Fiasco!

Dans Fiasco !, des écrivains anglo-saxons se mettent en scène et racontent leurs grands moments de solitude, ces instants où «s'il était possible d'étirer sa lèvre inférieure au point de la rabattre sur sa tête, il suffirait de déglutir rapidement pour disparaître» (Thomas Lynch).

Dans Fiasco !, des écrivains anglo-saxons se mettent en scène et racontent leurs grands moments de solitude, ces instants où «s'il était possible d'étirer sa lèvre inférieure au point de la rabattre sur sa tête, il suffirait de déglutir rapidement pour disparaître» (Thomas Lynch). Leurs récits constituaient une anthologie, Hontes. Confessions impudiques mises en scène par les auteurs (Éditions Joëlle Losfeld) dont la collection Folio publie un digest désopilant (et pas seulement).

Jonathan Coe, le prestigieux auteur de Testament à l'anglaise (1996) ou de La Vie très privée de Mr Sim (2011), entre autres livres majeurs, ouvre cette série de mésaventures par une véritable liste. «L'éventail du choix est bien trop vaste». Que choisir ? Les humiliations quand personne ne se présente à l'une de vos signatures alors que votre voisin a mal au poignet tant il est sollicité ? La fois où il a fallu ramper devant le public pour quitter un plateau télé hors du champ des caméras, ou cette honte suprême lors d'un festival de polars «(pourquoi ça ? Je ne suis pas écrivain de polars)», où «j'ai eu un auditoire d'exactement une personne. "Je suis heureux que vous soyez venu, ai-je dit à l'aimable client, après avoir bavardé vingt minutes avec lui. Imaginez l'horreur que ç'aurait été s'il n'y avait eu personne. - En fait, avoua mon interlocuteur, j'étais la personne chargée de vous présenter"». Quand le dépit se double d'humiliation.

Margaret Atwood place ces moments sous l'égide de Scarlett O'Hara, «Demain est une autre humiliation», Chuck Palahniuk, auteur d'un Festival de la couille et autres histoires - titre auquel l'anthologie donne un nouvel éclairage - se sent obligé de présenter ses excuses à Stephen King, Alan Warner met en récit une hilarante histoire d'homonymes, qu'il définit comme son «heure Raskolnikov», découvrant un Alan Warner II et même un Alan Warner III. Les récits d'entretiens, de festivals, de signatures, de rencontres se suivent, toujours plus drôles ou grinçants.

Comme l'écrit Simon Armitage, «la littérature offre un nombre infini d'occasions de gêne et de honte parce qu'elle s'exerce sur cette lisière exiguë où la pensée intime rencontre sa réponse publique». Ainsi lorsque Simon Armitage, oubliant d'emporter un exemplaire de son livre à une lecture dans un café, se rend chez un libraire : «Le caissier me reconnaît. Il ne dit rien, mais son visage exprime une grande pitié». Ou lorsque le même trouve un exemplaire d'un de ses recueils poétiques «dans une benne à ordures, devant une boutique de charité. Le prix indiqué est dix pence. C'est un exemplaire dédicacé. Sous ma signature, écrits de ma main, figurent les mots : "Pour papa et maman"». Réels ou apocryphes, ces fiascos et rebuts ne manquent pas de piquant romanesque.

Fiasco ! Des écrivains en scène, d'après une anthologie de Robin Robertson, traduit de l'anglais par Catherine Richard, Folio, 112 p., 2 €.

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