Billet de blog 24 avr. 2019

Pour et Avec Assange, décrétons close l’ère de l’Indécence. Acte II scène I

Tyrannique, Assange ? Lui qui n’a le pouvoir que de se et de nous défendre, aurait le pouvoir et l’indécence d’un tyran ? Révisez votre lexique. L’indécence suinte de tous les lieux de pouvoir, certes non de WikiLeaks ni de son icône. S’il y avait lieu d’indécence, ce dont nous avons trouvé zéro preuve, elle se nommerait différemment et jamais n’aurait l’impact de l’Indécence.

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Un tyran à la tête de WikiLeaks ?

Envoyé seul au charbon sur la rédaction de deux articles, Jérome Hourdeaux est rejoint au lendemain du week-end par Edwy Plenel, qui peut se reposer sur ses analyses. Ce dernier peut alors alléguer en introduction de son partis pris "Quand ils sont venus chercher Assange", que « Il y a plein de raisons légitimes d’être indifférent au sort de Julian Assange… ».
Parmi d’autres, une « raison légitime » de l’argumentaire de son employé dans l’histoire d’une déchéance, c’est que « beaucoup s’interrogent… sur la ligne éditoriale de Julian Assange », illustrée par des discours qui « surprennent », dont celui « dans lequel il appelle “à oublier le concept de liberté individuelle, qui n’existe plus“ ». C’est très choquant, en effet ; pas pour tous les « libéraux », somme toute : le philosophe libéral de gauche John Dewey déclarait dès 1935 la défaite des défenseurs de la liberté individuelle et collective; mais cette citation est surtout une faute de précipitation. Hors contexte, c’est exactement le contraire de ce que disait Assange. À la suite des révélations de Snowden en lien avec WikiLeaks, révélant les interceptions massives réalisées à l’intérieur du Royaume-Uni, Assange s’exprime par écran interposé : « On savait que les mails venant de l’étranger étaient captés, mais il y a deux semaines, on a découvert que cela se passe aussi à l’intérieur du pays, […], mais aujourd’hui les technologies sont beaucoup plus faciles à gérer c’est pourquoi cela va se développer, c’est pourquoi nous devons oublier ce concept de liberté individuelle, qui n’existe plus. Nous devons faire attention de quelle est la société qui va naître en résultat de ce qui se passe. Nous devons comprendre quels sont les mécanismes qui nous permettront d’éviter le conformisme…».
Trop pressé d’interroger l’éthique de l’autre, on finit par s’emmêler les pinceaux de sa propre éthique journalistique. Et la tournure s’aggrave quand votre directeur éditorial reprend implicitement vos écrits sans les corriger lui-même. Faut dire qu’Assange, y cumule, non ?

Cet aventurisme « égocentrique » a « fait le vide autour de lui », et Edwy Plenel donc, y verrait une des raisons « d’être indifférent au sort de Julian Assange ». Edwy Plenel invite-t-il donc à continuer à faire le vide ? Non, il appelle à soutenir Julian Assange en se bouchant le nez. En visitant la puante tannerie à la médina de Fez, les marocains offrent un brin de menthe pour soulager les narines. Mediapart pourrait-il faire un appel à dons pour distribuer de la menthe aux défenseurs d’Assange ?

Le talentueux "staffer" James Ball

Autre raison plus “solide“, Jérome Hourdeaux relate les propos de James Ball, journaliste qui a claqué la porte de WikiLeaks en 2011 après trois mois de service, excusez du peu, avant de rejoindre le Guardian, journal anglais « en pointe dans la dénonciation des fake news », selon Serge Halimi du Monde Diplomatique dans son papier, ironique et inquiet, sur « L’honneur perdu du « Guardian » ? ». James Ball « décrit […] un Julian Assange tyrannique, plus préoccupé par sa propre défense que par les idéaux de WikiLeaks. » Nul doute qu’un employé aussi endurant est légitime pour défendre les « idéaux de WikiLeaks » contre un Assange qui est traqué depuis l’âge de 17 ans pour ses incursions numériques au sein du pentagone (6 ans de procédure judiciaire) et la suite que l’on connait. Dans le papier du juvénile James Ball, le mot tyran n’est pas prononcé. Écoutez bien. Il décrit la scène d’un diner lors d’un séminaire réunissant le staff de WikiLeaks et ses « supporters ». Le sujet ultra-sensible des câbles diplomatiques US est abordé sans censure, marque de confiance extrême pour le « tyran » Assange. Il annonce la décision de publier tous les câbles, sans sélection. [Et s’il y avait eu sélection, les adeptes de la bien-pensance n’auraient-ils pas pu accuser WikiLeaks de censure malintentionnée ? ]. Une décision en ligne avec leur philosophie de la transparence, visiblement soutenue par la majorité du cœur de la rédaction, puisque Ball ne cite que des associés qui défendent devant lui cette décision, dans un lieu qui est un diner et non une instance de décision. Qu’un petit « staffer » embauché pour trois mois ne soit pas écouté par Assange et ses partenaires ne laisse aucun doute quant à l’attitude « tyrannique » d’Assange. Limpide. Ceci constitue une première erreur de dé-contextualisation par le journaliste de médiapart, elle est de taille. L’insignifiance et l’inexpérience de James Ball saute aux yeux. L’innocence de son embauche au Guardian avec un CV WikiLeaks est très questionnable. C’est aux journalistes de nous mâcher le boulot, sur une affaire aussi capitale. L’éthique de Ball ne fait pas le poids face à l’éthique de Julian Assange. Mettez un sophiste de bas étage face à Socrate, et lancez le défi d’une leçon de morale. Socrate le pulvériserait comme Assange l’aurait fait s’il avait eu un droit de réponse aux attaques de Ball.

Julian Ball, employé du journal le Guardian.

Daniel Schmitt a travaillé trois ans pour WikiLeaks, Jérome Hourdeaux le cite : « Julian Assange réagit à toute critique avec l’allégation que je lui ai désobéi et que j’ai été déloyal vis-à-vis du projet […] il m’a suspendu – agissant comme le procureur, le juge et le bourreau en une personne ». Sur France 2, ils appellent ça un patron; pas n’importe lequel : un patron qui est pourchassé par la CIA et qui doit pour sa survie entretenir une confiance sans faille avec ses collaborateurs. Qu’il ait eu des accès de paranoïa ou d’exigence envers eux, cela en fait-il un tyran ? Un homme qui avec opiniâtreté a défié les pouvoirs durant trente ans, sous-tiré des informations d’importance capitale, dévoilé l’incroyable cynisme et la violence des États-Unis en Irak, d’Abou Graib à la video “Collatéral Murder“, protégé les lanceurs d’alertes avec une connaissance sans pareil des techniques de communication sécurisée, pris des risques insensés, cet homme serait un tyran dénué d’éthique soudainement devenu jetable aux yeux de la bien-pensance ré-instituée, après ses bons et déloyaux services ?

Assange n’est pas une machine, et c’est bien pour ça qu’il a une éthique.

WikiLeaks attaqué pour son éthique politico-journalistique

Le premier article de Jérome Hourdeaux est parmi les plus intéressants publiés dans les médias français. Fabio, témoin anonymisé, se disant « un compagnon de Julian Assange ayant été longtemps à ses côtés », est abondamment cité, précis, couvrant une longue période, et aide à comprendre Assange souvent favorablement. Le titre « déchéance », synonyme de disgrâce, nous parait injuste, déplacé et en désaccord avec l’ensemble du contenu. La “titraille“ est de la responsabilité de la rédaction.
Hormis la “solitude“ du journaliste dans les débuts, nous constatons que la défense d’Assange se base généralement sur des citations de tiers, et que ses propres propos sont soit neutres, soit plus ou moins explicitement négatifs.

Par exemple, sur la question clé de la soi-disante collusion Assange-Russie contre Clinton, il écrit : « Mais pour beaucoup, la ficelle est trop grosse. Que Julian Assange se soit rendu complice, même à son insu, d’une opération de déstabilisation russe est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. » Qui sont ces “beaucoup“ ? Des américains qui subissent sur ce cas une pression politique et sociale incomparable avec la situation de européens ? La contextualisation est lacunaire. Quand Bernie Sanders est évasif sur le sujet, c'est qu'aux États-Unis, les implications politiques sont pour son camp - et le monde - énormes. Les “beaucoup“ sont-ils des journalistes ? D'où parlent-ils ? Relisez la dernière phrase. Sont-ce les “beaucoup“ qui considèrent que le vase déborde, ou le journaliste qui écrit ? Ambiguïté. Certes, la suite est une défense assez fournie d’Assange par Fabio. Par Fabio. Mais il manque surtout la contextualisation géopolitique de la Russie dans le monde et en France. Et encore une fois, Edwy Plenel ne comble pas ce manque. Et c’est nous qui nous tapons le boulot, payés queue dalle. On embraye.

Le crime suprême : animer une émission à RT France

Assange est « accusé d’être trop indulgent, voire trop proche, de la Russie, pays sur lequel l’organisation n’a publié que peu de documents », relate Jérome Hourdeaux. Le « peu » a tout de même provoqué l’annulation d’un avion de Poutine. Broutille sans intérêt, apparemment. Un journaliste a-t-il droit de spéculer un peu ? D’imaginer WikiLeaks affrontant la CIA et le KGB de concert, Assange terré dans son ambassade à jouer au tyran ? Ben non, ça ferait pas « objectif ». L’information c’est du propre, du lisse, ça coule de source. D’autant qu’Assange anime en 2012 « une émission de géopolitique sur la chaîne Russia Today (RT) ». Mauvais point, que partage le très bon animateur Fréderic Taddei ex France Télévision, atterri lui aussi chez RT. Pourquoi un journaliste n’explique pas que quand la quasi-totalité des médias audiovisuels sont des nervis de la pensée occidentale unique, une chaîne russe qui ne censure pas nos sujets de prédilection est un refuge, surtout quand l’adversaire est outre-atlantique ? Vendre son âme au diable pour plus ou moins cher, est-ce un choix éthique ?

Notre choix éthique, nous l’avons fait. Nous ne travaillons que pour nous-mêmes. Mais la lutte de l’intérieur reste nécessaire, et RT est un intérieur du point de vue institutionnel, aussi méfiant fallut-il être à leur égard. En ce qui nous concerne, nous ne jugeons ni Taddei ni Assange sur ce point. Nous réservons nos jugements à qui de droit, et avec extrême précaution. On s’en est autorisé à présent un seul, individuel, il concerne James Ball. Et nous le consoliderons.

Avec Assange contre toutes les tyrannies, nous signerons la fin d'une ère.

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À tous : sur cette page, envoyez vos suggestions, opinions, potentiels de défense d'Assange. Ou lisez nos autres articles qui démontrent qu' aucune accusation éthique ou politique d'Assange ne tient vraiment. Et si vous pensez le contraire, argumentez, nous y répondrons. Merci pour lui, pour WikiLeaks, pour nous-mêmes, pour la décence, pour nos libertés.

Nous publierons demain jeudi dans un acte qui vous réserve du… positif ! Juré craché !!

 ------------------>>>>>>>   Avec Assange, décrétons close l’ère de l’Indécence. Acte II.II

Tableau de M.E. Il nous aurait octroyé ses droits, on le sait. Il a vécu la guerre.

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