Allez, on se jette à l’eau ?

Après avoir passé des semaines à gamberger, on s’est dit il y a quelques jours que nous faisions sans doute fausse route. On risquait de passer notre temps à peaufiner nos analyses, mais de rester dans l’impuissance. Alors, avant de penser à penser, on pourrait peut-être déjà se jeter à l’eau ?

Aujourd’hui, on pourrait remplir des pages et des pages sur ce qui ne va pas dans notre société : ses déchirures, fractures, impasses, injustices, scandales humanitaires… On pourrait… et au bout du compte on finirait, comme la plupart de vous, de nous, par rester les bras ballants. Car si tout est à faire, personne ne peut seul ou en groupe prendre en charge la totalité de ce qu’il faudrait faire. Le terrible paradoxe serait que la lucidité, la prise de conscience, nous condamne à l’inaction.

La raison devrait donc nous amener à circonscrire notre champ d’action afin d’être en prise avec une réalité plus proche de nous. Plus modestes mais en même temps plus concrets, nous serions ainsi plus aptes à agir dans un contexte local où, a minima, nous serions capables de retisser des liens. Refaire société dans le moment présent est une priorité. Est-ce que cela signifie pour autant que nous devons mettre le champ politique entre parenthèses ?

Certainement pas. Nous devons trouver une articulation entre les deux. De quelle nature sera-t-elle, quel sera son contenu ? Il faut le dire avec force : nous n’en savons rien ! A l’instant présent notre déficit de praxis est tel que notre tribu ne peut penser que le mal que nous avons à penser. Et sans rire, ce n’est pas rien. Notre manque de consistance a une histoire : celle du mouvement ouvrier, celle des échecs répétés des modèles totalitaires fussent-ils de de gauche, celle des échecs répétés de la social-démocratie… Le vide actuel, notre flottement, n’est pas une tragédie. Bien au contraire, l’effondrement actuel, s’il est pénible à vivre, peut nous donner l’occasion de créer du neuf.

Si nous regardons autour de nous, il existe des associations et regroupements de plusieurs types :

-                ONG humanitaires ;

-                plateformes mettant en avant des expériences citoyennes visant à redonner un souffle à la démocratie ; 

-                plateformes ou think tanks de réflexion politique ;

-                associations regroupant leurs membres suivant des critères géographiques, voire ethniques ;

-                etc.

Il nous semble qu’aujourd’hui la priorité des priorités n’est pas de nous positionner sur l’échiquier des organisations existantes, mais plutôt de multiplier les allées et venues sur le terrain afin de savoir ce que, dans notre diversité, nous avons en commun afin de dégager ensuite des objectifs.

Cela devrait nous amener à développer deux types d’action :

1/ Une action continue, en profondeur, visant à connaître, comprendre et ensuite proposer des solutions restaurant la dignité humaine des plus démunis. Par exemple, envisager une action à long terme, à l’échelle d’une cité ou d’une ville populaire, avec pour objectifs :

 - d’établir des liens de confiance permettant de se connaître et d’échanger ;

 - de créer du mouvement entre le lieu choisi et l’extérieur.

Nous allons tous deux mener cette action à partir des lieux où nous habitons : Boulogne-Billancourt (en se focalisant sur le quartier du Pont-de-Sèvres) pour François, Aubervilliers pour Philippe.

Nous commençons en allant engager le dialogue en face-à-face avec les habitants : nous allons partir de questions fondamentales, comme « Quelle est pour vous la plus grande injustice ? », « Avez-vous un ennemi, et lequel ? », « Qui aimeriez-vous rencontrer pour échanger avec lui/elle ? »,  « Quel est votre principal souhait (pour être plus heureux ou vivant) ? », « Y a-t-il un projet local dont vous rêvez et lequel ? »…

Parallèlement, nous allons repérer les acteurs locaux qui nous intéressent et prendre rendez-vous avec eux pour échanger. Nous allons proposer à nos contacts locaux d’aider ou de parrainer chacun-e- une personne en galère. Nous inviterons aussi des personnes extérieures à ces quartiers et imaginerons des modes d’intervention joyeux et mobilisateurs dans l’espace public. Et nous publierons régulièrement au fur et à mesure que les choses bougeront.

2/ Des actions légères et variées à court terme, visant à sensibiliser, dialoguer, échanger avec tou-te-s ceux-celles qui se sentent concerné-e-s afin que notre plateforme reflète une diversité d’expériences stimulantes. Mais nous ne commencerons à les organiser que lorsque le travail concret, sur le terrain, aura vraiment démarré.

Bref, prenons le risque d’avancer. Cette plateforme participative ne peut fonctionner que si nous sommes capables de l’alimenter concrètement. Nous allons nous-mêmes y contribuer dans les jours et les semaines à venir.

François Bernheim et Philippe Merlant

Pour  échanger, vous pouvez nous adresser un courriel :

merlant.philippe@gmail.com

francoisbernheim32@gmail.com

ou nous écrire directement sur le blog.

 

 

 

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