L’ISLAM EN EUROPE JACK GOODY

La religion en général et l’islam en particulier, longtemps négligés, j’ai voulu étudier les échanges entre la civilisation musulmane et l’Europe, (...) Après le 11 sept. 2001 l’islam était perçu comme «l’Autre», l’ennemi dans toute son altérité.(...) Je voulais montrer qu’il faisait également partie intégrante de l’histoire et de l’actualité de l’Europe. J.G.

Le président américain George Bush, s’est distingué en qualifiant de «croisade» la guerre contre le «terrorisme» - en en faisant du même coup une guerre de la Croix  contre le Croissant, une guerre chrétienne ou, dans ce cas précis, une guerre [enrôlante] entre la civilisation judéo-chrétienne contre l’islam. 

En tant que telle, elle devient une «guerre sainte» (un djihad), métaphoriquement tout au moins, nous ramenant à des conceptions dignes du Moyen Âge et du début de l’époque moderne. 

On était convaincu que Dieu était systématiquement du côté des Américains, tout comme aux premiers temps de la colonie il les avait aidé à écraser les Indiens. 

On a renoncé à faire de l’évangélisation des sauvages une stratégies politique, certainement parce que l’islam n’est pas près de reculer, bien au contraire. 

Ce qui n’empêche pourtant pas Bush d’en appeler à Dieu pour soutenir la politique étrangère de Washington.

La religion revient systématiquement sur le tapis. 

Le monde non musulman a l’impression que, de toutes les grandes religions de la planète, seul l’islam persiste à envisager le recours à la guerre sainte. 

(...) Les guerres entre catholiques et protestants n’ont ont pas moins été d’une effrayante barbarie. 

Les lumières ont certes fait reculer les mentalités.

Mais les fondements idéologiques de l’expansion coloniale européenne étaient foncièrement chrétiens, et s’appuyaient sur des hordes de missionnaires chargés de pénétrer jusqu’aux moindres recoins du monde.

Le 11 septembre 2001, les États-Unis ont subi un terrible choc, une attaque surprise, inattendue, imprévue et sans précédent pour ce pays qui se croyait à mille lieues de la ligne de front. 

On alors employé le terme de «terroriste» pour désigner un ennemi dont l’unique propos était d’utiliser la violence à des fins indiscernables. (...)

Cette terminologie a fait oublier qu’une grande partie du monde admet mal qu’une unique superpuissance exploite son immense supériorité militaire et économique pour dicter, affirmer ou imposer sa volonté sur d’autres régions de la planète. (...)

En stationnant leurs troupes, et plus particulièrement en Arabie Saoudite, en soutenant Israël, devenu l’un de leurs pays satellites, en se ruant sur les réserves pétrolières de la région, les États-Unis cristallisent les rancœurs. (...)

Ot, en soi ces violences sont tout à fait comparables à la violence implicite, voire, explicite de l’Occident - qui présente au demeurant plus volontiers les valeurs qu’il défend en terme de liberté, de démocratie et de libre-échange, que d’égalité ou de fraternité. (..,)

Or, rares sont les analyses sérieuses de ce problème, qui exigerait davantage une solution sociopolitique qu’un affrontement armé ou que les systèmes d’alertes antiterroristes que mettent régulièrement en place toutes les puissances non musulmanes, de l’Europe à la Russie en passant par l’Inde, la Chine et les États-Unis.

Une chose est certaine: tous ces États cherchent à maintenir le couvercle sur des minorités pétries de ressentiment. (...)

Et ce type de «terrorisme» se poursuivra tant que la situation durera. 

Tant que l’Occident s’obstinera à faire la sourde oreille aux aspirations de nombreux musulmans sur la question du Proche-Orient, les attentats persisteront. 

La guerre contre le terrorisme ne cessera jamais et l’occupation de pays de la région, tels que l’Irak, a bien plus de chance d’accentuer les tensions que de les résoudre. 

Tout parallèle avec l’Allemagne et le Japon de l’après guerre est, de ce point de vue, absurde: 

l’islam quelles que soient les stratégies qu’il adopte, n’a rien de commun avec le fascisme. 

l’islam en Europe Jack Goody - La découverte Poche 2004, 2006

Choix, découpage - inserts - E’M.C.

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