Les moralistes crucifient Assange. “Crucifions“ les moralistes ! Acte I

Relativisons, crucifier cela ne se fait plus, de nos jours, non? Et nous sommes tous le moraliste d’un autre. Une seule question : Julian Assange a-t-il outrepassé nos conceptions éthiques et/ou politiques individuelles ? Nous avons creusé. Notre conclusion est nette : morale et politique convergent vers la nécessité de le DÉFENDRE = CONQUÉRIR nos libertés. À vous de juger.

Depuis douze jours déjà Julian Assange est enfermé à la prison de Belmarsh, le « Guantanamo Bay » anglais selon une journaliste de BBC news. Au moins neuf personnes soupçonnées de terrorisme s’y sont rongées les ongles durant trois ans, sans preuves, sans procès. Ambiance.

Du Monde au Guardian au NewYorkTimes, la presse mondiale est unanime pour s’en émouvoir… du bout des lèvres.
Reconnaissance : 0
Indifférence : 95 - mention spéciale à Edwy Plenel -

Plaidoyer : 1 - un titre de défense d'Assange explicite par Libération. On ne les attendais plus.
Bottage en touche : 1 - Prix du Jury hors catégorie pour l’OBS, au finish -

Y’en a qui ont du bol. L’OBS sort le jeudi, sept jours après l’arrestation de Assange, deux jours après Notre Dame. Assange est condamné et oublié, son nom n’apparait pas en couverture, ni au sommaire, juste une page perdue, 100% objective, à côté d’une page de pub pour TOTAL, titrée « 10 choses à savoir sur Julian Assange ». La classe. Sur les thèmes « Apôtre », « Secte », « Icône » se dessine une croix imaginaire.
Émotion : 0. Pour l’OBS, l’arrestation d’Assange est un non-évènement. Chapeau les artistes.

Si nous paraissons ici prendre les choses à la légère, c’est que le ton grave, sérieux et pseudo-objectif des écrits journalistiques nous apparait de plus en plus déconnecté d’une réalité de moins en moins exprimable par les mots plats.

Portrait de Julian Assange par @ Céline Wagner. © Céline Wagner Portrait de Julian Assange par @ Céline Wagner. © Céline Wagner

 

APARTÉ           —————————————————————————

Ceci est un aparté. Et ça n’est que le premier. Car nous tentons de dépoussiérer tout ça et nous-mêmes avec. Et que la patience dans l’urgence est une qualité requise pour défendre Julian Assange. Et comme la dominance nous gave de vessies avariées depuis des lustres, et qu’il est large temps de s’attaquer aux vrais problèmes, autant que ceux qui nous suivent soient opiniâtres; la lecture diagonale reste une option… Venons-en à un fait post-remémoré, d’une rencontre avec un.une journaliste de l’OBS à la première tentative de nuit jaune des GJ à République; z’avait gilet jaune, et l’avait courageusement avoué à son équipe éditoriale. Alors l’avait pas reçu grosse promotion depuis novembre. Z’avait de la chance, sa spécialité lui laissait une micro-sphère de liberté, et Z bataillait pour imposer des sujets pertinents. Notre collectif a un rêve : libérer Z et tout l’alphabet.

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Dégâts collatéraux

La lanceuse d’alerte Chelsea Manning a été arrêtée pour refus de témoignage sur Assange. Malgré le caractère explosif des fuites de Manning, WikiLeaks avait réussi à préserver son anonymat. Manning a été repérée par son imprudence. Ce qui n’enlève rien à son courage, à sa dignité, et à son sens des responsabilités.

Cofondateur de WikiLeaks, le suédois Ola Bini a été arrêté en Équateur le même jour qu’Assange. C’est un expert en sécurité et cryptographie numériques. Dans son dernier tweet il redoute "une chasse aux sorcières".

L’informaticien norvégien Arjen Kamphuis, associé avec Julian Assange, a disparu le 20 août dernier. Qu’il ait été enlevé ou qu’il se soit caché, le lien avec la « chasse aux sorcières » laisse peu de doutes. Aucun article récent, lu par nous, n’y fait mention. Par chance pour les journalistes, son livre « La Sécurité de l’information pour les journalistes » avait déjà été publié. À n’en pas douter, les coordinateurs des FrenchLeaks et autres effets collatéraux de WikiLeaks sauront s’en rappeler.

Dans l’article de Jérome Hourdeaux « Julian Assange, l’histoire d’une déchéance » (noté A1 par la suite), peut se lire : « Au fur et à mesure des années, Julian Assange fait peu à peu le vide autour de lui ». Quatre jours plus tard, Edwy Plenel dépeint « son aventurisme égocentrique dans la gestion de WikiLeaks qui a fait le vide autour de lui. », dans son papier « Quand ils sont venus chercher Assange » (noté A3).

Nous n’avons lu dans un aucun média l’analyse de comment la pression folle exercée sur ses employés par le pouvoir occidental ligué contre WikiLeaks, comment cette « chasse aux sorcière » a pu « faire le vide » autour d’Assange, et finalement affecter sa lucidité, de manière manifeste à partir de 2017, où de sa cage sans fenêtres et big-brotherisée il commence à publier des tweets à tout le moins mal pensés.

Et quand WikiLeaks organise avec succès l’ex-filtration d’Edward Snowden en Russie, doit-on dire que l’aventureux Assange « fait le vide autour de lui », ou qu’il assume ses engagements de sécurisation des sources ?

L' « égocentrique » Assange n'en fait rien transparaitre dans ses moult interviews. Nous y lisons et entendons des paroles altruistes, à propos de la liberté des autres plus que de la sienne, un tempérament non-rancunier quand il laisse la porte ouverte à François Hollande qui lui a refusé l'asile, une constance à utiliser le "nous" lorsqu'on l'interroge sur WikiLeaks : « nous avons travaillé au mieux de ce que nous sommes capables, il nous a fallu réunir toute notre concentration pour ne pas nous tromper...». Malgré la masse de documents délivrés aux médias, tous étaient authentiques, ils ont réalisé l'impossible, celui de ne pas se laisser manipuler par leurs sources quant au contenu; quand Edwy Plenel affirme « sa dérive déontologique vers la diffusion brute de documents, sans travail de vérification », alors que bien souvent les documents étaient fourni aux médias pour partager le travail de vérification, et qu'aucun détail de cette « dérive » n'est donné par lui-même, nous ne manquons de nous étonner. Rappelons que le Canard Enchainé lors de l'affaire Cahuzac, lui, s'est laissé manipuler au premier ordre, malgré leur forte expérience et au détriment de Mediapart.

Le professionnalisme de WikiLeaks est rarement mis en balance quand la grande accusation de la chute d'Hilary Clinton est évoquée.

Retour aux sources

Julian Assange s’est réfugié en 2012 à l’ambassade d’Équateur, accusé par deux suédoises d’abus sexuels. Les lois suédoises identifient les actes décrits par les plaignantes, comme délits sexuels « de gravité moindre ». Il eut été intéressant d’avoir une traduction commentée des textes de loi suédois. De solliciter un juriste français qui explique comment ces actes sont qualifiés dans le droit français. Nous n’avons pas les moyens dont dispose la presse. Nous aurons besoin pour défendre Assange, de l’appui des citoyens informés et déterminés.

Quelle vision en a l’ingénu qui a la chance de ne pas regarder la télé, et a lu les quatre articles de Mediapart à compter du 13 avril ?

Extraits :
A1 :
- Elles expliquent avoir eu des relations sexuelles avec lui. Celles-ci étaient consenties, mais il n’aurait pas utilisé de protection et les deux femmes craignent pour leur santé.
- [ Selon le Guardian] Julian Assange aurait « fait quelque chose » au préservatif pour l’endommager ; dans l’autre, il aurait profité de l’endormissement de sa partenaire pour ne pas mettre de préservatif, sans la prévenir. En Suède, ces faits sont assimilés à une forme de viol […]
- Avec ces accusations sexuelles, Julian Assange tombe de son piédestal. Son image de chevalier blanc se fissure…
A3 :
- « Il y a plein de raisons légitimes d’être indifférent au sort de Julian Assange, […] les accusations de violences sexuelles qui le visent en Suède;… »

L’ingénu constate le consentement des deux femmes, mais reste interloqué sur le « aurait profité de l’endormissement de sa partenaire ». Avec ou sans préservatif, cela se rapproche du viol, quand il s’agit d’une femme dormante, rencontrée le jour même. Dans la tête de l’ingénu, l’« image de chevalier blanc [d’Assange] se fissure », surtout quand le journaliste le confirme, et qu’il n’est pas curieux. S’il l’est, il tombe par exemple sur Le Figaro : « Les avocats d'Assange font eux état d'un SMS où elle se déclare plutôt «à moitié endormie», et ne parle pas de viol. » La différence est de taille. D’autant que la première femme l’a ensuite hébergé une semaine chez elle, déclarant sur twitter être « avec les gens les plus cool et les plus intelligents du monde ». Et que la femme semi-endormie lui a payé son billet d’avion de retour. Quant à la « forme de viol » mentionnée par médiapart, était-il utile de préciser que la justice suédoise le classait comme viol « de gravité moindre » ? Nous pensons que oui, c’était utile. Même si cet aspect légal ne change rien au fait que si Assange savait qu’il ne respectait pas la volonté de sa partenaire de se protéger, cela aurait provoqué une situation grave, de l’ordre du délit sexuel (le point de vue d’une féministe emploie ces termes), ou tout au moins d’une trahison de confiance caractérisée.
En l’absence de procès et de confrontation entre Assange et les plaignantes, réclamé à l’époque par lui-même, le jugement moral de ces actes repose sur un certain flou. Mais c’est bien sur les circonstances, et non sur les mots, de « viol », ou de « violences sexuelles » selon le qualificatif d’Edwy Plenel, que chacun de nous peut effectuer un jugement éthique, aussi partiel soit-il.

Or, si l’on s’en était tenus aux mots et circonstances publiés par médiapart dans cette période récente et critique, nous aurions été hésitants, nous collectif de cette édition, à nous engager dans la défense de Julian Assange; version récente des faits que nous considérons sans hésitation comme étant à charge, volontairement ou non de la part de la rédaction, laquelle ne s’est pas prononcée collectivement comme elle a pu le faire sur certains sujets.

Si nous paraissons ici faire la police aux organes de presse, c’est que leur “prudence“, compréhensible à certains égards, laisse apparaître plus ou moins explicitement des jugements moraux auxquels la seule réponse possible, au-delà des faits, est d’une teneur morale. Le choix de la rédaction d’Edwy Plenel de mettre l’accent sur la question morale d’Assange et de son organisation nous parait tout à fait sain et justifié. Ce que nous n’acceptons pas, c’est l’inadéquation entre une présentation des faits dont la rigueur est selon nous insuffisante et le spectre d’analyse trop étroit, en regard au jugement sévère et catégorique selon lequel c'est la « raison d'État » qui nous pousserait à défendre Assange, et non l'homme lui-même, duquel objectivement nous serions amenés à être « indifférents » à son sort.

Nous continuerons de montrer le contraire.

Empêchons l'extradition de Julian Assange. Libérons le.

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Pétition pour les pétitionnaires : signée par > 120 000 personnes, celle-ci nous semble la plus consensuelle.

À suivre sur notre Édition : d'ici demain soir, nous traiterons de la tyrannie, de la russie, des États-Unis.

Un agenda "Pour Assange, Actions et initiatives " est mis à jour pour informer des actions et mobilisations. Nous sommes preneurs de toute information des lecteurs.

Notre collectif s'est étoffé. Nous sommes trois à "signer", mais la relecture est plus large.

Si quelqu'un connaissait quelqu'un qui connaisse quelqu'un qui a des facilités d'imprimerie, cela serait d'une grande aide pour la cause.

Et des avocats ou juristes qui connaissent bien la situation de Julian Assange à Londres, de même.

Et un grand merci à l'auteure-graphiste Céline Wagner pour l'autorisation d'utiliser son portrait de Julian Assange.

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APARTÉ 2         ————————————————————————

Nous oubliions. L'un.e de nous avions rencontré Z à 18h30. En revenant sur la place à 20h30, nous constatâmes que la place de la République, nettoyée de ses âmes par une dose de lacrymogènes industriellement épandue, comptait cinquante policier pour un gilet jaune. Nous n'avons pas pu aller plus avant vers "eux" ce soir là. Plus difficilement samedi dernier, mais à 19h00 les interpellations et coups de tonfa étaient terminés. Et autour de la statue, la diversité d'opinion des gilets jaunes rivalisait avec leur empressement à offrir à boire et à causer gaiement ou véhémentement d'une autre polis, grecque d'origine, et certainement se déroulait la même allégresse dans mille et vingt trois autres lieux. Nous n'idéalisons rien. Simplement dans ces lieux et mille autres lieux sans gilets, la contradiction est rendue possible face à face, respect contre respect, sans écran interposé. La hantise des puissants.

Les grecs avaient un mot pour la confrontation pacifique : l'agonisitique dans l'agôn. Nous en reparlerons.

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À tous : sur cette page, envoyez vos suggestions, opinions, potentiels de défense d'Assange. Ou lisez nos autres articles qui démontrent qu' aucune accusation éthique ou politique d'Assange ne tient vraiment. Et si vous pensez le contraire, argumentez, nous y répondrons. Merci pour lui, pour WikiLeaks, pour nous-mêmes, pour la décence, pour nos libertés.

 

 

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