Les autres, c'est rien que des sales types

« Les autres ». Ils ne sont pas sept (comme les mercenaires ou les péchés capitaux), pas dix (comme les commandements ou Otto), ni même douze (comme les apôtres) et encore moins trente (comme un concile ou des deniers restés célèbres). Selon Jacques A. Bertrand, les « autres » sont au nombre de vingt-et-un. Et « c’est rien que des sales types ».

« Les autres ». Ils ne sont pas sept (comme les mercenaires ou les péchés capitaux), pas dix (comme les commandements ou Otto), ni même douze (comme les apôtres) et encore moins trente (comme un concile ou des deniers restés célèbres). Selon Jacques A. Bertrand, les « autres » sont au nombre de vingt-et-un. Et « c’est rien que des sales types ».


Récompensé par le Prix de l’Humour noir en 2010, Les autres, c’est rien que des sales types a paru le 16 janvier dernier chez 10/18 au format poche. Catalogue, aréopage, galerie, les termes ne manquent pas pour qualifier ces vingt-et-un portraits majuscules, spirituels et féroces : du Con (le grand en tête) au Groupe, en passant par le Touriste (qui, « quelle que soit sa nationalité est essentiellement étranger ») jusqu’au Pauvre (qui « est un type humain beaucoup plus répandu que le Riche » et « se reproduit davantage »), l’ouvrage égraine une liste d’homo sapiens sapiens, reconnaissables entre mille. Qu’ils soient Malade ou Médecin, Commerçant ou Conjoint, Provincial ou Parisien, les « sales types » de Jacques A. Bertrand font partie de notre quotidien à notre corps souvent défendant. 

Le Lambda est un sale type virtuel. Il s’agit pourtant d’un individu de type courant, susceptible de nous heurter à tous les coins de rue. (…) Le Lambda est en principe anonyme, en dépit de sa grande notoriété. S’il devient célèbre, à la suite d’un fait divers ou de toute autre circonstance accidentelle, il devient impossible de le classer. (…) Mais tant qu’il n’est pas connu, il est n’importe qui.

Déjà auteur d'un J'aime pas les autres, Jacques A. Bertrand manie la langue française avec aisance, joue brillamment avec les mots, cède parfois aux sirènes de la polysémie facile sans jamais verser dans le calembour et livre des réflexions savoureuses empreintes d’un humour doux-amer, désabusé et d’une acuité bienvenue. 

L’auteur de Comment j'ai mangé mon estomac (Julliard, janvier 2014) et chroniqueur de l’émission Des Papous dans la tête sur France Culture, rend hommage à la langue française (le sale type ne serait qu’un prétexte ?) et excelle dans l’art de la pirouette verbale et scripturale. L’assonance précède l’ironie, suivie de très par cette politesse du désespoir cher à Pierre Desproges. Mais la comparaison s’arrête là entre feu le procureur de la république pour rire (mais pas que) et le récipiendaire du prix de l’humour noir 2010. Le premier invitait à se demander si l’on peut rire de tout, le second convie à s’interroger si (par hasard) l’écrivain lui-même ne serait pas un sale type. Ce dont il n’a jamais douté. Au long de cette galerie de portraits, Jacques A. Bertrand chinoise et passe par le tamis de son verbe élégant et drôle les travers de la société actuelle. Par petites touches, il questionne autant qu’il énumère, et recompose un panel représentatif des spécimens qui une fois rassemblés finissent invariablement par constituer un Groupe, « un ramassis de sales types qui fonctionne comme un seul homme ». 

Les sales types sont un mal superflu, Les autres, c’est rien que des sales types, un exercice littéraire qui convoque (entre autres références) Proust, Mirabeau, Darwin et Brassens... Ce qui rend sa lecture d’autant plus nécessaire.  

 

  • Jacques A. Bertrand, Les autres, c’est rien que des sales types, 10/18, 120 p., 6 € 10

Les premières pages :

 

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