19 mars 1962 : cessez le feu en Algérie

Voici un court rappel historique sur la date du 19 mars 1962 qui marque l'entrée du cessez le feu en Algérie. Le but est de révéler à une opinion publique parfois ignorante voir indifférente sur ces événements qui ont marqué la fin de la colonisation en Algérie. Même si cette question est évoquée assez régulièrement lors d'échéances électorales nationales, reste le problème mémoriel des Harkis.

Le 19 mars 2017 marque les 55 ans des accords d'Evian

Voici un court rappel historique sur la date du 19 mars 1962 qui marque l'entrée du cessez le feu en Algérie. Le but est de révéler à une opinion publique parfois ignorante voir indifférente sur ces événements qui ont marqué la fin de la colonisation en Algérie. Même si cette question est évoquée assez régulièrement lors d'échéances électorales nationales, reste le problème mémoriel des Harkis et la nécessité impérieuse de le résoudre et de l'inscrire dans les programmes des manuels scolaires. 

Les accords d'Evian furent signés le 18 mars 1962 et ils annonçaient le cessez le feu pour le 19 mars. Malheureusement, ils ne seront pas respectés. Il est utile de rappeler quelques dispositions de ces accords. 

Accord de cessez le feu

Article Ier Il sera mis fin aux opérations et à toute action armée sur l'ensemble du territoire algérien le 19 mars 1962 à douze heures. 

Article 2 - Les deux parties s'engagent à interdire tout recours aux actes de violence collective et individuelle. 

Toute action clandestine et contraire à l'ordre public devra prendre fin. 

Affiche placardée sur les murs qui annonce le cessez le feu et qui stipule que: "les représailles sont interdites". 

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Ces accords donnaient également des garanties:

Déclaration des garanties

Première partie

Dispositions générales 

I •/ De la sécurité des personnes

Nul ne peut être inquiété, recherché, poursuivi, condamné ni faire l'objet de décision pénale, de sanction disciplinaire ou de discrimination quelconque, en raison d'actes commis en relation avec les événements politiques survenus en Algerie avant le jour de la proclamation du cessez le feu. 

Nul ne peut être inquiété, recherché, poursuivi, condamné, ni faire l'objet de décision pénale, de sanction disciplinaire ou de discrimination quelconque, en raison de paroles ou d'opinions en relations avec les événements politiques survenus en Algerie avant le jour du scrutin d'autodétermination.  

 

Page de signatures des accords d'Evian. Le seul signataire représentant du FLN, Krim Belkacem, réfugié en Europe au lendemain de l'indépendance fut assassiné par les siens.  

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Ces accords ne furent donc pas respectés. Les chefs du FLN, empêtrés dans une guerre intestine pour la prise du pouvoir qui causa plusieurs milliers de morts dans leurs rangs, n'ont pas su faire face aux débordements anarchiques. Contrairement aux promesses et aux garanties les pieds noirs et les musulmans fidèles à la France restés sans protection subirent les pires violences. 

Lors d'une conférence de presse le 15 mai 1962 le général de Gaulle reconnaît ces crimes: "Ce qui se produit en ce moment et qui est effectivement lamentable -je parle des crimes- salit cet aboutissement, mais ne l'empêchera sûrement pas." 

Le lendemain Louis Joxe, un des signataires des Accords d'Evian, adresse une correspondance confidentielle interdisant l'installation en métropole des français musulmans notamment les supplétifs de l'armée française, les harkis. 

Il venait d'apprendre que des officiers courageux désobéissaient pour sauver leurs hommes d'une mort certaine. 

N 125/IGAA - 16 mai 1962 /Ultra Secret/Strict. Confidentiel. Ministre Etat Louis Joxe demande à Haut Commissaire rappeler que toutes initiatives individuelles tendant à installation métropole Français Musulmans sont strictement interdites. En aviser urgence tous chefs S.A.S. et commandants d'unités." Signé : Louis JOXE.

Les dissensions entre "révolutionnaires" au sein du CNRA, du GPRA, du FLN, de l'ALN...n'étaient pas inconnues des autorités françaises. Ces dernières étaient au contraire très bien informées sur les oppositions entre les diverses tendances à l'exemple de ce que relatait l'ambassadeur français à Tripoli. M.Sébilleau qui donne son opinion dans un télégramme daté du 6 juin 1962 et adressé à M.Couve De Murville, ministre des affaires étrangères: "..on pourrait dire, semble-t-il, à la lumière de cette session du CNRA, qu'avec la "manière" Ben Bella, on sait où l'on va, c'est à dire vers les difficultés que provoquent traditionnellement la désorganisation, la forfaiture et la xénophobie des Arabes.." 

Cette tendance s'imposera appuyée par l'Armée de Libération Nationale commandée par Boumédienne. 

C'est ainsi que les autorités algériennes débordées ou complices par leur passivité laissèrent, malgré leur engagement de non-représailles, les foules et les combattants de la dernière heure se déchaîner contre les pieds noirs et surtout contre les français musulmans accusés de "traîtres" que ce soit les supplétifs Harkis, les militaires, les fonctionnaires, les élus ou autres suspects." 

On parle de nombreux massacres déclenchés dans toute l'Algérie et le chiffre de 150000 morts est communément admis. 

Voir article sur mediapart: 

https://blogs.mediapart.fr/edition/memoires-du-colonialisme/article/120515/12-mai-1962-labandon-des-harkis

Les rescapés arrivés en catastrophe en France et transportés de nuit furent parqués dans des camps d'internement éloignés des villes, souvent clôturés et fermés (barbelés) sous la surveillance de chefs administratifs. Les habitants avaient droit à une douche payante par semaine, l'extinction des feux étaient à 22h et le matin présence obligatoire pour la levée des couleurs. Beaucoup supportèrent des troubles psychiatriques.  

Photo de l'ancien camp de Bias avec ses baraquements. Seuls dans toute la France, les enfants de Harkis devaient assister à la levée du drapeau chaque matin avant d'aller l'école dans une des baraques. 

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Il faudra attendre 54 ans après ces terribles et tragiques événements pour qu'un Président de la République française reconnaisse les responsabilités des gouvernements français dans l'abandon des Harkis. 

Cette reconnaissance a été prononcée le 25 septembre 2016 dans la cour des Invalides par M.Hollande à l'occasion de la journée nationale d'hommage aux harkis. Il a ainsi reconnu : «les responsabilités des gouvernements français dans l’abandon des Harkis, les massacres de ceux restés en Algérie et les conditions d’accueil inhumaines de ceux transférés en France».

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