C’est dans la poche 2

 Serre, Carrère, Carpenter, Lodge, Cunningham, etc. : Nous les avions aimés en grand format, ils sont désormais disponibles pour toutes les poches. Sélection en neuf titres, par ordre alphabétique d'auteur.

 

Serre, Carrère, Carpenter, Lodge, Cunningham, etc. : Nous les avions aimés en grand format, ils sont désormais disponibles pour toutes les poches. Sélection en neuf titres, par ordre alphabétique d'auteur.

Guillaume Apollinaire, Alcools, Folio, 256 p., 4 € 20

« À la fin tu es las de ce monde ancien » : Alcools a cent ans. L’édition que publie Folio pour ce centenaire se veut une approche de son influence sur la poésie contemporaine.

Outre le recueil original, des photographies, un lexique de l’œuvre, des lettres de Guillaume Apollinaire, les souvenirs de Paul Léautaud et onze hommages par Cendrars, Reverdy, Max Jacob, Aragon, Ginsberg dont des textes inédits de Jacques Réda, André Velter ou Guy Goffette.

À lire, sur Mediapart, signé Patrice Beray : Le moment poétique d’Apollinaire et Cendrars a cent ans (analyse d’un tournant poétique majeur et entretien avec Jacques Darras).

Don Carpenter, Sale temps pour les braves, traduit de l’anglais (USA) par Céline Leroy, 10/18, 432 p., 7 € 98

Abandonné dès sa naissance en pleine crise de 1929, Jack Levitt traîne dans Portland. Il a connu l’orphelinat puis la maison de correction, la prison du comté puis celle d’Etat. Jack a vingt-six ans quand il sort de San Quentin. Le roman de Don Carpenter suit sa tentative sinon de rédemption, du moins de libération, de la vie, des barrières sociales, de Billy Lancing (son ancien co-détenu), de lui-même à travers le couple et la paternité. La liberté est-elle hors de portée pour Jack ? 

400 pages de beauté pure et dense, de fiction en prise avec le réel le plus rugueux, d’une prose expressionniste qui joue en virtuose de l’ellipse et de la couleur, d’un rythme fou, accélérations, ralentis : Sale temps pour les braves est un très grand roman américain, publié aux USA en 1966, signé Don Carpenter, écrivain proche de Brautigan, redécouvert aux éditions Cambourakis l’an dernier, désormais disponible en poche.

Lire le Bookclub (Christine Marcandier), en accès libre

 

Emmanuel Carrère, Limonov, Folio, 496 p., 8 €

Le roman d’Emmanuel Carrère a obtenu le prix Renaudot 2012. Comme le confiait Limonov à Dominique Conil (lire ici son article Limonov-Carrère, un trouble jeu de miroir), « je crois que j'ai servi de prétexte à un livre sur lui... ».

« Limonov n’est pas un personnage de fiction. Il existe. Je le connais. Il a été voyou en Ukraine ; idole de l’underground soviétique sous Brejnev ; clochard, puis valet de chambre d’un milliardaire à Manhattan ; écrivain branché à Paris ; soldat perdu dans les guerres des Balkans ; et maintenant, dans l’immense bordel de l’après-communisme en Russie, vieux chef charismatique d’un parti de jeunes desperados. Lui-même se voit comme un héros, on peut le considérer comme un salaud : je suspends pour ma part mon jugement.
C'est une vie dangereuse, ambiguë : un vrai roman d'aventures. C'est aussi, je crois, une vie qui raconte quelque chose. Pas seulement sur lui, Limonov, pas seulement sur la Russie, mais sur notre histoire à tous depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale
.» (Emmanuel Carrère).

Michael Cunningham, Crépuscule, Traduit de l'anglais (États-Unis) par Anne Damour, 10/18, 298 p., 7 € 12

Peter Harris, galeriste new-yorkais, la quarantaine aisée, un loft à SoHo, quintessence de la réussite, marié depuis des années, voit sa vie bouleversée par le jeune frère de sa femme, beauté androgyne et ambiguë.

Crépuscule est un roman des chutes et accidents, intimes et sociaux, une peinture du monde de l'art contemporain et un somptueux portrait de New York.

Lire sur Mediapart la critique du livre, accompagnée d’un entretien vidéo avec l’écrivain (par Vincent Truffy et Christine Marcandier)

 

Michael Cunningham, la princesse de mièvre? © Mediapart

(Pour activer les sous-titres dans la vidéo, cliquer sur l'icone "CC subtitles")

Marie Darrieussecq, Clèves, Folio, 352 p., 6 € 95

Solange est une nouvelle princesse de Clèves, «sous les Pyrénées à attendre l’avenir», Clèves, bourgade fictive, «concours de pêche, nouveaux carrefours giratoires, noces de diamant et foire aux bestiaux». Les questions hantent Solange : les avoir (ou pas), le faire, le refaire — les règles, l’amour. Ces deux moments qui font entrer advenir la femme de la petite fille. Avant, «seule à la périphérie du monde», étrangère à sa course, «éjectée par une force centrifuge, seule loin du centre où c’est vivant». Après, la plénitude, «c’était bien la peine d’en faire toute une histoire».

Sortir de l’enfant (étymologiquement, «celui qui ne parle pas») par les mots, puis les actes. Et, pour l’écrivain, aller au plus profond de cette citation de Rilke, en exergue de Clèves: «Est-il possible que l’on ne sache rien de toutes les jeunes filles qui vivent cependant? Est-il possible qu’on dise "les femmes", "les enfants", "les garçons" et qu’on ne se doute pas, malgré toute sa culture, l’on ne se doute pas que ces mots, depuis longtemps…». Points de suspension, que Clèves viendra remplir.

Lire l’article du Bookclub (Christine Marcandier), en accès libre

David Lodge, Un homme de tempérament, Rivages poche, 672 p., 10 € 65

(ou 9 € 99 en format numérique)

A travers la biographie romancée de H.G. Wells, cet écrivain qui a connu deux guerres mondiales, David Lodge interroge la marche du monde, la complexité du progrès et sa propre finitude. Le livre commence au printemps 1944, le conflit est sur le point de se terminer, la vie de Wells aussi : on vient de lui diagnostiquer un cancer du foie. Espérance de vie ? Un an. Un an pour se retourner sur sa vie comme sur son œuvre, les soumettre au tribunal de sa pensée. Ce sera la trame du livre.

A lire, sur Mediapart, David Lodge, une fresque very Wells (Critique et entretien video avec David Lodge par Christine Marcandier & Vincent Truffy)

Lodge, Un homme de tempérament © Mediapart

(Pour activer les sous-titres dans la vidéo, cliquer sur l'icone "CC subtitles")


Laure Murat, L’homme qui se prenait pour Napoléon, Folio, 432 p., 7 € 50

Laure Murat propose une lecture de l’Histoire à partir de son imaginaire et du registre des asiles : Au lendemain du retour des cendres de Napoléon Ier, en 1840, le directeur de Bicêtre voit arriver dans son asile quatorze nouveaux «empereurs», des “fous” qui tous se prennent pour Napoléon.

A lire dans le Bookclub de Mediapart, l’article de Jacques Dubois, De la folie à l’âge révolutionnaire (accès libre).


Eric Reinhardt, Le Système Victoria, Folio, 624 p., 8 €

Dans Le Système Victoria, David Kolski est le directeur de travaux de la tour Uranus, «machinerie colossale» de cinquante étages, qui, une fois érigée, sera la plus haute de France. Mais les retards s’accumulent, avec eux les pénalités financières. David est pris «dans un système d’une intransigeance absolue». Cette tour, qui absorbe son énergie, sa substance, est en forme d’éclair, «comme un avertissement, un signal d’alerte, mais aussi comme une allégorie de ce moment où nous foudroierons nous-mêmes». Un soir, par hasard, il rencontre un absolu feminin, qui donne son titre au roman déjà présente dans Cendrillon, simple silhouette en attente de son devenir fictionnel : Victoria. «Ces trois syllabes résonnent dans la pénombre comme le nom de quelque chose qui est pour moi de plus en plus insaisissable, un concept, une organisation dont je découvrirais peu à peu la complexité des méandres». Son regard a «l’évidence d’un théorème». Elle est «femme magicienne», «icône de sexe et de voracité, un pur concept de femme cinglante et enflammée». Elle incarne toutes les femmes, toujours différente, inaccessible, insaisissable. Son journal intime dévoile une autre Victoria encore. La jeune femme fait basculer le «système» amoureux de David, ce qu’il autoproclame son «principe de prudence et d’intégrité morale».

Lire le Bookclub (Christine Marcandier) en accès libre

 

Anne Serre, Les Débutants, Folio, 192 p., 5 € 95

Dans Les Débutants, Anne Serre interroge la grammaire du désir et du sentiment amoureux :

« Que c'est étrange de quitter quelqu'un que l'on aime pour quelqu'un que l'on aime. On passe par une passerelle qui n'a pas de nom, qui n'est nommée dans aucun poème. Non, nulle part on ne donne un nom à ce pont et c'est pourquoi Anna eut tant de mal à le franchir. Elle commence seulement à ne plus confondre Guillaume et Thomas. Par bonheur, ils ne font pas du tout les mêmes gestes ; au lit ils sont tout à fait différents. C'est au lit qu'ils sont le plus différents. C'est donc très reposant, le lit, puisqu'alors, Thomas n'est pas Guillaume. Et peu à peu le corps d'Anna quitte Guillaume pour rejoindre Thomas. Mais n'était-il pas question de cela depuis le début ? »

Dominique Conil a consacré un article à son dernier roman, Petite table sois mise (Verdier), à lire ici.

 

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