Billet de blog 20 juil. 2022

Mačko Dràgàn
Journaliste punk-à-chat à Mouais, Télé Chez Moi, Streetpress...
Abonné·e de Mediapart

Fait chaud, merde

Oui, pas très subtil comme titre. Mais une fois transformé en flaque, la subtilité, on n’a plus un endroit où se la mettre. Je rentre de chantier, j’ai chaud à en crever. Alors je vais juste hurler ma haine contre ces tarés qui ont fait qu’on en arrive là, et qui vont devoir le payer, comme dans Mad Max, et je le dis : contre les fortes chaleurs, hydratez-vous, ZAD partout, et tous à poil.

Mačko Dràgàn
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Dans les alentours de 9 heures trente, ou un peu plus car j’ai du retard, comme d’habitude, le modeste ouvrier paysagiste occasionnel que je suis est occupé à perdre plus ou moins sereinement vingt litres de flotte à la minute en échange de quelques euros de l’heure, compensation indispensable quand il s’agit de se confronter au brasier des enfers. Parce que, ouais, il fait chaud, à s’en suriner la peau à l’opinel pour faire passer un peu d’air, et ce ne sont hélas pas les sirops de menthe frais que m’amène gentiment Mme B., ma petite bourgeoise à la retraite préférée dont je suis le jardinier attitré, qui vont me consoler.

Quelques heures plus tard, je reprends souffle dans le tram, par la grâce de cette foutue clim’ qui est aussi l’une des responsables du fait qu’il fasse si chaud, c’est comme soigner ses brûlures avec du pili-pili, bon dieu que nous sommes cons, c’est ce que je me disais en attendant la rame au milieu de cette triste et pathétique petite humanité flétrie qui crapotait dans son jus, imperturbable même en pleine apocalypse. Enfin, l’humanité, peut-être pas toute, plus précisément le mâle blanc occidental, cette espèce supérieure qui détruit le cosmos au nom de son droit inaliénable à chier dans l’eau potable avant de se torcher avec un arbre mort, une brillante réussite civilisationnelle.

Une mamie d’allure friquée et fripée s’assoit à côté de moi puis se relève aussitôt, sans doute car je suis couvert de terre et que je pue probablement mes grands morts. Tant pis pour elle, les gueux puent, et vu les températures ça va pas s’arranger. Puissent nos aisselles de prolo venir polluer leurs villas climatisées.  

Puis, après un petit tour au petit potager que notre quartier du Vieux-Nice s’échine à maintenir en vie malgré la fournaise, je rentre, je salue mon chat qui remue une oreille avant de se rendormir pour venir à bout de ses 23 heures de sommeil quotidiennes, il faut dire que la pauvrette a le poil noir, je vous y verrai, et je branche la radio. Incendies, partout, partout ça flambe, des forêts que j’ai connue enfant, comme en Gironde, comme en Provence, et tant d’autres que je ne connaitrais plus jamais, ça brûle bordel. Des millions de vies, végétales comme animales, fauchées par les flammes. Alors je sens la haine monter. Ça se mêle dans ma bouche au goût de la sueur et aux émanations grasses du restau du rez-de-chaussée, c’est salé, et c’est pas bon.

Parce que pendant ce temps-là, pendant que nous on cuit comme de disgracieuses patates au four, les tarés d’en-haut font tout pour monter la cuisson et faire en sorte que le plat final soit définitivement immangeable.

Parce que, ouais, pendant ce temps-là, au Qatar, on se prépare pour le Mondial de la honte, où, sur les charniers des esclaves morts pour la plus grande gloire de la baballe et du fric, se montent des stades climatisés afin qu’il y fasse, au milieu du brasier ambiant, 24° au centre de la pelouse et moins de 27° dans les tribunes, chaque siège étant également équipé d’une petite climatisation individuelle. Le tout en utilisant de l’eau de mer, qu’il faut donc transporter et dé-saliniser, et précisons que l'essentiel de l'électricité produite au Qatar l'est au moyen de centrales thermiques –charbon, gaz, fioul... Les criminels qui viendront assister au massacre climatique en beuglant des slogans à la con ont été par ailleurs encouragés à se loger dans des hôtels à Bahreïn ou aux Émirats arabes unis, soit à trente minutes de Doha en avion. Mais le Qatar, jamais avare d’un foutage de gueule, continue à promettre un bilan carbone « neutre », sans déconner, même retrouvés couverts de sang tronçonneuse à la main sur une scène de crime ces monstres seraient foutus de dire C’est pas moi j’étais au cinéma.  

Pendant ce temps-là, Vincent Bolloré, sans doute pour se reposer d’avoir financé pendant la présidentielle la possibilité d’un Reich à la française avec sa version Wish de Benito, se fait plaisir, et, comme l’a rapporté le compte Twitter I Fly Bernard, qui surveille les déplacements en jet des ultra-riches et rappelle opportunément que « 63 milliardaires français émettent autant de CO2 que 50% de la population », il a réalisé hier un triple vol en moins de 5h, quittant à 16h05 Toulon pour paris après son week-end  à la mer avant de repartir dès 18h04 pour Naples, où il n’est resté que 2h30, le temps de savourer une bouteille de Chianti, puis à 20h31, retour à Paris, car comme le dit bien I Fly Bernard, c’est toujours « agréable de dormir chez soit après une belle journée à 16 tonnes de CO2 ».

Et si tout ça vous fout gravement les boules rassurez-vous, pendant ce temps-là toujours, ces mêmes milliardaires sont en train de chercher une solution qui permettra de sauver la planète tout en conservant leur train de vie de Rockstar pourries-gâtées, autant dire mettre un rond dans un carré et le tout bien dans ta gueule : un remède miracle que s’apelorio la géo-ingénierie. Soit utiliser la machinerie capitaliste futuriste la plus délirante pour gérer le rayonnement solaire et la capture de carbone, notamment, dans le premier cas, via la propulsion d’aérosols sulfatés dans la stratosphère, qui permettraient de réduire la quantité de rayons solaires atteignant la surface de la terre. Si vous avez vu le film Snowpiercer, ça doit vous faire envie : après se les être brulées, on risque de bien se les geler. Dans le deuxième cas, il est envisagé par exemple de répandre du fer dans l’océan pour y faire d’y développer les algues, ce qui changerait totalement la composition chimique des océans, ou encore le captage/stockage/réusage du carbone (C.U.S.C), qui relierait les cheminées industrielles à de gigantesques gazoducs qui iraient déversent tout le bouzin au fond des océans, qui n’en demandaient sans doute pas tant, hâte de voir la gueule du prochain Nemo dans ces conditions, des enfants risquent de sortir de la salle en hurlant.

Et comme le dit le philosophe australien Clive Hamilton dans un entretien avec Reporterre, répondant à la question « Y a-t-il un risque que ces technologies soient déployées de manière précipitée ? » : « Oui. Si un basculement très rapide se produit dans la situation climatique mondiale – un basculement qui serait à l’origine par exemple de sécheresses massives dans le sous-continent indien ou en Chine, provoquant la mort de millions de personnes – alors un gouvernement désespéré pourrait y répondre en propulsant des aérosols dans l’atmosphère. C’est une possibilité dont nous devrions sérieusement nous soucier. » De mon côté, je m’en soucie, ce monsieur peut se rassurer.

Pendant ce temps-là, rapporte Louis Witter, à Loon-Plage, près de Calais, en plein lendemain de canicule (avec des pics à 40°), alors qu’en l’absence de point d’eau dans ce campement à destination de personnes en situation d’exil une cuve de 500 litres avait été mise à disposition par Médecins du Monde, les autorités de notre cher et beau pays viennent tout bonnement, aujourd’hui, de la confisquer. Voler l’eau dans la bouche des gens dormants dehors en pleine chaleur. Même un méchant de Mad Max trouverait ça too much.

Pendant ce temps-là, la macronie préfère se répandre sur les réseaux sociaux, se griffer le visage en pleurant que c’est la république qu’on assassine à chaque mot en trop ou pet de travers de la nouvelle union populaire, réglant personnellement leurs comptes comme si chacun de ses députés les avait tabassés dans la cour d’école quand ils étaient gosses. Et Fabien Roussel, le redneck auto-satisfait triple médaille d’or du marquage contre son camp, continue semble-t-il à considérer que le véganisme est le plus grave danger qui pèse sur le monde, avec Aymeric Caron en antéchrist chevelu venu répandre le tofu et l’horreur jusque dans les bras de nos plus barbecues les plus sacrés.

Il aurait du reste tort de se priver se comporter ainsi en gros con égoïste qui ne consentira que flingue sur la tempe à renoncer à son petit confort de vie de merde à base de bagnole, de nucléaire et de viande (oui le style de l’abruti « à la française » ressemble étrangement beaucoup à celui d’un abruti Texan), puisque c’est de toute façon à l’évidence le point de vue le plus répandu dans sa classe, celle des décideurs incompétents et des dominants sans face ni scrupules qui continueront à péter leur champagne et à roter leur foie gras jusque dans les cendres du dernier arbre de la dernière forêt.

Et je sais pas vous, mais moi, ça m’emmerde beaucoup de savoir que ces milliardaires débiles, ces politiciens rouillés et toute cette horde d’encravatés tarés puissent être la seule chose qui subsiste de l’humanité. Il est hors de question pour moi que les dernières traces de notre espèce que retrouverons les extraterrestres dans le futur après notre annihilation par cuisson thermostat 8 soient les squelettes de Macron, Roussel et Bolloré dans une soirée cochonaille sur une île déserte, à côté du parking des jets.  

Non, non, non. Alors, pas le choix, il va falloir se bouger un peu. A la Imperator Furiosa dans Fury Road (un de mes films préférés), on va arpenter le désert (le désert est la seule chose qui ne peut être détruite que par la construction, a dit Vian dans son infinie sagesse) brûlant pour faire payer tous les Immortan Joe du monde. Quitte à transpirer, mais c’est une question de dignité, et après tout personne n’a dit que la révolution ne pouvait pas se faire avec des auréoles sous les bras. Ni sans habits, d’ailleurs –rappelez-vous des Sans –culottes. Donc contre les fortes chaleurs, hydratez-vous (à l’eau ou à ce que vous voulez), ZAD partout, et tous à poil, tant qu’à faire.

Et sur ce je prends congé de vous pour quelques vacances bien méritée (ou pas, mais je m’en fous), et je promets de revenir avec des papiers plus festifs. Car nos luttes devront toujours rester indissociables de la joie.

Salutations libertaires,

Mačko Dràgàn

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Capture d'écran du film Mad Max Fury Road

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