Blanquer saborde le Bac

Face à l’ampleur des grèves de jurys de bac, Blanquer débloque en faisant le choix du passage en force et de l'illégalité. Ce ne sont pas les grévistes qui mettent en danger le Bac, mais les réformes du gouvernement et le refus permanent du dialogue.

Comme tous les néolibéraux autoritaires du gouvernement, Blanquer choisit le passage en force, la menace et la désinformation massive, largement relayée par les médias dominants. Le gouvernement communique ce jour sur « moins de 20 jurys de Bac » perturbés au plan national. Il s’agit d’un mensonge éhonté. Pour la seule région Ile-de France il y au moins 30 jurys perturbés selon un relevé précis qui a été porté à ma connaissance. Sur l’ensemble des académies ce sont certainement des centaines de jurys qui sont perturbés à des degrés divers. Mais Blanquer n’a pas la même définition du concept de « perturbation » que les grévistes. Pour le ministre, seuls sont perturbés les jurys pour lesquels les rectorats ont été impuissants à imposer les mesures autoritaires et au bord de l’illégalité qui sont mises en œuvre dans des centaines d’autres jurys.

En effet, se généralisent des mesures de remplacement des notes des épreuves du Bac par celles du contrôle continu. Or aucun texte réglementaire ne l’autorise. Il s’agit d’une pure et simple anticipation de la loi qui a pour conséquence une situation de rupture d’égalité entre les candidats, ouvrant ainsi la voie à des recours administratifs en masse. Plus grave on signale des notes carrément inventées. Ailleurs c’est un proviseur qui se substitue à des présidents de jury pour entrer dans le logiciel des notes de contrôle continu. Là, c’est un secrétaire qu’on force à prendre la fonction de président.

Le SNES-FSU alerte dans un communiqué de ce jour sur la multiplication des irrégularités commises suite aux instructions du ministre. Blanquer « sème le chaos » pour faire porter la responsabilité des perturbations sur les enseignants. Ainsi qu'en atteste le "Protocole de publication des résultats" que je reproduis ci-dessous, il assume le risque d'inventer des bacheliers provisoires, potentiellement des milliers de lycéens et lycéennes reçus le 5 juillet et recalés la semaine suivante, ou recalés puis admis. On notera au passage qu'instruction a bien été donnée d'inventer des notes pour telle ou telle épreuve à partir de la moyenne des autres notes du Bac, quand le candidat ne dispose pas d'un livret scolaire. Ce protocole sera évidemment attaqué dans des recours au Tribunal administratif. Au moins trois principes ont été violés dans le fonctionnement de très nombreux jurys : celui de l'égalité des candidats, celui de l'anonymat et celui de la souveraineté des jurys.

Ce faisant, par son choix irresponsable de publier des résultats provisoires et potentiellement inexacts, le ministre élève au carré l'angoisse des lycéens et de leurs parents, espérant la mettre sur le dos des enseignants. Par ses menaces exercées contre les enseignants grévistes il a commis une atteinte caractérisée au droit de grève. Par ses instructions contraires aux dispositions réglementaires il commet une faute grave. Il conviendra d'en tirer toutes les conséquences. Y compris la démission.

protocole-publication-des-resultats-du-bac

Au lieu de cet immense gâchis, Blanquer avait une autre option : pourquoi n’a-t-il pas accepté d’ouvrir les négociations que les enseignants, les élèves et les parents d’élèves ainsi que leurs organisations représentatives réclament depuis 6 mois ? Les perdants de ce conflit, ce seront les prochaines générations de lycéens, le service public et le principe d’égalité dans l’éducation et la délivrance des diplômes.

En définitive Blanquer portera l’entière responsabilité du sabordage du Bac 2019, une première dans l’histoire du Bac. Tout comme le gouvernement porte la responsabilité de l’exclusion de dizaines de milliers de bacheliers de l’Enseignement supérieur, provoquée par le dispositif Parcoursup. Tout comme Macron et Philippe sont directement responsables de la plus grande loi de transformation-destruction de la Fonction publique.

Pascal Maillard

PS 1 : Je reproduis ci-dessous la très belle lettre aux parents et aux élèves des correcteurs de philosophie de l'académie d'Amiens

PS 2 : J'ai mis à jour dans ce précédent billet les signataires de l'appel "Pourquoi nous ne participerons pas aux jurys du Bac"

PS 3 : Communiqué du SNES-FSU :

Communiqué du SNES-FSU (pdf, 20.0 kB)

PS 4 : Témoignage d'un proviseur sur Libé : Résultats du bac : «Après coup, je me suis dit : ce n'est pas vrai, on n'a pas fait ça»

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Lettre aux parents et aux élèves de l'AG des correcteurs de philosophie
de l'académie d'Amiens en grève le 3 juillet 2019

Chers parents, chers élèves,


A l'occasion de l'assemblée générale des correcteurs de philosophie de l'Académie
d'Amiens du 20 juin 2019, nous avons décidé de voter la grève reconductible à partir du
3 juillet, suivie d'une rétention des notes.


Nous avons conscience de la radicalité de cette décision, et de l'inquiétude qu'elle
suscite parmi vous. Toutefois, cette modalité d'action s'avère pour nous nécessaire, car
elle est l'aboutissement de la surdité du ministère face à toutes les actions entreprises
antérieurement. En outre, les dommages consécutifs aux réformes en cours nous
semblent plus lourds à supporter pour les élèves du futur qu'une attente prolongée de
quelques jours pour les candidats de cette année.


Étant investis dans la réussite de nos élèves avec passion, nous ne pouvons par
conséquent accepter :
1. La machine à sélectionner Parcoursup, la concurrence délétère qu'elle instaure
entre les élèves, son algorithme opaque, et les inégalités sociales et territoriales
pour l'accès à l'enseignement supérieur, qu'elle renforce.


2. Le bac du « Nouveau monde », façonné par Blanquer et imposé à marche forcée,
qui constitue la fin du bac national donnant à chaque diplômé les mêmes
garanties sur tout le territoire. Le nouveau bac s'accompagnera de 22 épreuves
sur 2 ans. Outre ces facteurs anxiogènes, seules quelques épreuves feront l'objet
d'un examen national et anonyme, ce qui, en définitive, fait de ce nouveau bac un
diplôme à valeur locale. Autrement dit, les élèves scolarisés dans des
établissements défavorisés pâtiront davantage des effets de cette réforme.


3. La baisse de l'encadrement pédagogique, avec plusieurs facteurs qui entrent en
compte :
→ suppression de 2600 postes dans l'enseignement secondaire alors que le
public accueilli sera démographiquement plus nombreux ;
→ les spécialités se substituant aux filières provoqueront des groupes surchargés
– souvent à 35 élèves, voire plus – et mettront fin à la dynamique de classe,
puisque les élèves seront contraints de changer de groupes en fonction de leurs
spécialités, ce qui risque de perturber les élèves les plus en difficulté.


4. Les transformations en cours de la fonction publique, qui mettront fin, à terme, à
l'actuel statut de fonctionnaire, indispensable notamment pour garantir un service
public républicain assuré par des enseignants indépendants de toute pression
hiérarchique et politique.
→ Ainsi, à travers le « devoir d'exemplarité » par la loi Blanquer, familles et élèves
ne pourront plus être informés librement par les enseignants.
→ De même, la loi Darmanin prévoit la généralisation du recrutement
d'enseignants précaires, à qui il sera plus difficile d'assurer un enseignement de
qualité en toute liberté.


C'est dans cette perspective que nous avons adopté comme modalité d'action la grève.

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