21 février, journée de la langue maternelle

Mater nostra et pater noster nous ayant engendrés à notre corps défendant, il leur revient ensuite de nous transmettre cet outil essentiel et merveilleux pour affronter la vie qu'est le langage qui, pour paraphraser Baudelaire, roule d'âge en âge pour venir mourir parfois sous les coups de boutoir de la langue dominante.

Ce système complexe absorbé avidement par le LAD de Chomsky [1] , le dispositif d'acquisition de la langue inné qui fait de nous des virtuoses du verbe, émerveille les parents béats face aux progrès de leur progéniture.


L'opposition entre l'inné et l'acquis suite au célèbre débat qui opposa les théories constructivistes de Piaget à l'innéisme de Chomsky il y a 40 ans maintenant á l'abbaye de Royaumont reste entière mais c'est plus fort que lui: le bébé apprend á une vitesse fulgurante. Ce processus inéluctable qui lui permet de s'approprier le monde et d'en devenir un acteur est unique et différencie le genre humain des autres espèces. Seule compagnie dans la solitude du bain amniotique et amplifiée, la voix de sa mère a probablement activé les premières synapses dans le cerveau du fétus prêt ainsi á reproduire les sons dés la naissance en sculptant son appareil phonatoire lui permettant progressivement de parler puis d'échanger. Ceci sans effort apparent .


Mais à la langue de la mère s'ajoute souvent une autre langue à la naissance, les bilingues seraient en effet une majorité dans le monde [2]. Celle-ci se confond avec la langue dite maternelle au point que nombre de bilingues sont bien en peine de distinguer laquelle des deux est la dominante, que son acquisition soit le fait du père ou d'un entourage linguistique différent de celui de la mère. Il arrive que cette deuxième langue parvienne à supplanter la langue maternelle si celle-ci subit une discrimination. C'est le cas par exemple des langues indigènes en Amérique. Une étude révèle que 169 variantes linguistiques au Mexique sur 364 seraient menacées de disparition à un degré ou un autre [3] et ce en raison de la honte à parler une langue considérée archaïque et arriérée par la classe hispanophone dominante. Tous les efforts déployés par les autorités pour endiguer ce phénomène sont aussi efficaces que ceux de la COP 21 contre le réchauffement climatique: parler náhuatl ou zapotéque est indécent.


C'est pourquoi la langue maternelle doit être défendue face aux diverses langues dominantes. Même le français qui recourt trop souvent par facilité à l'anglais alors que des néologismes peuvent être trouvés: nos amis du Québec sont à cet égard bien plus vigilants. Mais il en va de même en Afrique francophone où les langues bantoues par exemple mènent un coexistence difficile avec le français ou l'anglais voire le chinois. Pénétration économique - impérialisme pour parler clairement - et globalisation menacent les langues ainsi que les traditions réduites au folklore mais cet appauvrissement laisse indifférent car son impact passe inaperçu, seules les personnalités meurtries par ce rejet souffrent silencieusement en leur for intérieur.



[1] https://www.youtube.com/watch?v=qdonf-4nkeE (en anglais)

[2]  in Grosjean 1982, Baetens Beardmore 1986 selon Lüdi (https://sprachenkonzept.franz.unibas.ch/Annexe_8.html)

[3] étude de l'INALI  (http://site.inali.gob.mx/pdf/libro_lenguas_indigenas_nacionales_en_riesgo_de_desaparicion.pdf)  (en espagnol)

 

 

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