Belab
Abonné·e de Mediapart

Billet publié dans

Édition

L'escarbille

Suivi par 62 abonnés

Billet de blog 31 oct. 2016

Patrick Buisson enfonce des portes ouvertes

« Il est arrivé que des hommes d’action, à tant s’agiter, perdaient équilibre et raison pour avoir affirmé que seul existe ce qui se voit, se pèse et se vend. » Georges Rouault.

Belab
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

« Il est arrivé que des hommes d’action, à tant s’agiter, perdaient équilibre et raison pour avoir affirmé que seul existe ce qui se voit, se pèse et se vend. »Georges Rouault. 

Pour Franz Fanon, le racisme colonial ne diffère pas des autres racismes. « L’apartheid n’est qu’une modalité de la compartimentation du monde colonial»

 Nos quartiers ghettos prolongent cet apartheid sauf que leurs habitants sont, pour une grande partie d’entre eux, français, en butte à un racisme qu’on peut qualifier désormais de néocolonial, tant la dynamique est la même. Celle-ci facilite la tâche des manipulateurs de toutes les espèces. A preuve.

Avec la même componction que le Tartuffe, Patrick Buisson « enfonce des portes ouvertes » à l’occasion  de son interview sur l’A2: «  Pour les musulmans » dit-il, «l’Islam, ce n’est pas seulement une croyance individuelle, c’est aussi une façon de faire société. Il y a une connexion totale entre la foi et les mœurs ».

A  l’évidence, ces critères généralistes, ainsi énoncés, sont  le propre de toutes les religions.  L’Islam y répond forcement mais aussi le christianisme, le judaïsme, le bouddhisme et même l’animisme.

Odon Vallet, dans un ouvrage de 1999 « Qu'est-cequ'une religion ? », éclaire cette quête du sens du sacré et  des origines  qui  se confond avec le destin même de l'Homme.  

Au fil de l’Histoire, plusieurs courants -qui sont autant de religions-  se sont émancipés d’un  tronc commun en  branches qui se sont ramifiées. Du tronc commun abrahamique  se sont dégagées les religions du Livre : juive, chrétienne  puis musulmane : le christianisme naît du judaïsme et de la philosophie grecque, l’islam se prévaut de ces trois en même temps. Le protestantisme est issu du catholicisme  de l’héritage grec et juif déjà assimilé par le christianisme  paulien

Présentant  d’innombrables variantes, l’Islam est la religion de très nombreux peuples ; partout  il s’est adapté à leurs cultures et leurs spécificités. Dans un précédent billet, l’escarbille  https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/270916/de-la-soi-disant-unicite-de-la-sharia-et-du-pseudo-monolithique-islam  donnait les différents courants de l’Islam insérés dans  leurs pays d’accueil( l’Indonésie , la Chine , les anciennes républiques soviétiques d’Asie, l’Arabie, la Turquie , le Levant, le Maghreb , l’ex-Yougoslavie, la Grande Bretagne , la France ) .

Tenter de faire croire que tous ces courants fonctionnent selon un seul et unique schéma de pensée  est ridicule. 

 M. Buisson poursuit : « Droite et gauche ont échoué  depuis 30 ans. La droite ignore le fait religieux et pratique une politique néocolonialiste. Elle répond en termes de sécurité, de moyens, à une question qui se pose en termes de civilisation ».

L’Islam de Franceest composé de descendants d’Algériens, de Marocains et de Tunisiens mais aussi  de Maliens, de Nigériens et de Burkinabés, de Tchadiens, de Nord-Camerounais ; tous sont issus de nos anciennes colonies.  Le moins que l’on puisse dire est que nous nous connaissons ; ils appartiennent à notre sphère d’influence - et donc à notre civilisation - depuis deux siècles, au moins.

Par ailleurs, les  cultures sahéliennes et maghrébines sont différentes. La colonisation du Maghreb a planté bien des coins entre Algériens, Marocains et Tunisiens, leurs particularismes respectifs se sont développés en vase clos et donnent, aujourd’hui, 3 cultures distinctes. Aussi, la question qui, selon Patrick Buisson, se poserait en termes de civilisations, « la française contre la musulmane », tourne tout de suite à l’incongruité.

Ces cultures sont différentes entres elles et constituent autant d’inclusions au sein d’un même ciment, d’une même matrice. Pour faire la France, l’histoire a inclus dans cette matrice primordiale celto-gauloise, des Angles, des Saxes, des Goth,  des Alains, des Francs saliens, des Arabes ,des Maghrébins et des Juifs (bien avant 1830) , plus tard , des Belges, des Italiens , des Polonais ,des Roumains, des Slovaques, des Suisses, des Espagnols, les « Pieds noirs »- un mélange de toutes les ethnies méditerranéennes, déjà. Le tout a créé la Nation Française (cf. La « Nation » Ernest Renan).

Quant au soi-disant communautarisme radicalisé, selon Patrick Buisson : l’Islam de France est d’obédience malékite, sans clergé ; l’individualisme est la règle. Peut-on  dès lors parler de communauté ? Le fait que l’Islam de France  ne parvient  pas à se donner une représentation semblable au CRIF ou aux Consistoires Juif et Protestant, depuis vingt ans, prouve, à l’évidence, que le sens de la communauté n’est pas son fort.

Il y a bien des communautés  en France .Elles gravitent  autour de valeurs religieuses ou athéistes, de particularismes sexuels, sportifs  et agissent  par le biais de lobbies, elles ont leurs défenseurs - journalistes, avocats, hommes politiques, banquiers, philosophes, scientifiques de toutes branches. Nous les connaissons toutes ;  elles ne ratent, du reste, pas une occasion de nous inoculer un rappel. Est-ce le cas du souffreteux Islam de France ? Non.

De tous les temps, des manipulateurs démêlent patiemment le « eux » du « nous » .Mais le « eux » varie selon les âges : avant la guerre de 39/45 c’étaient les Italiens, les Polonais, les Juifs ; au cours des années 50 /80, vint le tour du  Nord-Af, du  Crouille, aujourd’hui c’est celui du  musulman. Mais  ce sont toujours les immigrés et leurs enfants – ces derniers sont pourtant français- qui sont désignés à la vindicte publique, dénoncés comme responsables de l’insécurité, du chômage et de tous les maux de la cité.

Selon une légende, bien rôdée, Espagnols, Italiens et Polonais  ont été facilement intégrés . Il n’en est rien.

Dans un ouvrage paru en 1938, « Trois Millions d’étrangers en France, les indésirables, les bienvenus », Raymond Millet-  journaliste- montre les humiliations et la dureté de la vie qui a été faite à ces gens-là. Dans «Résistance et persécution »,  Renée Poznanski, plus récemment, montre le « problème juif » expansé à l’outrance et ce, jusqu’à la «  solution finale ».Dans son livre, « l’Exil Des Républicains Espagnols en France » Geneviève Dreyfus-Armand décrit l’effroyable destin de ces hommes et femmes de la «  Retirada », en tous points identique à celui des Syriens aujourd’hui. Pas rancuniers, beaucoup d’entre eux ont servi dans la Résistance, certains y ont laissé la vie.

Italiens, Polonais et Espagnols sont chrétiens et proviennent d’une même sphère civilisationnelle européenne. L’injustice dont ils furent victimes prouve, à l’évidence, que  le problème réside ailleurs.

Toujours avec la componction du Tartuffe, Buisson ajoute : «  La société française est bâtie sur des valeurs chrétiennes mais qui n’ont rien à voir avec la foi : la solidarité, l’entraide, le don, l’échange qui sont les valeurs constitutives de la civilisation française». 

Cela tombe bien donc car ces valeurs sont aussi celles de l’Islam. 

Pour ce qui est du ministère de l’identité nationale, que Sarkozy a créé à la demande de Buisson. « Ce débat a quand même libéré la parole raciste ? »demande Nicolas Pointcarré. Buisson répond «  j’ai proposé qu’on remette au cœur de la problématique l’identité. En revanche, j’étais radicalement opposé à ce débat autour de l’identité ».En termes plus clairs, Buisson jette un os à ronger et vient nous faire croire que son intention n’était pas de le faire ronger.

 « Quand on est au pouvoir on ne débat pas (…) on assume ses responsabilités. Nicolas Sarkozy a une fâcheuse propension à penser que dire c’est faire et que faire c’est faire croire. Qu’est-ce que nous avons à proposer ? Le débat c’est juste un leurre à  vocation électoraliste, consistant à agiter les peurs, exciter les passions de manière à tirer un profit politique personnel. La tragédie française actuelle,  c’est que nous avons des hommes politiques qui n’abordent ces questions de fond qu’en fonction de leurs intérêts du moment ».

C’est vrai, l’homme est également sur le plateau pour jeter une pierre dans le jardin de son ex-patron. Ainsi va la vie.                                                                                            Belab

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Des candidats de la majorité préfèrent s’afficher sans Macron
Contrairement à 2017, où la plupart des candidats macronistes avaient accolé la photo du président de la République à côté de la leur, nombre d’entre eux ont décidé cette année de mener campagne sur leur propre nom. Face à la gauche et à l’extrême droite, certains veulent éviter d’agiter « le chiffon rouge ».
par Ellen Salvi
Journal — Gauche(s)
Raphaël Arnault, l’antifa qui veut être député
L’ancien porte-parole du collectif Jeune Garde se présente dans la deuxième circonscription de Lyon, avec le soutien du NPA, face au candidat désigné par la Nupes, l’ancien marcheur Hubert Julien-Laferrière. L’ultime métamorphose d’un antifascisme nouvelle génération. 
par Mathieu Dejean
Journal — Migrations
En Ukraine, la guerre a déplacé des milliers d’orphelins et d’enfants placés
Les enfants représentent, avec les femmes, la majeure partie des déplacés internes et des réfugiés ukrainiens. Dans l’ouest de l’Ukraine, des orphelins de la guerre et des enfants placés tentent de se reconstruire une vie, loin de leur maison et de leurs habitudes.
par Nejma Brahim
Journal
Fusillades dans les écoles : le cauchemar américain
Une nouvelle fusillade dans une école élémentaire a provoqué la mort d’au moins 19 enfants et deux enseignants. L’auteur, âgé de 18 ans, venait d’acheter deux armes à feu de type militaire. Le président Joe Biden a appelé à l’action face au lobby de l’industrie des armes. Mais, à quelques mois des élections de mi-mandat, les républicains s’opposent à toute réforme. 
par François Bougon et Donatien Huet

La sélection du Club

Billet de blog
Déserteurs : existe-t-il une sécession des élites diplômées ?
La prise de parole des étudiant·es de Agro Paris Tech a été l’occasion pour la presse de remettre en avant l’hypothèse d’une sécession de l’élite scolaire face à la crise écologique. Qu’en disent les sciences sociales ?
par Quantité Critique
Billet d’édition
Hebdo #123 : Parole à celles et ceux qui ont déjà bifurqué
À la suite du retentissant appel des jeunes diplômés d’AgroParisTech à déserter les postes dans l’agro-industrie, nous avons recueilli de nombreux témoignages d’anciens étudiants « en agro » devenus paysans, chercheurs, formateurs, etc. Ils racontent leur parcours, les embûches et leur espoir de changer le système. Bifurquer, c’est possible. Mais il faut s’organiser !
par Sabrina Kassa
Billet de blog
Bifurquons ! L'appel des déserteuses d'AgroParisTech
Le constat est clair : ce système est un monstre à bout de souffle. Retrouvons-nous samedi midi, devant la mairie de la ville la plus proche, pour partager un repas, des idées, du concret, pour nous donner les moyens de quitter nos boulots nuisibles, construire notre autonomie matérielle localement, sans les multinationales, sans les Gafams, créer des espaces communs – fermes, ateliers, cafés... –. Et faire ce premier pas vers de nouvelles façons de vivre.
par Des agros qui bifurquent
Billet de blog
Prendre les chemins de traverse… mais à plusieurs !
Nous sommes un collectif d'une petite dizaine de personnes, qui avons décidé, à la fin de nos études en politiques locales, de prendre à bras le corps les questions climatiques, énergétiques, sociales de demain, pour y trouver des réponses radicales. Voilà l'histoire de notre parcours, depuis notre rencontre en 2018, sur les bancs de l'université.
par Collectif La Traverse