Contre l'assistance sexuelle pour les personnes handicapées

L’organisation de la première formation d’assistants sexuels pour les personnes handicapées par l’association l’APPAS, présidée par Marcel Nuss, et la sortie du film Indésirables ont relancé le débat sur l’assistance sexuelle. A cette occasion, les défenseurs de cette solution se sont largement exprimés, laissant imaginer que la majorité des personnes handicapées souscrivaient à cette solution. Or, ce n’est pas le cas et certaines, comme nous, Elena Chamorro, enseignante, Mathilde Fuchs, militante associative, Lény Marquès, blogueur, Elisa Rojas, avocate, sont fondamentalement opposés à sa mise en place.

L’organisation de la première formation d’assistants sexuels pour les personnes handicapées par l’association l’APPAS, présidée par Marcel Nuss, et la sortie du film Indésirables ont relancé le débat sur l’assistance sexuelle. A cette occasion, les défenseurs de cette solution se sont largement exprimés, laissant imaginer que la majorité des personnes handicapées souscrivaient à cette solution. Or, ce n’est pas le cas et certaines, comme nous, Elena Chamorro, enseignante, Mathilde Fuchs, militante associative, Lény Marquès, blogueur, Elisa Rojas, avocate, sont fondamentalement opposés à sa mise en place.


L’organisation de la première formation d’assistants sexuels et le film Indésirables ont relancé le débat sur l’assistance sexuelle. Un système auquel n’adhèrent pas toutes les personnes handicapées. Certaines, comme nous, étant fondamentalement opposées à sa mise en place.

 

S’il est vrai que des limites physiques et/ou psychiques peuvent rendre difficile l’accès de certaines personnes handicapées à une vie affective et sexuelle, elles ne peuvent expliquer, à elles seules, les obstacles rencontrés.

 

De multiples barrières sociales, telles que le manque d’accessibilité ou la vie en institution, mettent les personnes handicapées à l’écart de la cité et restreignent leurs libertés et possibilités de rencontres.

 

De plus, généralement associées à tout ce que notre société abhorre et associe au malheur, envisagées comme asexuées, impuissantes ou incapables de donner/recevoir du plaisir, la société refuse toujours de nous envisager comme des partenaires sexuels potentiels et banals.

 

A ces préjugés propres au handicap s’ajoutent les stéréotypes d’ordre général sur la sexualité, la féminité, la virilité et la beauté. Véhiculés par les médias, la publicité, la pornographie, ils confortent l’idée que le sexe est indispensable à l’épanouissement, qu’il est lié au physique, à la santé et qu’il est une performance.

 

Dans un cadre aussi étriqué et normalisant, la sexualité des personnes handicapées ne peut trouver de place et il ne peut y avoir d’autre réponse que l’assistance sexuelle...

 

L’assistance sexuelle demeure pourtant une proposition floue et de nombreuses questions se posent sans trouver de réponse.

 

Qui seraient les bénéficiaires d’un tel système ? Uniquement ceux qui ne peuvent pas se masturber seuls ? Sur quels critères ? Si l’assistance sexuelle était ouverte à toute personne handicapée, pourquoi elle ne le serait pas à d’autres personnes en souffrance sur le plan sexuel pour d’autres raisons que le handicap ? Jusqu’où iraient les assistants sexuels ? Offriraient-ils une prestation sexuelle, une relation affective ou juste une forme d'érotisme tarifé ? Prendraient-ils en compte toutes les orientations et pratiques sexuelles des personnes handicapées bénéficiaires ?

 

L’assistance sexuelle semble également supposer que les personnes handicapées sont un groupe homogène avec une sexualité spécifique auquel elle serait la plus apte à répondre. Or, on ne peut parler « d'une sexualité des personnes handicapées » puisque nous sommes tous différents, comme le sont nos attentes sexuelles.

 

1. L’assistance sexuelle apparaît aussi associée aux soins, dont elle serait une sorte de prolongement. Cela sous-entend que le sexe avec une personne handicapée serait presque clinique et constitue une approche médicale du handicap, très passéiste.

Elle prétend ainsi que les accompagnants doivent être formés spécialement pour avoir des rapports sexuels avec une personne handicapée, ce qui est absurde.

Les liens entre assistance et sexuelle et prostitution soulèvent enfin de nombreuses interrogations.

Si l’assistance sexuelle s’avérait payante, elle ne serait alors qu’une « spécialité » au sein de la prostitution et valorisante car s’adressant à un public «indésirable», «intouchable», rejeté sans cette solution.

Tout comme la prostitution, le système s’adresserait d’abord aux hommes handicapés qui feraient le même raisonnement que les clients de prostitués : leurs besoins sexuels sont irrépressibles et vitaux. Il doit y avoir un système pour les satisfaire.

L'assistance sexuelle serait dès lors un système misogyne et archaïque de marchandisation du corps supplémentaire, mais acceptable, qui demanderait à être reconnu légalement, à titre exceptionnel.

Si l’assistance sexuelle était gratuite, ou rémunérée à titre symbolique, c’est-à dire, quasiment gratuite, il s’agirait donc d’un acte de bienfaisance. Les volontaires seraient persuadés de faire une bonne action qui les grandirait.

Se poserait alors la question de la motivation des volontaires : comment éviter, par exemple, qu’ils ne s’engagent que dans le seul but d'utiliser des personnes handicapées comme objets de leurs fantasmes sexuels ?

Au vu de ces éléments, nous pensons êtres légitimes à nous inquiéter de la mise en place d’un tel système, fût-ce à titre provisoire, dont l’impact irait bien au delà de ses « bénéficiaires» s’il venait à s’imposer.

Il s’agira, une fois de plus, d’une réponse stigmatisante à laquelle les personnes handicapées seront systématiquement renvoyées et qui les enfermera dans une sexualité de seconde zone, marginale et étrange.

L’assistance sexuelle propose une solution simpliste et conformiste qui ne remet pas en cause le système de valeurs et les représentations en vigueur dans notre société. Elle ne va ni dans le sens de l'émancipation et de l'autonomie des personnes handicapées ni de leur libération sur un plan sexuel.

 

2. Elle n’a donc rien d’avant-gardiste et s’inscrit en réalité à la fois dans la logique économique libérale qui présente le sexe comme un service commercial, dont elle nous propose d’être consommateurs, et dans une vision judéo-chrétienne qui appréhende la personne handicapée comme objet de charité. L'accompagnant se trouvant quant à lui placé à mi-chemin entre le prostitué et le bienfaiteur.

La sexualité devrait pourtant être libre, non marchande, impliquer de la réciprocité dans le désir et un échange égalitaire, qui ne peut exister ni dans le rapport marchand ni dans le rapport caritatif.

Le sexe est un désir, une liberté, mais ce n'est pas un droit sinon il vaudrait pour tout le monde et pas seulement pour les personnes handicapées.

Pour améliorer les choses efficacement et durablement, mieux vaudrait :

Abolir la ségrégation sociale et spatiale que subissent les personnes handicapées, en s’engageant notamment dans la désinstitutionnalisation. Favoriser leur éducation sexuelle dès le plus jeune âge afin qu’elles puissent se concevoir comme des partenaires à part entière. Déconstruire et réinventer les représentations du sexe, du handicap, des femmes et des hommes. Développer les solutions techniques existantes qui pourraient aider les personnes handicapées dans leur sexualité.

 

Pour finir, nous affirmons avec force qu'il n’y a rien d’humaniste à entretenir une relation affective ou sexuelle avec l’un d’entre nous. Nous sommes désirables, nous sommes des partenaires potentiels à part entière, au même titre que les autres.

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