118. "Responsabilité Sociétale des Entreprises", la caution morale des industries

Depuis quelques années les multinationales se parent d'un service RSE signifiant Responsabilité Sociétale des Entreprises. Cette branche de l'entreprise est destinée à communiquer sur les engagements écologiques, sociaux, moraux, éthiques, pour laver un peu l'image de méchants pollueurs qui leur colle à la peau. Pour autant, cette image est-elle injustifiée et cet engagement est-il crédible?

 Voyons un peu la charte RSE de BASF: 

 "La chimie qui unit : pour un avenir durable

Nous souhaitons tous œuvrer pour un monde assurant un avenir digne et une grande qualité de vie pour tous. C’est pourquoi nous apportons la chimie à nos clients et à la société, en exploitant au mieux les ressources disponibles. Nous suivons le principe de notre entreprise « We create chemistry for a sustainable future »

Illustration de l'engagement éthique, rappelant le meme " Ridiculously Photogenic Guy" © Total Illustration de l'engagement éthique, rappelant le meme " Ridiculously Photogenic Guy" © Total

BASF affiche clairement aussi son positionnement par rapport à la convention citoyenne pour le climat, dans une note pleine de condescendance et de mauvaise foi: BASF à propos de la convention citoyenne. Ce leader de la chimie phytosanitaire ne veut pas suivre la convention citoyenne dans l’autorisation de la vente de semences paysannes et anciennes, il préfère promouvoir les OGM qui seraient bénéfiques et recommandés par le GIEC (pour étayer cet argument, BASF site un article du journal L'Opinion, propriété de LVMH et L'Oréal... Ils citent un peu plus loin le site Figarovox pour illustrer le terme populisme employé à l'encontre de la convention citoyenne). Au moment de prendre des décisions concrètes pour l'écologie, à partir d'un processus démocratique et en faveur des citoyens, on dit que l'Etat sort du bois en dévoilant son allégeance à l'industrie, on pourrait dire aussi que l'industrie sort du même bois en dévoilant ses affinités avec la presse de droite.

Ainsi on peut y lire:

"Promouvoir l’agriculture biologique ? Très bien, mais quel rapport encore avec la préservation du climat."

Dans une enquête de l'observatoire des multinationales, on apprend que BASF a été un des premiers à œuvrer contre la convention citoyenne pour le climat, notamment à travers des sociétés de lobbying ou encore des conventions organisant la rencontre entre élus, industriels et membres de la FNSEA, à l'abris du regard citoyen.

BASF, Total, Shell, ExxonMobil sont parmi les plus gros producteurs de benzène au Monde. Même son propre nom, BASF, signifie "Fabrique d'aniline et de soude du pays de Bade", soit deux des composés parmi les principaux polluants de la planète, le premier étant toxique, cancérigène, mutagène, reprotoxique, le second étant corrosif. Ces producteurs sont tous de grands adeptes de politiques RSE pour redorer leur image et user de multiples euphémismes pour qualifier leur travail.

Bayer et BASF sont les fabricants et les promoteurs du Dicamba, un herbicide toxique catastrophique pour l'environnement. Ils sont condamnés et massivement poursuivis aux Etats Unis pour les conséquences désastreuses de l'usage de ce poison.

Alors peut-on croire une seule seconde les discours consensuels de ces industriels de la chimie?

"Esso s’inscrit pleinement dans la dynamique du groupe ExxonMobil, réputé comme une référence en matière de gestion des aspects environnementaux."

C'est drôle de la part des responsables de multiples catastrophes (Exxon Valdez en 1989, fuites d'oléoducs et de plateformes pétrolières). 

"Le groupe Bayer est engagé dans la « Convention sur la diversité biologique (CDB) » des Nations Unies et est également acquis à ses objectifs, y compris la conservation de la diversité biologique"

Pour le promoteur du cyanure d'hydrogène et du gaz moutarde, c'est assez cocasse. 

Bref, l'absurdité commence dès qu'une multinationale de la chimie parle de responsabilité sociétale. Le cœur de métier étant l'extraction, la production et la vente de ressources, il n'y a pas de manière propre et responsable de le faire. C'est la même chose pour le monde de la finance et on peut rire devant la charte RSE de HSBC ou celle de BNP Paribas quand on connait leurs implications dans l'évasion fiscale, pour leur propre compte ou pour leurs clients.

"Par son activité, HSBC France contribue au financement de l’économie et à la bonne marche de la société."

"Acteur majeur des produits et services financiers, BNP Paribas a pour objectif d’exercer son métier de manière éthique et responsable."

Cette absurdité peut paraître anodine mais elle témoigne de la perte de sens des mots qui sont employés et de l'absence de scrupules des sociétés. On peut souiller le paysage, polluer la nature, bafouer l'éthique et escroquer le fisc du moment qu'on a exprimé sa profession de foi. Le marketing et l'imaginaire font le reste, le citoyen n'aura plus qu'à répéter cette litanie pour mieux se persuader qu'elle est vraie.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.