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LE TEMPS DANS LE CORAN

23 ans de Révélation, dans "cette zone de l'Arabie...", durée objectivement notée, J. Berque suppose que nous la logions dans un cercle pour en figurer le développement concentrique en trois directions, selon trois perspectives: 1) celle du temps vécu et agi d'un côté; 2) celle du temps référé, qui se réfère surtout au passé; 3) celle du temps projeté, qui vise l'avenir. Qu'entendre par ce tempo?
  1. Schéma de la temporalité dans le Coran selon Jacques Berque : 

          Qu'entendre par temps vécu et agi ?

                TEMPS VÉCU ET AGI 

    une chose fort simple: celui des controverses et des combats. 

    Un temps qui s'exprime dans le Coran par quantité de versets, qui bien que sous une forme discrète et allusive, sans lourdeur, retraite é les événements qui entourent le Coran de leur halo, d'une façon que l'on peut restituer avec assez de vraisemblance.

    Temps de la tribulation et des épreuves pour le Prophète. 

    Et aussi de ses états d'âme.

    De telle sorte que l'on puisse à peu près reconstituer sa biographie.,

    Tous le biographes du Prophète, ceux de la Sirâ (1) et les modernes, s'en sont occupés. 

    Ils ont eu pour source incontestable le Coran lui-même, et de façon moins sûre (2) les hadith.

    Rangeons aussi dans cette perspective (...) les prescriptions et les organisations qui affluent dans la seconde partie du Coran:

    bref, la chronique de l'énergique petite (3) république prophétique, qui, dés ses premiers pas, se heurte aux autres Arabes et bientôt à Byzance. 

                            

     

    •                   TEMPS RÉFÉRÉ 

    Le Coran se donne comme récapitulatif et terminal par rapport aux anciennes révélations, à la Torah et à l'Évangile.

    Le nom de Moïse, par exemple, revient des centaines de fois. 

    L'évangile est souvent cité.

    Également par rapport à ce qui a trait à l'histoire catastrophique des anciennes civilisations historiques. 

    Des Romains, des Perses, des Égyptiens donc, Mais encore de ceux qui les ont précédés, ou de ces marginaux des grands empires qu'ont été les gens de Saba et de Pétra ou de Hegra (ville que connaissait Ptolémée), ou de ces gens du Puits ou du Fourré, témoins de cultures plus primitives. 

  2.              LE TEMPS "PROJETÉ"

    On classera sous cette étiquette non seulement  l'appel aux fins dernières, mais le recours à l'utopie, (1) la partie mystique et légendaire, (2) et tout ce qui, dans l'eschatologie, ressortit d'une sorte de lyrisme imagé: description du paradis entre autres. 

    Ainsi donc trois segments partent d'un noyau central.

    Cela s'éploie en rosace.

    Imaginons-la maintenant traversée de part en part par une grande flèche allant depuis la création du monde jusqu'à sa fin, l'Heure et le Jugement dernier.

    Cette flèche je l'appellerai "cosmo-théologique" ou "cosmo-eschatologique", un mot affreux mais qui dit bien ce qu'il veut dire.

    Ce que la Révélation se propose, c'est de responsabiliser l'homme par rapport à ce flux cosmique où elle le situe et par rapport à ce départ nouveau où l'entraînera la mort. 

    L'homme mis sur la terre pendant ce hîn, ilâ hîn, (حين إلى حين) (3), "pour un moment", aura à déployer une responsabilité qualifiante, et c'est par l'exercice de cette responsabilité qu'il accédera à la rétribution éternelle. 

    Relire le Coran, Jacques Berque, Albin Michel, 1993, 2012. Pages 62...67.

    Notes, E'M.C. :

    (a) Il est une autre approche (coranique) du temps rond, tournant, plutôt que linéaire, évolutif, rotatif, cyclique, fugacement cosmique en raison même de la complexité de sa saisie. 

    Voir, le troublant Dahr الدهر tellement poissonneux d'acceptions arabes, parfois précautionneusement  personnifié (sous peine d'idolâtrie...) auquel  nous faisons allusion, ici, et que nous pourrions avoir loisir de traiter, en croisement avec les plus neuves "découvertes" physiques.

    (1) Utopie :

    Berque, pourtant chrétien et poète, reste vague, tel en flottis d'acceptions, à ce topos (au sens soupiré d'impossibilité heureuse que lui attribua Thomas Moore; voire même, plus tard avec le quarante-troisième poème, L'invitation au voyage de Baudelaire, au sens de transmigration oniro-mystique à cette séraphique "splendeur orientale"; 

    ce "Là," où tout n'est qu'ordre et beauté.

    Luxe, calme et volupté." 

    Voire même, autres apports connectifs, à l'extrême point d'achoppement qu'est la mort, inédit seuil de bascule vers cette in-imaginable Utopia.

    (2) cette "partie mystique et légendaire" où une certaine doxa, disons la clause d'objectivité  peinerait à (se) puériliser à ce mirifique invécu, invérifiable durant l'objecteuse vie immédiate. 

    (3) transcription arabe tirée du corpus coranique (E'M.C.) 

    Choix, découpage, intertitres, notes, transcription arabe, E'M.C. 

     

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