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Billet de blog 7 sept. 2016

Le temps des Tartuffe irresponsables

Comment nos Valls, Sarkozy, LePen , entendent flouer la loi de décembre 1905

Belab
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Le temps des Tartuffe  irresponsables. 

Je viens d’apprendre que M. PY, maire de LEUCATE(11), entend, lui aussi, interdire le « burkini »sur ses plages où pourtant se côtoient tous les sexes conjugués au mode naturiste ou au mode « textile ». En outre , les  spécimens   féminins  s’y  distinguent  par  l’abondance  des  formes  et  des  couleurs :  il y a ceux à poils longs , façon shako ,mais  avec  une  raie  au  milieu , ceux  tirant vers le Big Mac  qui aurait séjourné trop longtemps au  four et ceux qui tendent vers la grenade déhiscente de l'arrière saison  ; il y a aussi  les abricots nordiques rougissant de s'encanailler à darder leurs noyaux , les vétérans de 68 qui ne craignent plus rien ni personne depuis longtemps , les  « stringués »,  les  culottés , les « bikinisés » et enfin les «burkinisés » , le tout dans une affolante pagaille :un régal pour les yeux , un martyr pour  l'arthrose cervicale  .

Le Burkini , contrairement au voile intégral, répond strictement  aux prescriptions de la Aoura  ( c’est la tenue minimale , toujours ample, de la femme  travaillant dans les champs ou au lavoir) ,  il couvre les cheveux de la musulmane et son  corps , du cou aux genoux ; les avant-bras et le visage  restent nus ;l’homme, lui, se couvre de la taille aux genoux. La majorité des  musulmans ne respectent pas ces prescriptions au pied de la lettre, pas même les pratiquants. M. l’ex-ministre des cultes, Valls, qui « fait l’ange », ne l’ignore pas.

Le fait que certaines veuillent se conformer strictement à l’Aoura relève de la liberté des cultes : c’est un droit  fondamental garanti, par la Constitution de la République Française, la loi  de décembre 1905, les déclarations  européennes  de Droits de l’Homme et les textes  internationaux paraphés par la France. L’article 55 de notre Constitution confère, du reste, à ces derniers une autorité supérieure à la loi et fait  obligation au  juge d’écarter toute disposition législative qui leur serait contraire.

Messieurs Valls et Sarkozy -  pour ne citer qu’eux- au service de leurs ambitions clonées, piétinent les droits fondamentaux de nos compatriotes musulmans, violent effrontément la Laïcité tout en s’en prévalant  outrancièrement  .Tout à leur course  folle  à la remorque du FN, ils sont devenus un danger permanent pour la République.

Du reste, la Ligue des Droits de l’Homme ne s’y trompe  pas, qui déclarait, le 14 avril 2016« Cet homme est dangereux, aussi dangereux que le fut Nicolas Sarkozy  lorsqu’il  s’évertuait  à  diviser les Français en catégories ». (…) « Manuel Valls piétine la loi de 1905 et la laïcité, mais il y ajoute le mépris que ne manqueront pas de ressentir ces hommes et ces femmes à qui il prétend dicter leur manière de prier, de s’habiller et même de penser. Ce n’est pas ainsi que l’égalité des droits sera rétablie, ce n’est pas ainsi que l’on fera renaître la confiance dans les principes de la République, et encore moins que l’on combattra le racisme. »

Dans son discours de Colomiers, du 29 /08/2016, M. Valls, au nom, soi-disant, «de  la place des femmes dans la société », de « la conquête de leur liberté » déclare «Nous ne pouvons pas transiger(…). Marianne, elle,  a  le sein nu parce qu'elle nourrit le peuple, elle n’est pas voilée parce qu’elle est libre ! C’est ça Marianne, c’est ça la République !»

Vous avez dit liberté des femmes ? Mais n’est-ce pas La Liberté des femmes que  ces musulmanes voilées   réclament sous le crachat et l’insulte? Et il semblerait que, malgré les transductions, pour le moins ésotériques, que les uns et les autres interposent afin de disqualifier la revendication d’un droit pourtant constitutionnellement garanti, ces femmes ont fini par ouvrir les yeux d’un bon nombre de citoyens.

 Par ailleurs, M. Valls n’a tout simplement pas le droit de la confisquer au service de sa seule  ambition effrénée ; Marianne nous appartient à tous et à toutes, donc à ces musulmanes voilées aussi .Ces dernières ont les droits et les devoirs de la citoyenne, donc le droit de pratiquer la religion de leur choix.

Marianne  garantit la liberté des cultes, le culte juif cher au cœur  de M. Valls aussi. Sa plaidoirie véhémente relève de la lapalissade ou mieux d’une équivalence logique sinon d’une boucle du même nom. (Il y a comme une entrave, pour voir la vidéo il faut aller d’abord sur YouTube puis copier-coller  https://www.youtube.com/watch?v=vG9Ayybz_Uo :). Dans cette vidéo, M. Valls, kippa sur la tête, défenseur – farouche et écumant tout de même - du juif de France,je vous ai trouvé magnifique ! Que n’eussiez-vous  poussé l’élégance jusqu’à  défendre le musulman de France, c’eût été là une espèce de « sirop typhon œcuménique », une potion magique universelle, apaisant, d’un même geste, tous les  écorchés vifs, le « juif errant » d’hier, le « musulman errant » d’aujourd’hui,  et moi-même, l’ « électeur errant », cocu dans sa citoyenneté !

Marianne est née de la Révolution Française, voici ce qu’elle a trouvé dans son berceau :

01frimaire an II (source : Société des Jacobins, V, p.527- 528) Robespierre déclare  que la Conventionn’a pas proscrit le Catholicisme  « son intention est de maintenir la liberté des cultes  qu’elle a proclamée » (…) il ajoute qu’on a dénoncé des prêtres pour avoir dit la messe : «  ils la diront plus longtemps, si on les empêche de la dire, Celui qui veut les empêcher est plus fanatique que celui qui dit la messe ».

Le 06 frimaire an II(source : arch. parlem. t. LXXX, p.164) Danton proteste contre les excès de certains représentants du peuple et les arrestations arbitraires « je demande qu’il n’y ait plus de mascarades antireligieuses dans le sein de la Convention » (…) «  tout homme qui se fait ultra-révolutionnaire donnera des résultats aussi dangereux que pourrait le faire le contre-révolutionnaire décidé ».

Le 08 frimaire an II (source : Société des Jacobins, V, p.535) Robespierre dit ne pas admettre que l’on couvre «  d’un zèle antireligieux »une attitude contre-révolutionnaire, que l’on encourage ceux qui disent«  qu’un peuple religieux ne peut pas être républicain ».

Le 16  frimaire an II (source : source : arch. parlem. t. LXXXI, p.30)  La Convention prend un décret qui par son article1  « défend toutes violences ou mesures contraires à la liberté des cultes ».

Le 19 frimaire an II ( source :lettre du 19 frimaire .Recueil des Actes , t.IX, p. 285) Le Comité de Salut Public adopte les mesures présentées par Barère visant à rassurer les citoyens quant au respect de la liberté  des  cultes  et  ordonne  au  représentant  Ingrand :  « laisse  les  idées  religieuses  s’affaisser  et tomber d’elles-mêmes .C’est de la persécution que sont nées ces guerres horribles appelées sacrées »  (…) « continue à présenter la lumière , mais qu’il ne tombe du flambeau aucune flammèche  sulfureuse ! »

Si on excepte « Vichy », les cinq Républiques qui se sont  succédé  ont respecté ce principe.

Par  la  loi de décembre 1905, La  3ième République, sans renier sa fidélité à la liberté des cultes, a coupé définitivement le lien  entre « le Spirituel et le Temporel » (traduit depuis pas la séparation de l’Eglise et de l’Etat) que l’Eglise Gallicane tentait de renouer. En effet, les trop nombreuses interventions et  réunions publiques de certains ministres des cultes ont été jugées  contraires aux Articles Organiques du Concordat  et partant, au Code Pénal de l’époque,   auquel ces derniers étaient annexés.

Les souverains pontifes régnaient sur l’Europe Catholique. L’Eglise Catholique Apostolique Romaine était une superpuissance transnationale à deux leviers : Le Pouvoir Spirituel, demeuré à peu  près incontesté pour les tenants de ce culte, et le Pouvoir Temporel, souvent contesté, lui, par des Rois et Empereurs,  bien sûr, mais aussi par les cités romaines (cf. tribulations des Guelfes et Gibelins). L’excommunication était l’arme ultime des souverains pontifes contre les récalcitrants ; elle a été mise en œuvre, par exemple,  contre  Philippe le Bel, Fréderic II, et  Louis XIV, Napoléon I.

S’attaquer à la toute puissante Eglise Catholique Apostolique Romaine d’alors, requérait bien du courage : la 3ième République naissante l’a eu.  

Que dire du courage de ceux qui  martyrisent  le souffreteux Islam de France depuis 30 ans ?Les résultats, eux, sont terrifiants…

Aujourd’hui, si vous aspirez à un avenir politique ou  journalistique, si vous avez un livre à vendre,  si vous courez sous la bannière de tel lobby ou tel autre , essuyez vos chaussures sur la dignité et le droit du Musulman ,et vous êtes les bienvenus.

Nos yeux rivés sur notre nombril, il nous est manifestement difficile de nous juger nous-mêmes ;  reconnaître nos erreurs est une gageure. Vivement donc  un nouveau Robert O. Paxton qui mettrait  à nu les responsabilités des uns et des autres  dans cette  dynamique mortifère  qui empoisonne notre société et  broie, au quotidien, toutes les innocences.

M. Valls, dans son discours de Colomiers,  ajoute : «Nous devons protéger les musulmans de France et les aider à bâtir cet Islam français  ».

Chiche !

Par ailleurs. Le choix de M. Chevènement pour diriger la Fondation pour l’Islam de France  devrait être vu comme un « arrache-clou ». Le « clou de Djeha », devrais-je préciser à l’endroit de M. le Recteur de Lyon, Kabtane, manifestement blessé par la nomination d’un non musulman à cette place, où, pourtant, il n’y a que des coups à prendre pour l’instant.

La nomination de M. Chevènement, notoirement pas musulman, à la tête de cette fondation, libère dorénavant l’Islam de France des sempiternelles suspicions qui l’accablent : un premier  pan du plan de bataille de ses ennemis de toujours tombe d’un coup, un seul. Voulu ou pas, d’un mal naît un bienfait salutaire loin d’être négligeable ; tant pis pour l’élégance de la forme, si la justice et la paix civile sont au rendez-vous. Ceux qui  crient à l’ingérence de l’Etat dans les affaires d’un culte au mépris de la loi de 1905, ont, bien sûr, raison, mais pas complétement : qu’ils n’oublient pas que cette loi dit aussi, que la police des cultes reste à l’Etat (Cf.  Loi de décembre 1905, chapitre Police des cultes).

Mais puisque nous avons introduit notre bistouri à l’intérieur de l’abcès de fixation , attirons , mine de rien, l’attention de M. Chevènement sur le fait qu’il y a , juste  là,  l’Alsace qui bénéficie d’un statut particulier  lui permettant  d’entretenir certaines  institutions religieuses et de former leurs cadres avec nos impôts à tous - donc avec les impôts de nos compatriotes musulmans  aussi .Il serait , pour le moins,  équitable qu’elle formât  également les imams de France .Ce mal, né du viol hulan de 1870, se découvre,  miraculeusement , investi d’une charge potentielle de bienfaits inestimables.

Ne nous y trompons pas, résoudre le problème de la formation des imams nationaux, c’est culbuter le deuxième pan du plan de bataille de ceux  qui exploitent le gisement, quasi inépuisable, de  l’« Islamisme-Terrorisme-Laïcisme-Ethnocentrisme-Assimilationnisme ». Privé, donc, de cette paire, Il ne resterait alors que de vieux beaux impuissants, errant  le bigoudi inutile à la main, dans le champ de ruine de leur monstrueuse  et meurtrière ambition.

Je rassure d’avance  les « fielleux » de tous les bords, on n’a même pas à toucher aux lois existantes. Nos Lucky Luke du  Légiférer-express peuvent se détendre, je sais leurs doigts et leurs langues perclus de tendinites, depuis le temps qu’ils sont à la manœuvre !

M. Valls termine  son discours de Colomiers,  en déclarant : «J’ai mes convictions,  […] j’ai mon éthique de comportement […] J’appelle chacun à avoir de la dignité, de l’exigence, du collectif, du sens de l’intérêt général».

A l’évidence, ces qualités qui fleurissent, superficiellement, sur les lèvres de  M. Valls et qu’il exige des autres commencent d’abord par le respect des lois de la République, de sa Constitution, de son Histoire,  en peu de mots, des  Valeurs de la France. « C’est au pied du mur qu’on voit le maçon » dit le dicton ;  au pied du mur des Valeurs de la France, je ne vois ni M. Valls ni M. Sarkozy.

Retournons-nous sur notre passé récent, observons  combien ces Valeurs de la République sont bafouées par ceux-là  mêmes qui s’en prévalent au quotidien. Dans une déclaration, au journal La Provence, datée du 17 août 2016, M. Valls - au mépris de la décision du Conseil Constitutionnel -  affirme « comprendre » et « soutenir » les maires auteurs des arrêtés d’interdiction du « burkini », lequel «  n’est  pas compatible avec les valeurs de la France et de la République ». « Je comprends les maires qui, dans ce moment de tension, ont le réflexe de chercher des solutions, d’éviter des troubles à l’ordre public ».

Tristes temps. Dans ce cas d’espèce, il n’est question que de pompiers pyromanes : par arrière-pensée électoraliste,à dessein donc, en violation flagrante des lois de la République, les troubles à l’ordre public sont générés et entretenus par ceux-là mêmes qui sont censés nous en préserver.

Pourquoi à dessein ? me demanderiez-vous. Tout simplement parce qu’ils savent qu’une affaire entachée de troubles à l’ordre public, arrivant devant la cour Européenne des Droits de l’Homme, ne sera pas vraiment examinée sur le fonds , autant dire  ,sa saisine est disqualifiée d’emblée.

Dans cette dynamique coupable, Valls et Sarkozy sont frères siamois .Ils concourent à la ruine de notre démocratie et, à bien y regarder, tout un chacun  constaterait qu’il n’y a pas que les musulmans de France qu’ils  prennent pour des enfants, comme le signale la LDH, ils  méprisent tous les citoyens.

                                                                                                               Belab.

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