossignol-ministre-des-droits-des-femmes-mr-jean-jacques-urvoas-ministre-de-la-justice-stop-%C3%A0-l-impunit%C3%A9-soutien-%C3%A0-flo-marandet)

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