Belab
Abonné·e de Mediapart

Billet publié dans

Édition

L'escarbille

Suivi par 62 abonnés

Billet de blog 11 oct. 2016

1906 : laborieuse mise en application de la loi de décembre 1905, les inventaires

On nous a fait croire que la République, dans une crise d’autoritarisme, «ici couché-assis-fais le beau » a mis l’Eglise Catholique au pied. Il n’en est rien. La République a composé avec l’Eglise et réciproquement.

Belab
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

1906 : laborieuse mise en application de la loi de décembre 1905, les inventaires

 On nous a fait croire que la République, dans une crise d’autoritarisme,  «ici couché-assis-fais le beau » a mis l’Eglise Catholique au pied. Il n’en est rien. La République a composé avec l’Eglise et réciproquement.

Le Pape Pie X avait débuté comme modeste curé de campagne. On ne s’attendait pas à trouver en lui de la finesse politique et surtout le caractère inflexible dont il fit preuve par la suite. A peine élu, le souverain  pontife entreprit  une réforme énergique et de longue haleine touchant  au  droit canon, à la  liturgie, à la discipline et aux relations franco-vaticanes. Son pontificat  - qui dura 11 ans- se distingua par son refus de  la loi française du 9 décembre 1905- bornant la laïcité- et par l’encyclique contre le modernisme.

 Ni  la  politique  de  Ralliement  de  Pie  IX, homme  peu  flexible, sous  l’influence  de    Monseigneur  de  la   Vigerie-  peu avisé ou peu chanceux - ni  la  rondeur  de  caractère  et  le sens politique  de son successeur, Léon XIII, n’ont réussi à ramener la République française  à  de  meilleurs sentiments . Quand Pie X débuta son pontificat, il trouva sur son agenda,  en suspens, quelques nominations d’évêques. Il vit là l’occasion de manifester son  désaccord.  Dans un premier temps , là  où  le  ministre  français  ne  tolérait qu’un  mot  « nominavit (il a nommé) » signifiant  que  sa  nomination  de  l’évêque  était absolue ,  le nouveau   souverain pontife   exigea «nobis nominavit (il nous a nommé)» , qui  réduisait  le  sens  à  celui   d’une proposition  , et le dernier mot devait ainsi  revenir au souverain pontife . Dans un second temps, ne voulant plus « mégoter », il  abandonna  le mot « nobis », laissant au ministre français la formule de nomination  qu’il assortit néanmoins d’un avertissement, sans équivoque, selon lequel, sous son pontificat, aucun  choix d’évêque n’interviendrait sans qu’il ne fût consulté d’abord.

Le Concordat et ses articles organiques  faisaient droit  à la République de nommer les évêques et partant, lui donnait barre  sur les affaires de l’Eglise de France. Certains républicains ont cru devoir dénoncer ce traité, mais, en même temps, craignaient  la liberté que rendrait à l’église un régime de séparation ; ils entreprirent de lui dicter au préalable une constitution comminatoire qui - tout en protestant de sa volonté de ne toucher ni à la hiérarchie de l’Eglise, ni à son dogme -  lui dictait, de fait, sa conduite ,et tout manquement l’exposerait à la confiscation de ses biens et à l’interdiction du culte.

C’est dans ce contexte que naquit la loi du 9 décembre 1905.Beaucoup de députés catholiques, ainsi que des évêques , la jugèrent acceptable.  Ces derniers entreprirent de circonvenir Pie X et de l’amener à leurs vues, en mettant en avant les dangers auxquels serait exposée  l’Eglise en cas de refus. En vain. Le Pape refusa la loi.

Les républicains étaient bien embarrassés : les sanctions - qu’ils avaient voulues, à dessein, extrêmes afin de fléchir  la volonté du souverain pontife-  devant le refus de ce dernier, se révélèrent  une source potentielle non négligeable de troubles à l’ordre public. En effet,  si confisquer les biens de l’Eglise était chose aisée, interdire le culte était d’une portée bien plus grave : les citoyens ne l’auraient pas toléré.

Aristide Briand était devenu ministre chargé de l’application de la loi de décembre 1905. Vu la tournure que prenaient les choses, dans une tentative désespérée visant à  lui sauver la face, il entreprit d’exiger de chaque prêtre une déclaration préalable écrite  sur la base de l’article 25, qui stipule «  les réunions pour la célébration d’un culte, tenues dans les locaux appartenant à une association cultuelle ou mis à sa disposition sont publiques »

Le Souverain Pontife interdit de faire cette déclaration : il refusait la loi du 9 décembre 1905, donc son article 25 aussi.

Notons l’ironie du sort : hier, la  loi sur la laïcité imposait que la religion soit publique, avec cette article 25, explicite,  et l’appui, non moins explicite, de la maréchaussée;  aujourd’hui, certains voudraient confiner la religion à la sphère privée, en se prévalant  de cette même loi qu’ils biaisent sans vergogne.

Après ce refus donc, le Ministère envoya  des agents  constater  les infractions au principe de publicité et autres délits  relevant du chapitre « police des cultes »  dans les paroisses, durant une quinzaine de jours, puis  finit par renoncer. La République coupa les vivres, l’Eglise garda  son allégeance au souverain pontife.

Un inventaire des biens d’Eglise fut ordonné .Il devait servir de préparation au régime de propriété  que la loi nouvelle imposait. Les huissiers commencèrent les enregistrements et, ce faisant,  déclenchèrent la colère des fidèles. La violence se répandit rapidement dans Paris puis en province, chaque paroisse se faisait un point d’honneur d’entraver la procédure. Les échauffourées se multiplièrent ; le sang coula ; on déplora des morts.

Le gouvernement inquiet du désordre, finit par suspendre les inventaires et ne devait jamais les reprendre. Mais la société française resta divisée durablement .L’apaisement n’intervint qu’au moment de la guerre 14/18, quand le danger ressouda la nation.

Les protestants virent, dans la loi de décembre 1905, un nouvel Edit de Nantes .Les Juifs, effrayés par les perspectives révélées par l’affaire Dreyfus,  se rallièrent avec empressement à cette loi. Cela aurait pu être  aussi la position de l’Islam de France  ,aujourd’hui  effrayé par l’irruption, sur le sol français, d’attentats induits par les désordres internationaux et par les amalgames qui en résultent, mais l’honnêteté nous force à dire que l’Islam de France clame depuis 30 ans – en vain- que la loi de 1905 qui s’applique aux  cultes Catholique,  protestant et  juif doit pouvoir s’appliquer  à lui aussi afin que la liberté de tous les cultes soit effective en toute égalité.

                                                                                                                             Belab

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Politique
Pap Ndiaye fait déjà face au cyclone raciste
La nomination de Pap Ndiaye au ministère de l’éducation nationale a fait remonter à la surface le racisme structurel de la société française et de sa classe politique, une vague qui charrie avec elle la condition noire et la question coloniale. La réaction de l’exécutif, Emmanuel Macron en tête, donnera une première indication sur la tonalité du quinquennat.
par Ilyes Ramdani
Journal — États-Unis
Dans le Missouri, l’avortement a déjà presque disparu
En juin prochain, la Cour suprême des États-Unis abrogera probablement l’arrêt « Roe v. Wade », qui a fait de l’accès à l’IVG un droit constitutionnel. Mais dans le Missouri, État conservateur du Midwest, cela fait des années que les interruptions volontaires de grossesse se réduisent à peau de chagrin.
par Alexis Buisson
Journal — Violences conjugales
Johnny Depp/Amber Heard : un risque que les procès en diffamation sapent #MeToo
Le procès en diffamation qui oppose depuis plusieurs semaines Johnny Depp à son ex-épouse, l’actrice Amber Heard, ne cesse de susciter le malaise. Outre le côté spectacle, la diffamation apparaît ici détournée de son objectif premier. Au risque de bâillonner de potentielles victimes dans d’autres affaires. 
par Patricia Neves
Journal — International
« Sauver l’Amérique », huit ans dans les pas de ceux qui prêchent l’intolérance
Qui sont ces prédicateurs qui tentent d’imposer leur radicalisation religieuse aux États-Unis ? Qui parviennent, alors qu’une majorité d’Américains soutiennent l’IVG, à guider le bras de la Cour suprême dans un projet de décision très défavorable au droit constitutionnel à l’avortement ? Thomas Haley a suivi l’un d’entre eux, filmant ses prêches, ses actions, sa vie de famille. Glaçant.
par Thomas Haley

La sélection du Club

Billet de blog
Greenwashing et politique : le bilan environnemental d'Emmanuel Macron
[Rediffusion] Talonné dans les sondages par Marine Le Pen, le président-candidat Macron a multiplié dans l'entre-deux-tours des appels du pied à l’électorat de gauche. En particulier, il tente de mettre en avant son bilan en matière d’environnement. Or, il a peu de chances de convaincre : ses actions en la matière peuvent en effet se résumer à un greenwashing assumé.
par collectif Chronik
Billet de blog
Rapport Meadows 11 : est-il encore temps ?
Est-il encore temps, ou a-t-on déjà dépassé les limites ? C'est la question qui s'impose à la suite des lourds bilans dressés dans les précédents épisodes. Écoutons ce qu'a à nous dire sur le sujet le spécialiste en sciences et génie de l'environnement Aurélien Boutaud,
par Pierre Sassier
Billet de blog
Quand Macron inventait « l'écologie de production » pour disqualifier les pensées écologistes
[Rediffusion] Au cours de son allocution télévisée du 12 juillet 2021, Emmanuel Macron a affirmé vouloir « réconcilier la croissance et l'écologie de production ». Innovation sémantique dénuée de sens, ce terme vise à disqualifier les pensées écologistes qui veulent au contraire poser des limites, sociales et écologiques, à la production. Macron, qui veut sauver la croissance quoi qu'il en coûte, n'en veut pas.
par Maxime Combes
Billet de blog
Villages morts, villes vivantes
Nouvelle édition de "Printemps silencieux" (Wildproject). La biologiste américaine Rachel Carson avait raison bien avant tout le monde. Dans de nombreux villages de France, les oiseaux sont morts. Carson nous dessille les yeux au moment où une nouvelle équipe ministérielle veut accélérer la transition écologique. (Gilles Fumey)
par Géographies en mouvement