RC 88. Effets combattus de la réforme du Bac. Lettre des correcteurs philo d'Amiens

Excellente présentation de ce qui se joue dans l'épreuve de force entre enseignants et ministre néolibéral : la lettre des profs de philo d'Amiens. Déni, mensonges, dénigrement, menaces ainsi va la "gouvernance" néolibérale. Plus qu'un rapport de forces physique, c'est en mettant à nu les actions indéfendables de ce gouvernement que sa faiblesse politique dépassera sa violence.

J'ai extrait cette lettre du billet de Pascal Maillard Responsable syndical SNESSUP FSU à lire intégralement sur son blog. J'ajoute une chose : on a vu la violence policière opposées aux lycéens il y a un an, l'usage d'humiliations et de harcèlement judiciaire. La totale de la gouvernance néolibérale ? Il y est ajouté un autre pan qui fut expérimenté dans la domination coloniale : le service civique qui sera rendu obligatoire, réalisé sous l'égide de l'armée. Outil de conditionnement idéologique qui manquait à cette "gouvernance" ?  Michel-Lyon.

 

Lettre aux parents et aux élèves de l'AG des correcteurs de philosophie 
de l'académie d'Amiens en grève le 3 juillet 2019

Chers parents, chers élèves,


A l'occasion de l'assemblée générale des correcteurs de philosophie de l'Académie
d'Amiens du 20 juin 2019, nous avons décidé de voter la grève reconductible à partir du
3 juillet, suivie d'une rétention des notes.


Nous avons conscience de la radicalité de cette décision, et de l'inquiétude qu'elle
suscite parmi vous. Toutefois, cette modalité d'action s'avère pour nous nécessaire, car
elle est l'aboutissement de la surdité du ministère face à toutes les actions entreprises
antérieurement. En outre, les dommages consécutifs aux réformes en cours nous
semblent plus lourds à supporter pour les élèves du futur qu'une attente prolongée de
quelques jours pour les candidats de cette année.


Étant investis dans la réussite de nos élèves avec passion, nous ne pouvons par
conséquent accepter :
1. La machine à sélectionner Parcoursup, la concurrence délétère qu'elle instaure
entre les élèves, son algorithme opaque, et les inégalités sociales et territoriales
pour l'accès à l'enseignement supérieur, qu'elle renforce.


2. Le bac du « Nouveau monde », façonné par Blanquer et imposé à marche forcée,
qui constitue la fin du bac national donnant à chaque diplômé les mêmes
garanties sur tout le territoire. Le nouveau bac s'accompagnera de 22 épreuves
sur 2 ans. Outre ces facteurs anxiogènes, seules quelques épreuves feront l'objet
d'un examen national et anonyme, ce qui, en définitive, fait de ce nouveau bac un
diplôme à valeur locale. Autrement dit, les élèves scolarisés dans des
établissements défavorisés pâtiront davantage des effets de cette réforme.


3. La baisse de l'encadrement pédagogique, avec plusieurs facteurs qui entrent en
compte :
→ suppression de 2600 postes dans l'enseignement secondaire alors que le
public accueilli sera démographiquement plus nombreux ;
→ les spécialités se substituant aux filières provoqueront des groupes surchargés
– souvent à 35 élèves, voire plus – et mettront fin à la dynamique de classe,
puisque les élèves seront contraints de changer de groupes en fonction de leurs
spécialités, ce qui risque de perturber les élèves les plus en difficulté.


4. Les transformations en cours de la fonction publique, qui mettront fin, à terme, à
l'actuel statut de fonctionnaire, indispensable notamment pour garantir un service
public républicain assuré par des enseignants indépendants de toute pression
hiérarchique et politique. 
→ Ainsi, à travers le « devoir d'exemplarité » par la loi Blanquer, familles et élèves
ne pourront plus être informés librement par les enseignants.
→ De même, la loi Darmanin prévoit la généralisation du recrutement
d'enseignants précaires, à qui il sera plus difficile d'assurer un enseignement de
qualité en toute liberté.


C'est dans cette perspective que nous avons adopté comme modalité d'action la grève.

 

Billet de Pascal Maillard ici

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