Les « sniffeurs de fondements » sont-ils de retour ?

L’approche des élections le laisse croire.


Une gamine de 16 ans, excipant de son « droit au blasphème », surfe sur 30 ans d’islamophobie, elle-même campée sur notre amour-haine ancestral de nos « ex-sujet et ex-compatriote » d’Algérie. Chère Mila, on blasphème quand on outrage la divinité et la religion dominante de son pays, et/ou celle de sa propre famille et de ses aïeux ; joindre ses aboiements à ceux de la meute aux trousses, de l’Islam de France aujourd’hui, du judaïsme hier, me semble tenir de la lâcheté. Lâcheté qui, du reste, déchaîne contre elle des torrents de lâcheté en retour, via le net. Où est l’intérêt ?

C’est vrai, l’islam essentialisé par les Caroline Fourest, les Elisabeth Badinter, les Finkielkraut, les Zemmour, a quitté les « prime time »et les Unes des journaux (même celles de Marianne, c’est vous dire combien ce filon est épuisé !), les SHAF et les hommes et femmes politiques qui s’étaient gavés de la fange des tourbières islamistes, tentent désespérément d’entretenir leur fermentation. Ils en sont arrivés à « renifler » le sillage d’une gamine de 16 ans, lui faisant croire que ses propos sont sensés et expriment la quintessence de la liberté de conscience. Non, la liberté de conscience de Mila s’arrête là où commence celle de Djemila, de Tsébora, et de Marie et réciproquement – c’est la Loi, c’est la Constitution et c’est le savoir-vivre.

Je viens de revoir l’interview de Mila, la nouvelle passionaria du « droit de blasphème », une jolie gamine, magnifique de santé et d’insolence, qui a oublié d’être bête : elle profite de son passage pour promouvoir son talent de chanteuse – le « buzz » qu’elle a impulsé ne vise-t-il pas à nourrir cette promotion ?

J’ai pour ma part de l’indulgence pour les fautes de l’adolescence ; je ne joindrai donc pas mes aboiements à ceux de la meute d’en face, aux trousses de Mila. J’ai une tendresse pour la jeunesse désobéissante sans avoir le syndrome de la lolita (du reste, sur ce plan, mon âge ne me laisse plus que des souvenirs). À ce propos, une vision surgit du fond de ma mémoire, celle de Myriam, une petite fille, un garçon manqué, qui donnait volontiers dans la provocation et l’insolence. Elle crachait et disait des gros mots ; elle faisait pipi debout, générant ainsi des cratères dans la poussière du chemin de la plage et des volcans dans mon imagination de pré-adolescent boutonneux et timoré. La liberté de Myriam l’a détruite : « elle faisait peur aux braves gens » disait grand-père. Je ne souhaite pas sa fin à Mila.

Pour aider Mila à comprendre les tenants et aboutissants de la dynamique coupable dans les rouages de laquelle elle vient de mettre le doigt, je la renvoie à mes précédents articles.

 

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