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Billet de blog 9 sept. 2016

Le Sarcome au cerveau de notre République laïque

Contrairement à nos compatriotes musulmans, les chrétiens, les juifs, les homosexuels et autres minorités votent, eux. Il semblerait que M. Sarkozy ne pense pas autre chose de l’abstention maladive des musulmans qui amène les politiques à faire peu de cas de leur citoyenneté ainsi châtrée par leur propre retenue.A l’évidence, ils donnent, à leurs adversaires de toujours, le bâton pour se faire

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Le  Sarcome au cerveau de notre République laïque

 Nicolas Sarkozy, dont le nom n’est français que par la vertu des racines adventives d’un arbrisseau de deuxième génération  (voir Wikipédia) « assène » à André-Lez-Lille  , selon le journal  « le Parisien », que l’axe principal de sa future campagne sera « l’identité, la France, la République ,la culture française ». Et de marteler que « La France, c’est un pays chrétien (…) les minorités doivent s’y adapter, pas l’inverse ». Il est loin, très loin de « l’identité heureuse » défendue par son rival Alain Juppé

 Mais, sauf le respect qu’on lui doit, M. Sarkozy fait le cabot. Ce coup de langue circulaire, décoché, juste là,  est censé arrimer le vote catholique à sa traîne.

 Aux dires de M. Yves Préault, élu socialiste du canton, Rennes Nord-Est, contrairement à nos compatriotes musulmans, les   chrétiens, les juifs, les homosexuels et autres minorités  votent, eux. Il semblerait que M. Sarkozy ne pense pas autre chose de l’abstention maladive des musulmans qui  amène les politiques à faire peu de cas de leur citoyenneté ainsi châtrée par leur propre retenue. A l’évidence, ils donnent, à leurs adversaires de toujours, le bâton pour se faire battre. S’ils veulent être respectés, ils doivent s’impliquer dans la vie de la Nation et remplir leur devoir de citoyens.

 M. Sarkozy, qui, déjà dans son discours de Grenoble, avait mis l’instituteur à la remorque du curé, tout en criant « laïcité, laïcité !», à la manière du cabri du Général de Gaulle, récidive et déclare «  la France est un pays chrétien, et les minorités doivent s’y adapter, pas l’inverse ».

 Je ne crierai pas à Pierre l’Ermite et Bernard de Clairvaux...Mais, Je suis sûr que sa propre mère, Mme Sarkozy mère, d’extraction juive, ne serait pas d’accord avec lui, comme, du reste, aucun véritable républicain .Certes la France est chrétienne, mais aussi juive, musulmane, rationaliste, libre penseuse, athée, agnostique,  libertaire, voltairienne, gay et lesbienne, en un mot : laïque.

 Et la laïcité, qui veut dire séparation des Eglises et de l’Etat, ne lui en déplaise, la République l’a arrachée, après un âpre combat contre le retour en force de la prégnance de l’Eglise Catholique Apostolique et Romaine  matérialisé par la politique de Ralliement soufflée par le Cardinal de Lavigerie à l’oreille du Pape  Pie IX et qui a vu les ministres du culte hanter les réunions ouvrières, escalader les hémicycles parlementaires, multiplier leurs  déplacements en province , transformant les messes en meetings politiques . Rappelons-le encore une fois, les manifestations publiques en question se faisaient  en violation des articles organiques liés au Concordat et donc en violation du Code Pénal de l’époque, auquel ces derniers étaient  annexés.

 Pour  son  premier  meeting  (Cf. Daily motion : Meeting de Sarkozy, Marseille, le 28/08/2016) en  tant que candidat à la primaire de la droite et du centre, M. Sarkozy déclare «  L’identité est menacée quand on laisse les communautarismes prospérer sur le territoire de la République ».

 Les ghettos, nous les avons créés par notre autisme chronique et notre refus de prendre ces gens-là pour ce qu’ils étaient déjà, et pour ce que leur enfants allaient devenir par la loi du sol (vieille de 500 ans tout de même) et par la loi du sang (puisque beaucoup sont nés d’un parent, au moins,  de nationalité française déjà) donc : des citoyens français.

 Et des citoyens à part entière, et non les Français de second rang que toise, la lippe mauvaise, M. Valls, pourtant , lui-même, Français par naturalisation à l’âge de 20 ans ( cf wikipedia) et dont la greffe est encore incomplètement cicatrisée. Voilà un homme qui, à peine sorti du ruisseau frontalier, les pieds encore mouillés, drapé de son arrogance et de son mépris, agonit le musulman, même celui qui, lui, est Français depuis quatre générations.

 Mais M. Valls est en service commandé, et pas celui de la République Française manifestement. En tous cas, ses congénères, en particulier ceux  de la « Retirada », humiliés, méprisés, exploités en leur temps, ne pourraient cautionner, en toute logique, l’arrogant « hidalgo » de service du PS, aucunement socialiste  du reste.

 Le débat étant pour la circonstance franco-français, laissant de côté les immigrés dont  le sort est régi par le droit international et les textes que la République Française a paraphés et qui sont donc – encore une fois – protégés par l’article 55 de notre Constitution.

 Gardons les débats franco-français : démasquons les   pousse-au-crime de tous poils. Revenons à notre  fil conducteur,  Daily motion : Meeting de Sarkozy, Marseille, le 28/08/2016.

 L’ex-Président de la République poursuit :«  quand  on  laisse  des  minorités  nous  imposer  un  mode de vie qui ne sera jamais le nôtre ».  

 M. Sarkozy, votre simplification du sujet est malhonnête. D’évidence, dans la mesure où vous n’êtes pas musulman, le mode de vie du musulman ne s’impose pas à vous. Le musulman français –musulman bien souvent par les makrouts et Zlabias de maman, uniquement  -  ne saurait  vous imposer quoi que ce soit, laïcité oblige , mais aussi, si c’est un vrai croyant,  Coran oblige , ce dernier ne stipule-t-il pas , sans équivoque, «  j’ai ma religion et vous avez la vôtre » ? (source : Coran, sourate 109, dernier verset) 

 Ce qui est déshonorant pour la République, ce n’est pas tant le musulman dont le culte est garanti par la loi de décembre 1905 et notre Constitution mais les tombes des grands- pères musulmans ( de 14/18 et de 39/40) , noirs et blancs, morts pour la France , des cimetières de Roscoff , du Médoc et  d’ailleurs qui ont été rasés aux bulldozers .Il est un peu tard pour le coup de sabot de l’âne ; s’il fallait les repousser, il eût fallu ne pas s’imposer à eux , ni  quémander leur aide quand la crue de l’histoire nous emporta et nous incita à nous agripper à toutes les branches ( cf. , les différents discours du Général de Gaulle :Alger ,  Phnom-Penh,   Brazzaville et les autres ) ni les associer à nos guerres : il eût fallu  leur arracher le fusil de la main , eux qui, sans rancune,  étaient  là au clairon du rassemblement.

 Pour votre gouverne, M. Sarkozy et Valls, je vous renvoie à la lecture d’Ernest Renan «  Qu’est-ce qu’une nation ».Jusqu’à preuve du contraire, nos ghettos concentrent, dans l’ensemble, des Français, descendants de harkis, de supplétifs de nos armées d’Indochine et d’Afrique noire ainsi que  d’émigrés, et ,dans l’écrasante  majorité ,ils venaient de nos anciennes colonies.

 Certes, ils se distinguaient, au départ,  par leurs  cultures maternelles différentes, lesquelles ont été petit à petit brassées  dans le creuset français. C’est du reste comme cela que la nation française s’est formée. Ces brassages ont donné d’abord des  sous-cultures nationales et la patine du temps les a recouvertes au fur et à mesure que  la Culture Française, ainsi élargie, les absorbait, comme l’océan absorbe fleuves, rivières et ruisseaux. Les descendants de ces sous-cultures ont acquis la quintessence de nos défauts : la contestation. A preuve, voyez  les porteuses obstinées de ce bout d’étoffe, cette muleta devrait–on dire, qui fait de  certains d’entre nous des obnubilés maladifs de préjugés et conduit  d’autres  à l’hystérie. Et voilà  30 ans  que cela dure : je n’ai même plus le cœur à en rire. 

 C’est ainsi qu’ont été absorbées les sous-cultures « Pieds Noirs» d’Algérie, italo-française à la fin du 19ième siècle,  judéo-française - plusieurs fois renouvelée, elle, selon les accidents de l’Histoire qui la caractérise -  franco-Europe centrale - dont monsieur Sarkozy lui-même est issu –  enfin, l’Ibéro-française  de  M. Valls. Messieurs  Sarkozy et Valls   aiment  bien les  communautés gay et lesbienne, « Pieds Noirs », italienne, espagnole et juive, soyons juste .Elles votent, elles.

 je n’oublie pas, non plus,  la première strate de la sous-culture arabo-française que nous avons  héritée de la Septimanie et de l’Andalousie arabe. Les écrits  de Thomas d’Aquin concernant notre héritage arabe est édifiant, j’en conseillerais aussi  la lecture à Messieurs Sarkozy et Valls.

 M. Sarkozy , marquant de très près son frère siamois , Valls , au cordon ombilical,  a tenu à soutenir "sans réserve les maires" qui ont pris des arrêtés anti-burkini "pour préserver l'ordre public" soi-disant . "Je refuse que les femmes soient voilées à l'école, à l'université, dans les services publics", a clamé Nicolas Sarkozy.

 Manifestement, par la vertu de notre morgue  décomplexée,  le  «voile-burkini» devient aujourd’hui ce que fut  le cul noir de Mme Rosa Parks égaré sur un siège réservé à des culs blancs, dans cet autobus de Montgomery, Alabama, USA, un jour de décembre 1955.

 Rappelons à tous ceux qui ont joué avec les lois de la République, depuis 30 ans,  que c’est de leur faute si nous sommes, aujourd’hui, ballotés entre Charybde et Scylla.  

 La loi n° 2004-228 du 15 mars 2004 sur les signes ostentatoires, de l’ère Chirac, n’était aucunement nécessaire. (cf. http://www.20minutes.fr/societe/1322574-20140313-20140313-la-loi-linterdiction-signes-religieux-a-lecole-na-regle-problemes).Cette loi  reprenait, en fait, le contenu de la première circulaire Jean Zay sur les signes religieux, laquelle, en son temps, a suffi à régler tous les problèmes de cet ordre. Il  eût fallu l’appliquer de nouveau, sans état d’âme  et  sans dramatiser, fermement mais avec justice, comme on le fait, en principe,  avec des écoliers.  On a préféré importer, par la vexation à l’endroit de l’Islam, par le tapage médiatique  et les crises de nerfs, feintes, des « pleureuses professionnelles, à la sicilienne » de notre P.A.F, des problématiques qui ne sont pas les nôtres, véritables boulets qui coulent la France par le fond.

 La déloyauté matérialisée par la restriction faite à cette loi, pour permettre le port de la croix - dont l’interdiction leur aurait, immanquablement, attiré les foudres conjuguées des catholiques et des protestants - a vu des légions de Tartuffe venir nous préciser  « notez bien que nous n’autorisons que les  petites croix » comme si, jusqu’ alors, les chrétiens déambulaient  avec des calvaires bretons autour du cou.

 De même, la  LOI n° 2005-158 du 23 février 2005 qui dans son article 4 stipule « Les programmes de recherche universitaire accordent à l'histoire de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, la place qu'elle mérite. Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l'histoire et aux sacrifices des combattants de l'armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit.

 Ah bon ?  Montrez-nous un seul pays colonisé  par nos soins ou ceux d’une autre puissance, qui s’en soit sorti. Aucun.

 Quant à la place éminente à laquelle ils ont droit, les vétérans morts pour la France, c’est, pour le moins, difficile de rassembler leurs cendres éparpillées par  les bulldozers de Roscoff, du Médoc  et d’ailleurs pour les loger dans un quelconque mausolée. Et claironner  le centenaire de la bataille de Verdun, urbi et orbi, n’y changera rien !

 La douleur de cette négation, d’une injustice majuscule, est d’autant plus lancinante que les cimetières des soldats américains,  anglais et même  ceux de l’ennemi d’hier sont toujours là, eux .Intacts .             

 Vous voyez, la  LOI n° 2005-158 du 23 février 2005, non plus, n’était pas nécessaire.

 Comme vous le constatez, par notre autisme à tous, par la  rancœur recuite de certains d’entre nous et  notre sempiternel mépris gratuit, nous avons  ruiné l’estime réciproque et  saccagé ce qui aurait  pourtant pu réconcilier même les plus exigeants d’entre nous.

 Le passé est mort. Ceux qui en font un instrument de leurs ambitions - meurtrières pour le coup- ne font  qu’injurier et mutiler  l’avenir.

                                                                                                        Belab.

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