Billet de blog 16 févr. 2021

118. "Responsabilité Sociétale des Entreprises", la caution morale des industries

Depuis quelques années les multinationales se parent d'un service RSE signifiant Responsabilité Sociétale des Entreprises. Cette branche de l'entreprise est destinée à communiquer sur les engagements écologiques, sociaux, moraux, éthiques, pour laver un peu l'image de méchants pollueurs qui leur colle à la peau. Pour autant, cette image est-elle injustifiée et cet engagement est-il crédible?

Factory
Chimiste et citoyen
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

 Voyons un peu la charte RSE de BASF: 

 "La chimie qui unit : pour un avenir durable

Nous souhaitons tous œuvrer pour un monde assurant un avenir digne et une grande qualité de vie pour tous. C’est pourquoi nous apportons la chimie à nos clients et à la société, en exploitant au mieux les ressources disponibles. Nous suivons le principe de notre entreprise « We create chemistry for a sustainable future »

Illustration de l'engagement éthique, rappelant le meme " Ridiculously Photogenic Guy" © Total

BASF affiche clairement aussi son positionnement par rapport à la convention citoyenne pour le climat, dans une note pleine de condescendance et de mauvaise foi: BASF à propos de la convention citoyenne. Ce leader de la chimie phytosanitaire ne veut pas suivre la convention citoyenne dans l’autorisation de la vente de semences paysannes et anciennes, il préfère promouvoir les OGM qui seraient bénéfiques et recommandés par le GIEC (pour étayer cet argument, BASF site un article du journal L'Opinion, propriété de LVMH et L'Oréal... Ils citent un peu plus loin le site Figarovox pour illustrer le terme populisme employé à l'encontre de la convention citoyenne). Au moment de prendre des décisions concrètes pour l'écologie, à partir d'un processus démocratique et en faveur des citoyens, on dit que l'Etat sort du bois en dévoilant son allégeance à l'industrie, on pourrait dire aussi que l'industrie sort du même bois en dévoilant ses affinités avec la presse de droite.

Ainsi on peut y lire:

"Promouvoir l’agriculture biologique ? Très bien, mais quel rapport encore avec la préservation du climat."

Dans une enquête de l'observatoire des multinationales, on apprend que BASF a été un des premiers à œuvrer contre la convention citoyenne pour le climat, notamment à travers des sociétés de lobbying ou encore des conventions organisant la rencontre entre élus, industriels et membres de la FNSEA, à l'abris du regard citoyen.

BASF, Total, Shell, ExxonMobil sont parmi les plus gros producteurs de benzène au Monde. Même son propre nom, BASF, signifie "Fabrique d'aniline et de soude du pays de Bade", soit deux des composés parmi les principaux polluants de la planète, le premier étant toxique, cancérigène, mutagène, reprotoxique, le second étant corrosif. Ces producteurs sont tous de grands adeptes de politiques RSE pour redorer leur image et user de multiples euphémismes pour qualifier leur travail.

Bayer et BASF sont les fabricants et les promoteurs du Dicamba, un herbicide toxique catastrophique pour l'environnement. Ils sont condamnés et massivement poursuivis aux Etats Unis pour les conséquences désastreuses de l'usage de ce poison.

Alors peut-on croire une seule seconde les discours consensuels de ces industriels de la chimie?

"Esso s’inscrit pleinement dans la dynamique du groupe ExxonMobil, réputé comme une référence en matière de gestion des aspects environnementaux."

C'est drôle de la part des responsables de multiples catastrophes (Exxon Valdez en 1989, fuites d'oléoducs et de plateformes pétrolières). 

"Le groupe Bayer est engagé dans la « Convention sur la diversité biologique (CDB) » des Nations Unies et est également acquis à ses objectifs, y compris la conservation de la diversité biologique"

Pour le promoteur du cyanure d'hydrogène et du gaz moutarde, c'est assez cocasse. 

Bref, l'absurdité commence dès qu'une multinationale de la chimie parle de responsabilité sociétale. Le cœur de métier étant l'extraction, la production et la vente de ressources, il n'y a pas de manière propre et responsable de le faire. C'est la même chose pour le monde de la finance et on peut rire devant la charte RSE de HSBC ou celle de BNP Paribas quand on connait leurs implications dans l'évasion fiscale, pour leur propre compte ou pour leurs clients.

"Par son activité, HSBC France contribue au financement de l’économie et à la bonne marche de la société."

"Acteur majeur des produits et services financiers, BNP Paribas a pour objectif d’exercer son métier de manière éthique et responsable."

Cette absurdité peut paraître anodine mais elle témoigne de la perte de sens des mots qui sont employés et de l'absence de scrupules des sociétés. On peut souiller le paysage, polluer la nature, bafouer l'éthique et escroquer le fisc du moment qu'on a exprimé sa profession de foi. Le marketing et l'imaginaire font le reste, le citoyen n'aura plus qu'à répéter cette litanie pour mieux se persuader qu'elle est vraie.

++++++++++++++

Ajout au billet de FACTORY   30 mai 2021

Alerte du site POLLINIS :

De nouvelles études scientifiques viennent de confirmer les craintes des chercheurs de l’Inserm et du CNRS, qui se battent depuis 4 ans (1) pour faire reconnaître la dangerosité d’une classe de fongicides très répandus en Europe – appelés « SDHI » – sur les abeilles, l’environnement et même la santé humaine.

Après les résultats terrifiants obtenus en mars dernier par le chercheur Fabio Sgolastra (2.1), spécialisé en entomologie générale et appliquée au département des Sciences agricoles de l’Université de Bologne, qui ont montré que la mortalité des abeilles domestiques et sauvages exposées au sulfoxaflor, un pesticide au mode de fonctionnement proche des néonicotinoïdes, était décuplée (x10 !) en présence du fluxapyroxad, un fongicide SDHI communément utilisé en Europe… 

… un groupe de chercheurs américains (2.2) vient de démontrer les effets délétères des SDHI contenus dans le pollen des plantes, sur les abeilles à miel et leurs couvains.

Ces études démontrent, une nouvelle fois (3), que les pesticides SDHI sont de dangereux tueurs d’abeilles

… et pourtant, il n’est pas prévu de les retirer du marché, ni de diminuer la quantité astronomique de ces poisons déversée chaque année dans les champs français – plus de 600 tonnes annuelles ! (4)

Pour sonner l’alerte à travers le pays, et répandre le plus largement possible l’avertissement des chercheurs sur ces fongicides toxiques pour quasiment tous les organismes vivants, des insectes aux humains, notre équipe a mis en ligne une page web qui résume très simplement les dangers et les enjeux – pour y accéder, cliquez ici.

► SDHI, UNE BOMBE À RETARDEMENT LÂCHÉE EN PLEINE NATURE

L'INSERM met en évidence de nouvelles pathologies liées aux pesticides  :   https://www.mediapart.fr/journal/france/070721/l-inserm-met-en-evidence-de-nouvelles-pathologies-liees-aux-pesticides

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — France
La visite du ministre Lecornu a renforcé la colère des Guadeloupéens
Le barrage de La Boucan est l'une des places fortes de la contestation actuelle sur l’île. À Sainte-Rose, le barrage n’est pas tant tenu au nom de la lutte contre l’obligation vaccinale que pour des problèmes bien plus larges. Eau, chlordécone, vie chère, mépris de la métropole... autant de sujets que la visite express du ministre des outre-mer a exacerbés.
par Christophe Gueugneau
Journal — France
L’émancipation de la Guadeloupe, toujours questionnée, loin d’être adoptée
Alors qu’une crise sociale secoue l’île antillaise, le ministre des outre-mer, Sébastien Lecornu, a lâché le mot : « autonomie ». Une question statutaire qui parcourt la population depuis des années et cristallise son identité, mais qui peine à aboutir.
par Amandine Ascensio
Journal — France
Didier Raoult éreinté par son propre maître à penser
Didier Raoult défend un traitement inefficace et dangereux contre la tuberculose prescrit sans autorisation au sein de son institut, depuis au moins 2017. Le professeur Jacques Grosset, qu’il considère comme son « maître et numéro un mondial du traitement de la tuberculose », désapprouve lui-même ce traitement qui va « à l’encontre de l’éthique et de la morale médicale ». Interviewé par Mediapart, Jacques Grosset estime qu’il est « intolérable de traiter ainsi des patients ».
par Pascale Pascariello
Journal — International
Variant Omicron : l’urgence de lever les brevets sur les vaccins
L’émergence du variant Omicron devrait réveiller les pays riches : sans un accès aux vaccins contre le Covid-19 dans le monde entier, la pandémie est amenée à durer. Or Omicron a au contraire servi d’excuse pour repousser la discussion à l’OMC sur la levée temporaire des droits de propriété intellectuelle.
par Rozenn Le Saint

La sélection du Club

Billet de blog
Effacement et impunité des violences de genre
Notre société se présente volontiers comme égalitariste. Une conviction qui se fonde sur l’idée que toutes les discriminations sexistes sont désormais reconnues et combattues à leur juste mesure. Cette posture d’autosatisfaction que l’on discerne dans certains discours politiques traduit toutefois un manque de compréhension du phénomène des violences de genre et participe d’un double processus d’effacement et d’impunité.
par CETRI Asbl
Billet de blog
Ensemble, contre les violences sexistes et sexuelles dans nos organisations !
[Rediffusion] Dans la perspective de la Journée internationale pour l'élimination des violences faites aux femmes, un ensemble d'organisations - partis et syndicats - s'allient pour faire cesser l'impunité au sein de leurs structures. « Nous avons décidé de nous rencontrer, de nous parler, et pour la première fois de travailler ensemble afin de nous rendre plus fort.e.s [...] Nous, organisations syndicales et politiques, affirmons que les violences sexistes et sexuelles ne doivent pas trouver de place dans nos structures ».
par Les invités de Mediapart
Billet de blog
Les communautés masculinistes (1/12)
Cet article présente un dossier de recherche sur le masculinisme. Pendant 6 mois, je me suis plongé dans les écrits de la manosphère (MGTOW, Incels, Zemmour, Soral etc.), pour analyser les complémentarités et les divergences idéologiques. Alors que l'antiféminisme gagne en puissance tout en se radicalisant, il est indispensable de montrer sa dangerosité pour faire cesser le déni.
par Marcuss
Billet de blog
Pour une visibilisation des violences faites aux femmes et minorités de genre noires
La journée internationale des violences faites aux femmes est un événement qui prend de plus en plus d'importance dans l'agenda politique féministe. Cependant fort est de constater qu'il continue à invisibiliser bon nombre de violences vécues spécifiquement par les personnes noires à l’intersection du cis-sexisme et du racisme.
par MWASI