Où est Julian Assange, chantres de la « liberté de la presse » ?

Est-il encore à la prison de Belmarsh, est-il vivant, torturé puissance dix ? Les avocats de Julian Assange ne le savent pas depuis six semaines. Mediapart prétendait défendre le symbole Assange au nom de la liberté de la presse. Leur silence radio intégral sur cette question accroit nos doutes quant à la volonté affichée d’Edwy Plenel, et…

… et quant à l'honnêteté de la quasi-totalité des entreprises de presse et d’information (est-ce bien le terme ?) audiovisuelle.

Courage, omertas

Nous pourrions ajouter la question posée avec insistance par les gilets jaunes, « Où est Steve ? », ce jeune nantais coupable de danser sur les quais de Loire un matin de fête de la musique. Victime collatérale de plus dans ce champs de ruine d’un camp occidental qui n’a pas fini de vendre son âme au diable. C’est peu dire que Mediapart n’est pas très virulent sur cette question ; notons l’absence de détails sur les méthodes et l’ampleur des recherches menées (?) pour retrouver le corps de Steve Maia Caniço, dans le dernier article publié deux semaines après le drame (*) ; mais aussi le peu d'analyse sur la responsabilité du diptyque Président-Ministre/Macron-Castaner quant au sentiment d'impunité qui désinhibe les agissements de certains petits chefs policiers.

Autre silence assourdissant : l’alarmant diagnostic de « torture psychologique », fait le 31 mai par le rapporteur à l’ONU à la torture, Niels Melzer. Mediapart a beau jeu de relayer la brève de l’agence Reuters, insuffisante par définition, peu lue et clairement euphémisante, qu’il y ait ou qu’il n’y ait pas volonté d’édulcorer la nouvelle. Nous avons par chance croisé François Bonnet à la sortie des agréables locaux mis à disposition par la mairie de Paris, selon des termes locatifs qui ne sautent pas aux yeux de Google. Ce fut très difficile de faire dire à Monsieur Bonnet que Mediapart n’avait pas recueilli le témoignage de Niels Melzer depuis moins d’un an, c’est à dire bien avant le récent diagnostic onusien. Pour un journal qui connait bien Niels Melzer, dixit François Bonnet, qui a toutes facilités pour l'interviewer et ne le fait pas, c’est faire peu de cas d’un citoyen subissant une « torture psychologique » sur le sol européen.

MODUS-OPERANDI

Pour ce qui est de la probabilité que Julian Assange soit actuellement, le diable sait où, dans les poignes de la CIA (excusez ce gros mot en trois lettres que Mediapart n’a pas daigné citer (**) au sein des cinq articles publiés sur le cas Assange post-kidnapping, et nous les “remercions“ de laisser cette responsabilité à des citoyens sans défense ni moyens), la lecture d’une étude publiée en 2017 par des universitaires es sciences sociales du Royaume-Uni, permet de s’en faire une certaine idée. Elle traite notamment du « programme de restitution, de détention et d'interrogatoire » mis en place selon eux par la CIA, en se basant sur la méthode développée par le chercheur Mégrét (sic), qui, recoupée avec les modus-operandi observés de par le monde, aboutit à une grille d’analyse très fiable. Pour ceux des lecteurs de ce billet qui verraient en ce paragraphe des signes de complotisme, nous les invitons :
- à vérifier la définition de ce terme.
- à lire ici notre démontage de l’article de Le Monde, où nous démontrons qu’il est aisé de se vautrer dans le confusionisme le plus confus, en prétendant mettre à nu les vecteurs de complotismes (parfois peut-être en ciblent-ils des véritables ? une question de plus).

Quatre jours après le kidnapping (autre gros mot peu utilisé qui pourtant repose sur des textes légaux sur lequel des juristes se penchent) de Julian Assange par la police britanique, Edwy Plenel évoque Julian Assange et « son obscure complaisance, à tout le moins, pour le pouvoir russe et son jeu géopolitique ». Notre édition Libérez Assange Éthiques et Médias, bien en vue de la rédaction Mediapart (en termes d’infrastructure numérique et propriétaire du moins), a démontré les fautes déontologiques des articles de Jérome Hourdeaux sur lesquelles Edwy Plenel s’appuie implicitement, lesquels articles mènent à des constats implicites ou explicites erronés ou à tout le moins déroutants. Or après de longs mois d’attente, Mediapart n’a pas corrigé ces erreurs. Erreurs de grammaire ?
Révisions post-bac : Une complaisance, des complaisances, de complaisance. Singulier, pluriel. Indénombrable.

Le 12 avril, Mediapart titrait : « Derrière les poursuites contre Assange, les menaces sur la liberté de la presse ». Après avoir scanné le traitement du cas Assange d’une presse s’étalant de l’OBS à Le Monde à Mediapart, nos interrogations citoyennes mènent à la question suivante : les entreprises de presse et d’information ont-elles réellement la volonté d’exploiter la « liberté de la presse » dont elles disposent à divers degrés, ou ont-elles abandonné des pans entiers de cette liberté avant même d’avoir tenté de la mettre en œuvre ?

En attendant, le sort de Julian Assange, duquel nous citoyens informés via de nécessaires chemins de traverse, ne nous indiffère aucunement puisque son sort préfigure celui de nos droits et libertés. Son éthique est limpide et ses fautes ne sont certainement pas celles déversées dans les journeaux. Son sort nous concerne, nous inquiète, nous révolte.

Nous attriste.

Chantres de la « liberté de la presse », quel sommet d’indifférence avez-vous atteint pour ne pas vous inquiéter publiquement du sort d’un citoyen hyper-traqué, supposé être enfermé dans une geôle européenne, alors qu’aucune nouvelle de lui n’a percé aucun Mur depuis maintenant six semaines ????

PS Céline. La situation des lanceurs d'alerte continue de se dégrader. Billet du jour de notre amie Céline Wagner, À LIRE ICI

PSssss. Les retours de citoyens sur ces articles nous font comprendre que la désinformation marche trop bien. NOUS RÉPÉTONS DONC QUE JULIAN ASSANGE N'A PAS COMMIS D' "AGRESSION SEXUELLE" ET ENCORE MOINS DE "VIOL". LES DÉPOSITIONS DES DEUX PLAIGNANTES VISENT UN COMPORTEMENT LIÉ À L'UTILISATION DE PRÉSERVATIFS LEUR AYANT FAIT COURIR, SELON LEURS DÉPOSITIONS, UN DANGER DE CONTAGION OU DE CONTRACEPTION.

JULIAN N'A JAMAIS ÉTÉ ACCUSÉ NI DE VIOL NI D'AGRESSION, CAR LA PROCÉDURE DE JUSTICE SUÉDOISE S'EST TOUJOURS ARRÊTÉE AU STADE D'ENQUÊTE PRÉLIMINAIRE, LA 1ère CLASSÉE SANS SUITE, LA 2ème MENÉE PAR UNE PROCUREURE AUX INTÉRÊTS QUESTIONABLES QUI A LAISSÉ TRAINER LA PSEUDO ENQUÊTE PRÉLIMINAIRE PENDANT SIX ANS !!!!!!

VOUS AVEZ VÉCU DES PRÉLIMINAIRES QUI DURENT AUSSI LONGTEMPS     ?????????????????????

 Pour le reste, nous avons tout écrit et réécrit, et enquêté. Ce qui reste, c'est le constat d'un citoyen honnête. D'un citoyen traqué.

 

 

(*) : Sur ces questions sensibles, les journalistes ne sont pas en cause. C’est à la direction du journal de monter au créneau. Ils.elles ne l’ont pas fait. Un mois bientôt que le « disparu » a disparu.

(**) : Le 15 avril, Edwy Plenel mentionne avec pudeur que «  Il y a tout à craindre du jury longtemps secret mis en place pour traquer Assange… ». Combien sont-ils, d’où viennent-ils, Monsieur Plenel ? WikiLeaks n’ont-t-il pas dévoilé de précieuses informations à ce sujet ?

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